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Tribune

Covid-19: Quels impacts et quelle sortie de crise

Par Rahal EL MEKKAOUI | Edition N°:5775 Le 04/06/2020 | Partager

Diplômé de l’École Mohammadia d’ingénieurs, Rahal El Mekkaoui, est parlementaire - Président de la Commission des finances et du développement économique - Membre de la Chambre des conseillers depuis octobre 2015 (Ph. Privée)

La crise sanitaire de 2020 a porté un coup très dur  à la situation économique et social du Maroc et aura des conséquences qui se feront ressentir sur plusieurs années. Sa gestion a été mitigée avec des points forts et des ratés. Elle a aussi révélé quelques lueurs d’espoir et des opportunités que le Maroc se doit de saisir. Ceci passe par un plan de déconfinement clair et des réflexions intégrées pour apporter les solutions adéquates à court, moyen et long terme.

La Covid-19 est intervenue à un moment où l’économie marocaine est mal en point après une dernière décennie qui a connu de faibles taux de croissance ne dépassant pas une moyenne de 3,5%. Le social n’a pas été non plus épargné durant ces dernières années avec un retard pénalisant de nombreuses réformes structurantes dont notamment la couverture médicale universelle et les réformes de retraites.

Sur un autre registre, et bien que la pauvreté absolue ait connu un net recul autour de 4%, la pauvreté multidimensionnelle a quant à elle touché des millions de personnes à en juger par le nombre de familles qui ont sollicité le soutien du fonds Covid et qui avoisine les 6 millions de ménages soit les ¾ des ménages marocains. Il est clair que le Maroc ne dispose plus de classe moyenne capable de relever le défi de la relance de l’économie par l’augmentation de la demande intérieure.

L’état d’urgence sanitaire et en particulier le confinement ont eu pour effet, certes, de réduire la propagation du virus qui aurait coûté en vie et en pression inédite sur le système de santé déjà très fragile, mais aussi d’arrêter l’activité économique, réduire drastiquement les revenus des ménages et mettre des millions de familles dans des situations précaires.

Sur le plan économique, les indicateurs macroéconomiques ont été mis à mal rendant une loi de finances rectificative nécessaire.  Ainsi, la dette publique, la balance de paiement, le déficit budgétaire et   le taux de croissance doivent être reconsidérés. Le commerce extérieur qui représente 32% du PIB, connaîtra une diminution annuelle estimée à 20%  à cause de  la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les réserves en devises, et malgré une nette réduction de la facture énergétique due aux chutes des prix de pétrole, subiront une  pression très forte vu que  cinq sur huit  sources importantes  de devises seront fortement impactées.

Des secteurs entiers pourvoyeurs d’emploi ont été quasiment à l’arrêt. Il s’agit entre autres du secteur du textile, du tourisme, de l’industrie automobile, de l’industrie aéronautique, du  secteur du bâtiment et travaux publics, de l’artisanat, du commerce,  des services, du  transport et logistique.

Le monde rural a aussi été très touché par la conjoncture actuelle puisqu’il bénéficiait avant le Covid-19 d’un transfert monétaire à travers l’agriculture maraîchère, le pâturage, les quelque 1.000 souks hebdomadaires et l’emploi de la population rurale dans les secteurs informels et les secteurs du bâtiment.
Sur le registre social, la santé publique est la première victime du Covid et plus précisément du confinement surtout  après le constat d’une nette réduction du taux de vaccination des enfants et de  la prise en charge des maladies chroniques et de longues durées et des femmes enceintes. Le coût engendré pour les ménages, qui en absence d’un système de couverture médicale universelle supportent plus de 50% des dépenses de santé, sera augmenté. Il est à craindre aussi un retour de certaines maladies transmissibles que le Maroc a mis des années pour éradiquer.

L’éducation n’est pas en reste.  Avec le passage à l’éducation à distance, un nombre important d’élèves se sont retrouvés en décrochage scolaire par manque de moyens de télécommunication accentuant ainsi le décrochage scolaire habituel estimé à plus de 200.000 élèves par an.

Malgré ce triste tableau sur la situation économique et sociale, le Maroc a de quoi se targuer dans sa gestion de la première phase de la crise mondiale actuelle. Des décisions rapides et d’envergure ont été prises au début de cette crise avec une implication courageuse,  forte et directe au plus haut niveau de l’Etat.

La solidarité s’est avérée être une valeur que beaucoup commencent à voir comme une base solide pour la relance et pour la construction du nouveau modèle de développement sur lequel se  penche la  commission royale dédiée. Le fonds Covid qui a été créé sur instructions royales pour un budget de 10 milliards de dirhams compte aujourd’hui plus que le triple de ce montant (32 milliards de dirhams) grâce à la solidarité et la générosité de la population marocaine et certaines grandes entreprises.
Le télétravail et l’usage massif du numérique durant le confinement ont démontré l’apport de la digitalisation pour l’amélioration des services au citoyen et pour l’éducation. L’économie digitale a prouvé qu’elle aura  une place de choix dans l’économie de demain avec pleines d’opportunités pour l’emploi.

Des sociétés marocaines ont été capables en peu de temps de fabriquer des respirateurs, des masques donnant ainsi la voie et l’espoir dans les capacités de l’industrie marocaine à prospérer et exporter si elle est bien encouragée, accompagnée et protégée.
L’implication des services sanitaires des Forces armées royales et l’augmentation du nombre de lits de réanimation étaient de nature à rassurer les professionnels de santé et la population. La mobilisation et l’engagement citoyen des services de sécurité, des autorités locales, des élus locaux, des professionnels de santé et du corps enseignant ont été sources de fierté pour les Marocains malgré quelques incidents minimes.  On notera aussi la continuité dans l’approvisionnement en produits alimentaires et produits de base durant toute la période de confinement grâce à la mobilisation des agriculteurs, des transporteurs et des commerces de proximité.

Sur le plan économique et social, la mise en plan d’un fonds spécial dédié a fait du Maroc un des pays qui ont consacré le plus de moyens financiers rapportés au PIB pour la lutte contre le Covid-19. Le soutien aux populations touchés par les conséquences de l’état d’urgence sanitaire et qui a bénéficié à près de 5 millions de familles dans un temps record  est indéniable. Un soutien indirect aux entreprises a été accordé via une allocation de 2.000 DH par moyen aux employés en arrêt de travail. La production d’une quantité importante dépassant les besoins nationaux en masques que le Maroc ne produisait pas avant la pandémie est un franc succès pour l’industrie du textile marocaine.

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«Protestation d’ouvriers et ouvrières non déclarés à la CNSS. Si le Covid a eu des dégâts considérables sur l’activité socioéconomique, le travail au noir, la sous-déclaration des employés et le manque de scrupules de certains employeurs a alourdi la facture» (Ph. L’Economiste)     

Toute réflexion pour la sortie de crise doit s’intégrer dans une vision à long terme, globale et non sectorielle, au lieu de s’articuler autour de certaines mesures qui reprendront le modèle d’avant la crise qui a montré son inefficacité pour régler les problèmes de  l’économie et de  la société. Cette réflexion doit s’intégrer dans le nouveau modèle de développement en cours de conception et s’articule autour de cinq axes fondamentaux:

1- Un rôle de l’Etat beaucoup plus effectif et garant de l’équité, l’égalité des chances, la transparence et un service public de qualité.
2- L’adoption d’un pacte social (Etat, entreprise, partis politiques, partenaires sociaux) sur la  responsabilité et  la solidarité.
3- Donner au développement du capital humain la priorité qu’il mérite par une éducation de qualité, une formation le long de la vie, et le soutien de la recherche et développement.
4- Une économie résiliente et durable par la protection de l’emploi, la sauvegarde de la souveraineté  de la décision économique et le renforcement d’un modèle économique qui tient compte des leçons apprises de la crise et notamment, la nécessité de réduire l’économie informelle créatrice de fragilité sociale, l’appui aux petites et moyennes entreprises, un système de financement de l’économie plus réactif, le développement d’une industrie marocaine intégrée, l’encouragement de la consommation du produit marocain et la protection de l’économie marocaine face aux conséquences d’accords de libre-échanges déséquilibrés. Le modèle économique doit aussi profiter de la distribution mondiale des investissements en faveur  des régions plus proches des marchés mondiaux. Le nouveau modèle doit aussi faire une place à l’économie numérique et l’économie verte comme nécessité et comme opportunité et permettre une sécurité alimentaire.
5- La protection sociale est source de sécurité et de confiance pour les citoyens. La couverture médicale universelle, la sécurité sanitaire, un système de retraite généralisé sont autant de chantiers capables de réduire la pression sur les ménages et aider à l’émergence d’une classe moyenne.

Aujourd’hui, à quelques jours de la fin de la période de confinement, aucun plan de déconfinement n’a été proposé par le gouvernement. On assiste à des mesures d’allègement du dispositif de confinement par des départements ministériels chacun en ce qui le concerne. La vision d’ensemble n’est pas présente et la communication gouvernementale n’est pas de nature à rassurer la population et les acteurs économiques qui ont besoin d’une visibilité à court, moyen et long terme pour leur permettre de prendre les dispositions nécessaires surtout pour ceux qui sont en concurrence sur les marchés internationaux.

Deux questions fondamentales auxquelles le plan de déconfinement et les prochains projets de loi de finances doivent répondre. La première concerne le soutien aux familles qui ont souffert des conséquences du Covid-19 durant ces trois derniers mois en perdant la totalité ou une partie de leurs revenus. La deuxième concerne les secteurs de l’économie qui auront besoin d’un soutien pour une reprise d’activité à court terme et une relance à moyen et long terme dans le but de sauvegarder et créer de l’emploi. Des mesures transversales doivent être prises mais appliquées différemment en termes d’intensité et de durée selon les secteurs d’activités. L’apport du secteur bancaire et des différents systèmes de financement de l’économie devront être au centre du dispositif de relance de l’économie nationale.

Facture économique

Les pertes pour l’économie nationale sont estimées à 1 milliard de dirhams par jour de confinement soit 1 point de PIB chaque 10 jours ou l’équivalent de 2.000 à 2.500 de pertes d’emploi par jour. Ceci implique un manque à gagner de 500 millions de DH par jour pour les finances publiques soit 30 milliards de dirhams durant le confinement. Le déficit budgétaire avoisinera les  7% pour l’année 2020.  Plus de la moitié des entreprises que compte le pays ont déclaré près de  950.000 employés en arrêt de travail durant le mois d’avril. Ce qui représente près du tiers des employés du secteur privé. Il est à craindre que le nombre de sociétés qui seront déclarées en faillite pour l’année 2020 soit beaucoup plus important que celui des années précédentes et qui était de près de 8.000.

                                                                               

Quelques ratés tout de même

La gestion de la crise a eu son lot de ratés en tête desquelles la communication gouvernementale qui a manqué de clarté, de cohérence et de rapidité depuis le début de la crise. Les sorties médiatiques du chef de gouvernement, par ailleurs très rares, ont semé le doute sur la capacité du gouvernement à faire face à la pandémie. Certains ministres chargés de dossiers en relation directe avec la crise ont brillé par leurs absences. La mise en place d’un Comité de veille sociale aurait permis une approche participative très large de la part du gouvernement. Certaines décisions du Comité de veille économique ont pris du temps pour se matérialiser malgré une unanimité nationale exprimée au Parlement et ailleurs sur un engagement timide de la part des acteurs du système bancaire national. Le non-rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger à cause de la fermeture des frontières a été le point noir de la gestion de crise par le gouvernement et a été considéré comme une atteinte à leur dignité et un abandon inexpliqué. Au passif du gouvernement, il faut aussi inscrire sa tentative avortée de passer un projet de loi portant atteinte aux libertés publiques et aux droits d’expression.

 

 

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