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Tribune

Le savoir-faire institutionnel du vieux pays

Par Hubert SEILLAN | Edition N°:5777 Le 08/06/2020 | Partager

Avocat au barreau de Paris, président de la Fondation France Maroc, le Pr. Hubert Seillan a été observateur pour les droits de l’Homme lors du Procès dit des Gdim Izik (Ph. L’Economiste)

La pandémie très dangereuse que nous affrontons en ce printemps n’est pas égalitaire. Cette observa­tion ne saurait nous retenir plus, si n’était précisé que cette inégalité ne tient pas seulement à la circulation du virus, mais aussi à la capacité des institutions gouvernementales à cir­conscrire ses menaces.

Questions de proportions

Les autorités chinoises ont dé­cidé très rapidement des mesures drastiques de confinement et de désinfection. Il est admis que la population concernée est de l’ordre de 50 millions. Cela correspond donc à peu près à 3% des Chinois. Ceci n’est pas sans importance, car le pays a pu maintenir une forte logistique d’intervention. Le virus s’est alors déplacé vers l’Europe à partir du mois de février puis vers la mi-mars, vers les Amériques. Ce­pendant, en moins de 3 semaines, le nombre de cas et de morts ont dépassé ceux de la Chine.

Les chiffres doivent toutefois être considérés avec une grande pru­dence, parce qu’ils dépendent for­tement des capacités sanitaires des Etats et parce qu’ils relèvent d’une rétrovision qui ne garantit pas l’ave­nir. Moins impacté que ses voisins d’Europe, le Royaume a pu obser­ver le mouvement du virus à partir de l’Italie. Installé très puissam­ment dans le Nord, il est venu en France par la région Rhône-Alpes, est remonté vers l’Allemagne et la Belgique, et est redescendu vers la région parisienne, avant de rejoindre la Grande-Bretagne. Observons que son cheminement est assez proche de celui de la peste noire de 1347-1348, si j’en crois la carte présentée dans leur ouvrage Les malheurs des temps, par Jean Delumeau et Yves Lequin.

Les virus suivent le commerce

On ne doit pas en être surpris, c’est sans doute que ces régions connaissaient les échanges indus­triels, commerciaux et culturels les plus dynamiques d’Europe et ont aujourd’hui encore cette caracté­ristique. La circulation des virus, en lien avec celle des personnes et des produits, y a dès lors été et y est la plus rapide. Ce qui explique également que la contamination soit plus importante dans les villes que dans les campagnes et plus encore, lorsqu’elles disposent de ports mari­times et d’aéroports internationaux.

Le premier cas au Maroc date du 2 mars 2020, un Marocain résidant en Italie venu pour les vacances. Puis ce furent des touristes français, voyageant en car, qui ont été iden­tifiés.

La France, plus fortement tou­chée que le Maroc, comme on le sait, fait aussi la preuve des capa­cités de l’Etat, même si sa stratégie diffère. Elle dispose en effet, comme l’Allemagne, d’un système hospi­talier hors du commun. C’est peut-être ce qui explique qu’elle ait vu et voit encore la question en termes de soins plutôt que de dépistages par des tests. Il reste que l’effort massif tout à fait exceptionnel et remarquable, engagé sous l’auto­rité des deux plus hautes autorités de l’Etat, produit des résultats non négligeables.

Restent de nombreuses zones d’ombre et incertitudes qui do­minent encore le sujet. La vague est toujours forte et haute en Europe. Les Marocains qui l’observent n’en subissent pas la violence frontale et je souhaite que ce ne soit pas le cas, que le phénomène se calme. J’ose dire, comptons avec le jeu des ma­rées. Cependant gardons à l’esprit que le risque reste très élevé en Eu­rope comme au Maroc.

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Le virus serait venu d’Alexandrie ou bien via la mer Noire. Par bateau il a gagné Venise et Gène. On compte qu’en moyenne, un tiers de la population a disparu. Elle a été racontée par Boccace et peinte par Breughel. Dans beaucoup d’endroits, la peste a fait disparaître le servage des paysans

Bombe à Tindouf

Cependant, il est un petit coin du Sahara, qui fut marocain jusqu’à il y a peu, où les populations ne sont  pas en droit d’attendre la protection légitime d’un Etat. C’est la région de Tindouf.
Il faut savoir que l’Etat algérien a délégué ses compétences sur le territoire à l’organisation «Poli­sario». Ce qui est une façon de se laver les mains, des exactions qui y sont commises quotidiennement. L’affaire est connue et dénoncée par le Comité des droits de l’homme des Nations unies, sans que ses observations aient des échos. Cette déresponsabilisation de l’Algérie, tient à l’artifice d’un Etat saharien qu’elle cherche à entretenir. Mais aujourd’hui ce ne sont pas seule­ment les droits de l’homme qui sont en jeu, mais la santé humaine sur le plan mondial.

On sait ce qu’est la zone de Tin­douf sur le plan sanitaire, en temps normal. La misère y côtoie le crime. La loi du plus fort s’y exprime tous les jours, les aides internationales sont partagées entre quelques-uns, et par voie de conséquence, aucune réponse aux enjeux de la pandémie n’y est possible. On pouvait donc penser que face à la dimension inter­nationale du risque, le gouvernement algérien aurait conscience de sa res­ponsabilité. Ce ne semble pas le cas.
C’est une bombe virale à retarde­ment qui se trouve à Tindouf.

La situation demande l’attention de l’OMS et des autorités sanitaires du monde entier.

Réactions rapides et fermes

Je préparais le déplacement au Sahara, de la Fondation France-Maroc, Paix et développement durable, programmé du 8 au 14 avril. En liens quotidiens avec les membres marocains, j’ai pu constater la très grande attention avec laquelle les autorités de l’Etat, et notamment les wali au Sahara, suivaient le développement de l’épidémie, bien que la situation ne soit pas très critique dans le pays et surtout dans son sud. Le 12 mars, le Maroc prenait les premières décisions de portée natio­nale et internationale. Les lecteurs les connaissant mieux que moi.
La preuve a été faite en cette occasion de la capacité du vieux pays à prendre sans hésitation les décisions utiles.
L’affaire a été immédiatement jugée comme relevant des pouvoirs régaliens de l’Etat. Trop grave pour être déléguée aux seules adminis­trations techniciennes, comme celle de la santé et des affaires sociales, ou encore des transports.
Si j’en crois les informations qui me sont données, la stratégie rete­nue a visé la plus large détection dans la population et a fait le choix de traiter les personnes identifiées positives avec les médicaments controversés en France que sont la chloroquine et l’hydroxychloro­quine. L’achat massif des stocks nécessaires, à la filiale marocaine du laboratoire français Sanofi, a suivi.
Cette approche décisionnelle en deux temps, tests et soins dès les premières manifestations, apparaît aux observateurs internationaux, dont je suis, parfaitement maîtrisée.

                                                                           

Quelques livres du Pr. Seillan

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