×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Le Cercle des Experts

Covid-19: Une fenêtre d’opportunité pour une diplomatie sanitaire marocaine

Par Khalid TINASTI | Edition N°:5809 Le 22/07/2020 | Partager

Khalid Tinasti est Secrétaire général de la Global Commission on Drug Policy et chercheur invité au Global Studies Institute, Université de Genève

Depuis le début de l’épidémie du Covid-19, l’Europe, les États-Unis et l’Asie se sont lancés dans une course diplomatique visant à prendre le leadership sur les diagnostics, les thérapies, le matériel médical et les vaccins nécessaires, la première étape en étant l’adoption à l’unanimité d’une résolution sur la riposte au Covid-19 par l’Assemblée mondiale de la santé. La Chine s’est ainsi engagée à soutenir la riposte dans les pays en développement à hauteur de deux milliards de dollars au travers des financements accordés à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’Union européenne, de son côté, est entrée en lice pour protéger le système multilatéral ainsi que le rôle de coordination qui revient à l’OMS. Les pays disposant d’une industrie pharmaceutique forte, comme les États-Unis et la Suisse, ont obtenu que la gratuité (ou la baisse de prix) des vaccins et médicaments à venir reste dans les limites des règles fixées par l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le monde change. La diplomatie sanitaire devient à la fois centrale et transversale. Les pays avancent leurs intérêts géostratégiques en utilisant cet outil de soft power. Ce qui pose la question qui fâche: où est donc passée la diplomatie marocaine dans la santé mondiale? Elle est pourtant efficace dans le système multilatéral. Qu’attendons-nous pour investir ce domaine diplomatique essentiel? Pourquoi le Maroc est-il muet lors des débats internationaux sur la santé, à un moment charnière de la géopolitique?

La crise du Covid-19 précipite l’avènement d’une nouvelle forme de mondialisation sanitaire dans laquelle la coopération, la compétition et les rapports de force sont tendus et peu diplomatiques, les tensions géopolitiques existantes prenant le pas sur les intérêts communs. Pire encore, cette mondialisation sanitaire a secoué toutes les croyances en la possibilité d’un réel contrôle territorial. Même si le Maroc parvient à enrayer l’épidémie sur le territoire national, il n’en sortira véritablement vainqueur que lorsque les autres pays en auront fait autant, à commencer par nos voisins maghrébins, subsahariens et européens. Ce constat étant posé, il est temps de préparer sérieusement la place de notre pays dans la diplomatie de santé mondiale.

L’annonce d’une coalition visant à riposter au Covid-19 à l’échelon continental, prise à l’initiative de SM le Roi en collaboration avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire, semble esquisser un début de diplomatie sanitaire marocaine. Il faut à présent se doter des moyens de mise en place effective, une fois définis les objectifs à moyen et long terme.

Au cours des vingt dernières années, l’exemple le plus marquant d’une diplomatie sanitaire mondiale d’un pays du sud couronnée de succès reste celui du Brésil. Basant son approche sur ses programmes Bolsa Familia (allocations familiales) et Fome Zero (faim «zéro») – des programmes qui ont en commun de conditionner les aides sociales à l’adhésion des populations bénéficiaires aux soins et à l’éducation – le Brésil a su utiliser son statut de pays émergent et son économie en pleine croissance pour se constituer une place centrale dans l’architecture de la santé mondiale, et devenir le leader et porte-parole des pays du sud dans le système multilatéral.

street-art-009.jpg
«La diplomatie sanitaire devient à la fois centrale et transversale. Les pays avancent leurs intérêts géostratégiques en utilisant cet outil de soft power. Ce qui pose la question qui fâche: où est donc passée la diplomatie marocaine dans la santé mondiale? Elle est pourtant efficace dans le système multilatéral» (Ph. AFP)

Il a ainsi été l’un des pays qui ont fondé les programmes trilatéraux sanitaires (tels que Unitaid) et qui ont promu leurs modèles à l’étranger. En retour, le Brésil a bénéficié à la fois d’un soutien massif des pays en développement pour désoccidentaliser le système multilatéral et d’un appui à ses résolutions à l’ONU, pour porter haut les demandes de réformes du Conseil de sécurité et pour appeler à la démocratisation de la gouvernance mondiale de la santé. Ces éléments ont aussi et surtout donné une puissance à la voix du Brésil, soutenu son image à l’étranger et démontré le sérieux de son expertise auprès des différents acteurs nationaux et multilatéraux.

Il n’y a pas de développement économique sans investissements dans la santé. La santé est l’une des sources principales du développement, l’un de ses indicateurs les plus fiables, et l’un de ses résultats les plus importants pour les citoyens.
Quelle est la fenêtre d’opportunité pour le Maroc? Elle se niche dans un rôle de leadership qui se trouve aujourd’hui à portée de main. En Afrique, la crise sanitaire est traitée par les pays donateurs occidentaux à travers une lentille exclusivement humanitaire – axée sur des soutiens financiers et le renforcement des capacités. L’espace politique, par la force de la gestion difficile de l’épidémie du Covid-19 dans ces pays donateurs, est laissé pour l’instant vacant.

Notre pays a une expérience réelle à promouvoir, à commencer par l’Initiative de développement humain, par la couverture sanitaire des plus démunis à travers le Ramed, ou par son système de surveillance et sa transparence sur les données sanitaires. Le Maroc, qui a également pu montrer ses dernières années, par diverses initiatives, l’efficacité de ses diplomaties économique, sportive et religieuse, se trouve aujourd’hui devant une fenêtre d’opportunité unique: à lui de savoir opérationnaliser une diplomatie sanitaire afin de faire avancer ses intérêts stratégiques et soutenir son leadership aux échelons régional et mondial.

Contexte favorable

Si la diplomatie sanitaire marocaine se met en place, elle bénéficiera de conditions exceptionnellement favorables. Elle pourra se développer rapidement et efficacement et prendre part au développement des relations Sud-Sud et aux relations transatlantiques déjà très investies par la diplomatie marocaine. Dans notre espace régional, par exemple, la plupart des pays s’efforcent de rejoindre le club des pays émergents afin de tirer profit de leurs avantages compétitifs: la jeunesse de la population, la disponibilité de la main-d’œuvre, de forts taux de croissance et un ratio dette/PIB sain. Leurs principaux problèmes restent liés à la difficulté de s’approprier leurs politiques publiques sans les adosser à l’aide internationale, un meilleur accès aux services de soins primaires, la couverture des frais de santé à la charge des ménages, ainsi qu’une riposte ordonnée aux déterminants sociaux de la santé (éducation, urbanisme, réduction de la pauvreté et des disparités économiques).

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc