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Tribune

Pas de parenthèses pour la démocratie

Par Dr Fouad BENSEDDIK | Edition N°:5770 Le 28/05/2020 | Partager

Docteur d’Etat en sciences politiques, membre du CESE du Maroc dans la catégorie des Experts et consultant international indépendant (FBS Consulting, Paris), Fouad Benseddik est membre fondateur et ex-directeur des Méthodes de l’Agence internationale de notation Vigeo Eiris (décembre 2002-janvier 2020). Proche de l’UMT, il a aussi été cadre à la CNSS avant de se tourner vers le privé.  Il s’exprime ici à titre personnel, nos lecteurs connaissent ses analyses, souvent en rupture avec le consensus ambiant  

Ce ne sont pas que des entreprises isolées mais des secteurs enchevêtrés qui subissent les conséquences du confinement. Une partie importante de la population est menacée de basculer dans la pauvreté. L’indissociabilité de l’économique et du social prend ici tout son relief.

Tandis que l’Etat, vers qui les regards et les mains se tournent, se trouve confronté à des contraintes puissantes et contradictoires. Il lui faut faire face, simultanément, à une baisse drastique de ses recettes et à une explosion de ses besoins de dépenses. Tout en préservant la qualité de sa signature, durement acquise, auprès des marchés financiers. La solution de cette contradiction n’est pas que technique. Elle sera politique.

Responsabilité sociale: déjà 14 ans

Si le secours de l’Etat à l’économie est une nécessité, doit-il et au nom de quoi être inconditionnel? La CGEM a adopté depuis 2006 une Charte de responsabilité sociale, énumérant des engagements sociaux, de gouvernance, d’éthique des affaires, d’intégrité fiscale et de protection de l’environnement en ligne avec les minima universels. Cette Charte, tour à tour portée par Mly Hafid Elalamy, Mohammed Horani et Meryem Bensalah a fait honneur aux employeurs marocains.
La crise ne doit pas être le prétexte pour l’enterrer.
La responsabilité sociale n’est pas une poésie réservée aux beaux jours.
Elle est l’axe directeur qui permet, y compris et surtout par temps de crise, de fixer le rôle de l’entreprise dans la société, et de donner un contenu concret à la réciprocité entre ses intérêts et ceux de ses parties prenantes, notamment ses salariés, ses sous-traitants, ses clients et ses territoires d’activité.
Les grandes entreprises, dont les banques — que le Roi avait dans son discours de la rentrée parlementaire 2019 appelées à mieux exercer leur responsabilité sociale et à s’engager en faveur des PME et TPE — auront besoin de progresser à cet égard.

Imaginons un référentiel

Les garanties et les aides de la puissance publique gagneraient à se fonder, non sur des carcans administratifs, mais sur des critères incitatifs d’utilité sociale, d’équité, de qualité de la gouvernance, et de contribution à l’économie réelle et à la durabilité. On pourrait imaginer qu’un référentiel soit contractualisé. Il valoriserait les entreprises sur leur investissement dans les compétences et les technologies nouvelles, la qualité de leurs emplois, la signature d’accords collectifs, la sécurité sanitaire, le respect de l’environnement et la contribution à la transition énergétique. Le moment est venu d’accompagner les dépenses fiscales et la commande publique de quelques exigences de non-discrimination entre les femmes et les hommes, de salaire décent et d’affiliation à la sécurité sociale de toutes les femmes employées dans l’industrie, les services, les exploitations agricoles et dans les maisons. Le degré de retour des femmes dans l’économie sera une condition et un test de robustesse du nouveau contrat social que tout le monde dit souhaiter. Pas seulement parce qu’elles furent en première ligne du combat sanitaire — étant plus d’un médecin sur deux (57%) et les deux tiers des paramédicaux (66%). Mais aussi parce que leur taux d’activité n’a cessé de baisser depuis 20 ans pour tomber au-dessous de 17% en milieu urbain. S’accommoder de cette régression serait se résigner à l’impossibilité de toute véritable trajectoire d’émergence.

Des idées toxiques

Rétablir le lien entre l’économique et le social exige de la clarté, de la volonté et sans doute de nouvelles règles du jeu politique. Or, ici et là des idées surprenantes surgissent, mettant en doute jusqu’à l’utilité de la démocratie. J’ai lu qu’à l’image d’une société de fourmis, la société humaine aurait besoin d’un «despotisme éclairé» comme système naturel d’organisation et comme solution à la crise (e-leconomiste 19 mai 2020). Ces idées sont toxiques.
L’alliance entre technocrates et hommes d’affaires ne peut se substituer à la délibération et la responsabilité politiques. Le modèle chinois n’est pas importable au Maroc.
L’épisode du projet de loi heureusement avorté qui visait la criminalisation de l’expression sur les réseaux sociaux fut à cet égard un vilain moment. Le moment n’est pas à la mise entre parenthèses de la démocratie, au renvoi de la réduction des inégalités et des déficits sociaux à des jours meilleurs, ni à l’aventurisme monétaire.
Il est à la contractualisation des efforts pour que la sortie de crise se fasse par le haut.

Attention à la petite musique aventuriste

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Les têtes pensantes de la politique monétaire. Au premier plan, le wali de BAM, Abdellatif Jouahri. Au centre, le ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun. A droite, en train d’écrire, Mohammed Kettani, vice-président du Groupement bancaire et PDG de AWB (Ph. MAP)

Une petite musique s’insinue, mettant en doute, au nom de la «souveraineté économique», l’intérêt de l’indépendance de la banque centrale et son rôle en matière de stabilité financière et de rigueur monétaire.
Bank Al-Maghrib a gagné un niveau de confiance élevé parmi ses pairs à l’échelle mondiale. Son gouverneur, qui est un esprit sage, semble savoir que sur verglas il ne faut ni freiner ni accélérer brusquement.
Il devra résister aux sirènes qui chantent les louanges du retour aux taux administrés, du contrôle des changes, et de la planche à billets par quoi se fabriquent les spirales inflationnistes, l’appauvrissement des ménages et les malheurs sociaux. 

Pas d’aide inconditionnelle

La CGEM a transmis au Comité de veille économique (CVE) une plateforme de 508 mesures de soutien à une relance par l’offre»: prolongement et prise en charge du dispositif de chômage partiel par l’Etat; exonération et report des charges sociales et fiscales; suppression des taxes locales; réduction des taxes sectorielles; assouplissement, simplification, et généralisation des mécanismes de garantie actuels (lesquels comprennent la suspension des contrôles fiscaux). Ces demandes sont compréhensibles dans le contexte. Mais en contrepartie de quoi?
La CGEM a pris soin d’assortir ses propositions d’un engagement de principe en faveur de thèmes emblématiques tels que «maintien de l’emploi et solidarité»; «formalisation et bonne gouvernance»; «comportements vertueux; délais de paiement, paiement des impôts ; injection de capitaux propres»; «environnement sain». Pour l’instant, il n’y a pas de contenu précis. 

                                                                            

Quelques références chez Benseddik

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Un collectif de bon niveau, où Benseddik a écrit le remarquable article «Démoraliser la responsabilité sociale». Introuvable sauf, numérisé, sur site spécialisé https://www.cairn.info/

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A l’origine il devait y avoir une série, mais c’est le seul tome qui ait été écrit. Il date de 1990 et n’a pas été réédité ni numérisé. Fin mai 2020, il en existe encore trois sur Amazon. Seul espoir, les bouq uinistes

 

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