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Opinions & Débats

Comment ne pas céder aux discours protectionnistes post-Covid?

Par Youssef BELKAID | Edition N°:5809 Le 22/07/2020 | Partager

Youssef Belkaid est président de l’Apisa (Association nationale marocaine des professionnels de la céramique et du second oeuvre)  

Un débat a lieu dans cette période post-Covid autour de la nouvelle direction qu’il convient d’imprimer à l’économie de notre pays. Il y a l’idée très louable qui est le made in Morocco ainsi que la préférence nationale. Ceci, devrait bénéficier à notre sens, aux activités des métiers mondiaux du Maroc à savoir l’automobile, l’agroalimentaire, l’habillement, l’offshoring, l’aéronautique, les télécoms, l’électronique, etc. Il y a bien entendu des idées qui ont émergé dans la confrontation de l’outil de production à la réalité du terrain en période d’épidémie. C’est le cas par exemple des industries performantes qui ont su s’adapter et se reconvertir en un temps record. 

D’un autre côté, malheureusement, nous assistons au retour des vieilles recettes éculées, dépassées et d’un autre temps. Ici, les idées sont simplistes, plus de protectionnisme. Il suffit d’installer des barrières douanières et fiscales et de soutenir les vieilles fabriques d’un autre âge et servir n’importe quoi à un consommateur qui n’aura que le choix d’acheter leurs produits à n’importe quel prix. Nous lançons donc une alerte pour attirer l’attention de tout un chacun sur le fait qu’une poignée de personnes à la tête d’industries manufacturières finissantes et vieillissantes maintenues artificiellement à coup d’aides, de subventions et de protection jusqu’ici, sont encore aujourd’hui en embuscade pour dévoyer le made in Maroc et en dénaturer la finalité. Ils suggèrent un made in Morocco, non pas autour de la qualité de l’innovation et de la création, mais uniquement autour d’un protectionnisme primaire qui vise un monopole sur le marché domestique et une prise en otage du consommateur national.

De surcroît, avec une qualité et un prix dont ils sont en même temps juge et partie.  Ceci, les a dispensés jusqu’à ce jour de faire l’effort nécessaire pour conquérir le marché extérieur et de construire une véritable industrie, performante, innovante et capable de se mesurer à l’industrie d’aujourd’hui. Une industrie capable d’évoluer pour conquérir les marchés internationaux.  Ils se contentent de perpétuer ainsi une situation qui s’apparente à de la rente, au détriment de nos concitoyens et des industries performantes à l’export et avec lesquelles il est possible de créer un made in Morocco de notoriété internationale.

Le protectionnisme proposé par ce lobby qui s’active dans  les couloirs des ministères, est soutenu par certains économistes et/ou politiques qui militent en faveur d’une politique de l’extrême, par ignorance ou par connivence. Une politique mise en place aux USA au lendemain de la débâcle de 1929 par «la loi Hawley-Smoot», ce qui a participé largement à l’aggravation de la crise. Le chômage étant passé alors de 9 à 25% et la crise étendue à l’international a duré pendant presque une décennie.  La capitulation industrielle et commerciale proposée par ce lobby aura des conséquences incalculables sur les relations du Maroc avec le reste du monde à commencer par le renoncement aux investissements étrangers. Elle ne peut se faire sans renier nos engagements et nos accords à l’international.

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«En 1929, deux politiciens républicains, Reed Smoot (à gauche sur la photo) de l’Utah et Willis Hawley (en face) de l’Oregon, coparrainent une législation, censée stimuler l’emploi local,  qui visent à interdire l’importation de produits étrangers sur le marché américain. Cette réforme qui va prendre le nom éponyme de loi Hawley-Smoot est considérée comme le plus grand dispositif protectionniste  dans l’histoire des Etats-Unis. Il sera unanimement condamné par les économistes et les opérateurs, va entraîner une vague de mesures de rétorsions chez les pays partenaires et aura pour effet d’aggraver la Grande Dépression

Ce qui suppose de s’affranchir de notre Constitution et notamment de son article 42. Celui-ci stipule que c’est le Roi qui est le garant du respect des accords du Royaume à l’international et également d’ignorer la teneur du discours royal de la fête du Trône du 29 juillet 2019 qui prône la consolidation de la confiance et des acquis, l’ouverture et le refus du repli sur soi: «Ceux qui s’opposent à l’ouverture sous prétexte que cela induirait des pertes d’emploi, ne se soucient guère des Marocains et cherchent avant tout à préserver leurs propres intérêts».

La crise du coronavirus ne doit pas être une occasion pour les opportunistes qui ne cherchent que leurs propres intérêts. Cette crise ne doit être considérée par quiconque comme une occasion pour partager un quelconque gâteau. Au contraire chacun de nous doit prendre sa part du fardeau. Un fardeau qui a été lourd de conséquences pour tout le monde.  Le Maroc a tenu durant cette période grâce à ses industries championnes, à ses agriculteurs et à ses commerçants qui ont continué à approvisionner le marché (intérieur et extérieur). Le monde a été admiratif au moment où le Maroc est resté debout et voit déjà le bout du tunnel, grâce à un système favorable à tous.

Notre modeste contribution à ce débat a pour principal objet d’attirer l’attention des décideurs sur le danger pour notre économie, des orientations que certains lobbies essayent de donner à la direction suivie par notre pays jusqu’ici. S’il y a impérativement des choses à faire au niveau des nouvelles technologies et des énergies renouvelables par exemple, nous  insistons sur ce qu’il ne faut surtout pas faire, à savoir le repli et le protectionnisme.

Précipitation

Toute dérive protectionniste et tout chamboulement en profondeur de notre modèle économique dans la précipitation, nous fera revenir des décennies en arrière. D’ailleurs, Sa Majesté le Roi par sa clairvoyance vient de proroger de 6 mois la mission de la Commission spéciale du modèle de développement (CSMD) pour que la réflexion ne se fasse pas sous le coup de l’émotion du moment. Pour ce qui nous concerne, nous restons convaincus que vous saurez préserver notre pays de toutes démarches économiques hasardeuses.

 

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