×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Entreprises

Défaillances d’entreprises: «Les dégâts seront observés avec un décalage…»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5803 Le 14/07/2020 | Partager
Effondrement de l’activité économique provoqué par le strict confinement
Pour un durcissement des textes régissant les délais de paiement
dominique-fruchter-03.jpg

Dominique Fruchter, économiste senior chez Coface: «Pour adoucir l’impact économique et social, les autorités, sous l’égide du Comité de veille économique, ont utilisé différents leviers…» (Ph. Coface)

- L’Economiste: La menace qui plane sur les entreprises reste élevée en cette période de crise sanitaire et économique. A quel degré évaluez-vous les dégâts en termes de défaillances d'entreprises et de faillites au Maroc?

- Dominique Fruchter: Nous ne faisons pas de prévisions de défaillances d’entreprises pour le Maroc. Evidemment, elles vont augmenter du fait de la sévérité de la crise avec l’effondrement de l’activité au second trimestre provoqué par le strict confinement suivie d’une reprise graduelle et lente escomptée au second semestre. J’imagine que, comme en Europe, les dégâts, à ce titre, seront observés avec un décalage de quelques mois par rapport à la crise, du fait et malgré les aides apportées par les pouvoirs publics aux entreprises pour atténuer le choc, aides qui sont limitées et qui ne dureront pas éternellement.

- Le ralentissement de l'activité s'est accompagné aussi d'une dégradation des délais de paiement. Que faire là aussi?
- Le sujet des délais de paiement a été mis en sourdine pendant la crise. Mais, beaucoup d’entreprises étant en difficulté, les fournisseurs étant aussi des clients et vice versa, cela ne servait pas à grand-chose d’agiter le chiffon rouge. Les pouvoirs publics ont incité les administrations et les entreprises publiques à s’acquitter de leurs dus auprès de leurs fournisseurs, notamment les TPME, avec, notamment, une garantie de l’Etat sur les prêts contractés par les entreprises publiques et destinés à s’acquitter de leurs dettes vis-à-vis de leurs fournisseurs. Une partie des sommes obtenues par les entreprises, notamment les PME/TPE, dans le cadre des nouveaux mécanismes de garantie publique des prêts bancaires (Relance TPE ou Damane Relance) devrait être fléchée vers le paiement des fournisseurs. Une fois la crise passée, il faudra sans doute remettre sur l’établi le durcissement des textes régissant les délais de paiement, en n’oubliant pas les administrations publiques qui sont des acteurs importants dans l’économie.

- Derrière les disparitions d’entreprises, il y a aussi des milliers d’emplois menacés. Faut-il craindre une crise sociale?
- Le Fonds Covid mis sur pied au début de la crise avec la participation de riches fondations et personnalités (près de 3% du PIB!) a permis d’atténuer l’impact des strictes mesures de confinement sur les revenus des travailleurs, y compris ceux, nombreux, de l’économie informelle. Des reports de paiement d’impôt ont été accordés. Mais, comme ailleurs dans le monde (particulièrement dans les pays émergents ou en développement) la pauvreté va s’accroître. Beaucoup de gens risquent de (re) tomber dans l’informalité. Les problèmes préexistants à la crise ne peuvent qu’avoir été exacerbés, comme les disparités sociales et régionales, le chômage déjà élevé, la faible participation des femmes à la population active. Néanmoins, les autorités devraient être en mesure d’enrayer tout dérapage social.

- A votre avis les mesures instaurées par le gouvernement marocain lors de la pandémie Covid-19 sont-elles suffisantes et ont-elles porté leurs fruits?
- Si l’on considère le nombre de cas et de morts rapporté à la population, on peut dire, même s’il faut encore rester prudent, la pandémie n’ayant pas dit son dernier mot (cas du «cluster» de Safi, dans une conserverie de poisson), que le pays s’en est relativement bien tiré au plan sanitaire. Certes, il a été aidé par la jeunesse de la population, l’anticipation, du fait du décalage de la survenance de la maladie par rapport à l’Europe. Les nombreux hôtels, sans touristes, ont été transformés en lieux d’isolement pour les personnes atteintes et toute la population a été sensibilisée à la nécessité d’observer les gestes barrières. Cela s’est fait au prix de l’application d’un confinement des plus stricts, que les forces de l’ordre ont eu à cœur de faire respecter. Pour adoucir l’impact économique et social, les autorités, sous l’égide du Comité de veille économique, ont utilisé différents leviers: budgétaire, avec des reports d’impôts et de charges, une réorientation des dépenses et l’apport d’argent frais représentant au total 8% du PIB, monétaire, avec la diminution du taux directeur de la banque centrale de 75 points de base et l’augmentation des liquidités mises à disposition, enfin multilatéral, avec utilisation de la ligne de crédit de précaution de 3 milliards de dollars du FMI, mais aussi des prêts de la Banque mondiale, de l’Union européenne.

- Comment jugez-vous l’approche des banques et leur programme mis en place?
- Les banques commerciales ont été largement soutenues par l’action de la Banque centrale. Elle leur a fourni des swaps de devises, réduit temporairement à zéro leurs réserves obligatoires, diversifié les sûretés acceptées pour l’obtention de ses concours, ou encore assoupli les règles prudentielles. De son côté, l’Etat a donné sa garantie sur des prêts accordés aux entreprises. 

- Les institutions de statistiques et de veille doivent-elles revoir leur perception des risques notamment sanitaires?
- Bien qu’il soit encore un peu tôt pour tirer des conclusions définitives, il apparaît que beaucoup de pays ont été pris de court face à la pandémie, vraisemblablement parce qu’ils n’étaient pas persuadés de la dangerosité de l’évènement et/ou ne disposaient pas des moyens d’y faire face et n’ont pas voulu ou pu réagir à temps. Ceux ayant réagi le plus rapidement ont généralement été des pays confrontés par le passé à des épidémies, notamment en Asie. Les considérations politiques ont pu nuire (cf. réaction chinoise ou statut de Taiwan par rapport à l’OMS). En tout cas, la veille sanitaire, tant au niveau national, régional que mondial a révélé des lacunes. Sur le plan statistique, les indicateurs conjoncturels habituels, lorsqu’ils étaient disponibles, ont été incapables de donner une vision en temps réel de l’activité économique, vision pourtant nécessaire compte tenu de l’ampleur et la soudaineté de la récession. On a dû recourir à des indicateurs alternatifs, comme la consommation d’électricité, les transactions par cartes de crédit, les réservations dans les restaurants et les hôtels, les annonces d’emploi, les locations touristiques, les données de mobilité des personnes et marchandises.

- Quelles sont les leçons à retenir de cette crise?
- Pour diminuer le risque d’en arriver aux mesures de confinement drastique, très coûteuses en termes économiques et sociaux, il semble qu’il faille disposer d’une capacité appropriée de détection, de mise à l’isolement, de repérage des cas-contacts et de réanimation. La disponibilité des masques est aussi un élément clef. De plus, compte tenu des échanges internationaux de personnes et de biens, tous les pays devraient disposer de cette capacité ou se la voir fournie, faute de quoi, les barrières aux frontières et le confinement qui s’imposeront à ceux insuffisamment préparés se répercuteront sur les autres.

Les pronostics

Selon nos dernières prévisions, la croissance mondiale devrait être de -4,4% en 2020, -6,8% pour les économies avancées et -1,4% pour les pays émergents ou en développement.
Les premières seront plombées par l’Europe du sud et le Royaume-Uni. Les secondes seront soutenues par la résistance de l’Asie, ainsi que, dans une moindre mesure, celle de l’Afrique subsaharienne (-1%), malgré la contre-performance de l’Afrique du sud (-6,1%), ainsi que des économies dépendantes du pétrole, du tourisme et du diamant.
L’Amérique latine devrait enregistrer la plus mauvaise performance.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

                                                                                              

Coût économique, secteurs sinistrés…

tourisme-03.jpg

- Le commerce de gros et de détail non alimentaire, en raison des mesures locales de distanciation, même assouplies, et de l’absence des touristes étrangers,
- L’artisanat pour les mêmes raisons,
- Le transport intérieur et extérieur (idem),
- L’hôtellerie, la restauration, les agences touristiques et autres prestataires touristiques du fait de l’absence des touristes,
- L’industrie automobile et aéronautique du fait de la chute de production en Europe, où se trouvent les donneurs d’ordre,
- La confection du fait de l’écroulement des ventes de vêtements en Europe,
- L’agriculture est toujours confrontée à la sècheresse.
Le commerce et le transport intérieur avec le déconfinement local entamé mi-juin, suivis de l’automobile, avec le redémarrage de la production européenne devraient repartir en premier. Cela sera plus long pour la confection et l’aéronautique, pour lesquels la demande européenne et mondiale devrait être plus laborieuse, et tout ce qui est lié au tourisme étranger. En effet, même si les frontières sont rouvertes à l’été, les flux en provenance d’Europe risquent de ne pas être très importants du fait de la prudence de la clientèle. En tout état de cause, cela dépendra beaucoup de la façon dont les ménages, surtout aisés, utiliseront leur épargne forcée issue du confinement. Certaines dépenses sont perdues, d’autres pourraient faire l’objet d’un rattrapage.

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc