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Tribune

Covid-19 Quels scénarios pour une sortie de crise(1) (2e partie)

Par Taha Oudghiri | Edition N°:5760 Le 13/05/2020 | Partager

Taha Oudghiri est vice-président de l’AMEEN. Il est conseiller en finances et en management des affaires. Il est également juriste d’affaires. Il est par ailleurs l’auteur de nombreuses publications économiques et financières. Ses supports de publications ont été, entre autres, la Revue française de finances publiques, Le Monde, Le Monde de l’Economie, la CIAR, Cornell International Affairs Review de l’Université Cornell et, à plusieurs reprises, les colonnes de L’Economiste (Ph. TO)

On observera que nombre d’économistes s’emballent pour estimer que les seules voies de salut sont précisément monétaires: révision du statut de Bank Al-Maghrib, de son «indépendance» pour une injection massive des liquidités et assouplissement des ratios prudentiels des banques (relatifs au niveau de leurs fonds propres) préconisés par Bâle III pour que ces liquidités parviennent aux PME. Ces voies salutaires seraient aussi budgétaires: laisser filer le déficit.

Elles seraient donc surtout fiscales: une plus forte progressivité de l’impôt qui solliciterait davantage les capacités contributives est également recommandée. Enfin, l’institution d’un Impôt sur la fortune (ISF) et d’un impôt sur les successions sont également prônés. Dans quelles proportions, quels sont les dosages qui feront que ces politiques ne seront pas contreproductives? En réalité personne ne le sait vraiment.

Aucune de ces politiques n’est à l’abri de critiques pertinentes. En regard de ces politiques préconisées, on comprend bien que l’Etat, au Maroc et ailleurs, est réhabilité dans sa fonction de régulation et de principal agent économique. Plus que ça encore, il est devenu le dépositaire de toutes les espérances. Le secteur privé et les ménages attendent qu’il les relance ou qu’il les protège. La tâche n’est pas simple, le privé compte sur l’Etat, et l’Etat compte sur le privé pour se renflouer, pour rembourser les dettes qu’il ne pourra pas reprofiler.

Lorsque l’on examine sereinement les spécificités de l’économie marocaine, son extraversion, et l’importance des variables significativement incontrôlables qui façonnent son PIB (la pluviométrie, les transferts des MRE, le tourisme et les désintégrations des chaînes de valeur (les délocalisations) ou les réintégrations de celles-ci (les relocalisations) on prend conscience que le Maroc subira plus qu’il n’agira. C’est pourquoi, il convient de se démarquer de la doxa qui s’est faite jour et qui recommande une réforme fiscale radicale dans le sens d’une plus grande pression.

La politique poursuivie, d’élargissement de l’assiette fiscale devrait être renforcée par aussi davantage de pédagogie pour une meilleure adhésion, pour un plus grand consentement à l’impôt. Que seulement 2% des entreprises payent plus de 80% de l’IS et que 70% de l’IR soit prélevé à la source, appelle une offensive pédagogique et non pas une action de coercition qui a déjà provoqué une réaction de rébellion. Une pédagogie qui s’appuierait sur l’impérieuse nécessité d’atténuer le creusement des inégalités par des finances publiques moins exsangues, qui s’appuierait aussi sur le climat social explosif que ces impasses budgétaires pourraient provoquer et enfin, sur la pérennité des patrimoines de ceux-là même qui seuls, ou avec le concours de prestataires, élaborent des stratégies d’évitement de l’impôt.

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«Que seulement 2% des entreprises payent plus de 80% de l’IS et que 70% de l’IR soit prélevé à la source, appelle une offensive pédagogique et non pas une action de coercition qui a déjà provoqué une réaction de rébellion»

Il faut une prise de conscience claire, percutante: ne pas payer l’impôt ferait place à une atmosphère sociale explosive dommageable pour la préservation des patrimoines et autrement plus périlleuse que les risques fiscaux latents auxquels expose le non-paiement des impôts. Evidemment l’efficience, l’exemplarité et la rationalité des allocations de fonds publics doivent aussi être observées.

Dans l’immédiat, on pourrait peut-être revisiter l’IR et encore, le principal IR, sur salaire, est déjà plafonné à 38%, mais il n’y a vraiment pas de grande marge pour l’IS et la TVA. Quant à l’ISF, une forme avait déjà été instituée sournoisement par la taxation des plus-values sur la base des valeurs d’origines et non pas sur la base des valeurs successorales qui avaient pourtant été taxées – lors de la succession – très modestement, il est vrai. On est revenu, il y a deux ans, sur cette disposition du droit fiscal au regard du gel de ces transactions, de ces contradictions juridiques, de ces superpositions fiscales. L’impôt sur les successions pose un autre problème, religieux notamment, mais pas seulement.

Il ne faut pas perdre de vue que ces leviers fiscaux qui semblent faire l’unanimité des experts qui se sont jusque-là exprimés, étaient déjà actionnés avant même cette crise sanitaire. La situation du Maroc n’était pas florissante. Il était déjà en difficulté et les autorités monétaires et fiscales s’employaient à juguler cette situation, avec les succès que l’on sait. Si ces succès n’étaient pas à la hauteur des espérances ce n’est pas seulement par manque de volonté politique, mais c’est aussi parce que des réformes difficiles, plus en amont de la société, restent à faire. Aujourd’hui réfléchir pour retrouver uniquement la situation d’avant Covid-19, n’est pas très ambitieux.

Bien que le Maroc ait enregistré des performances remarquables dans sa lutte contre la pauvreté, au titre des deux dernières décennies, il continuait à être classé comme étant le pays le plus inégalitaire d’Afrique du Nord et le 143e sur 153 pays dans l’indice mondial de disparité entre les sexes, indice établi par le Forum économique mondial.

                                                                              

Le Maroc subira plus qu’il n’agira!

En dernière analyse, à la faveur de cette crise nous revoilà installé dans une spirale incertaine: étatisation-privatisations, libéralisme-interventionnisme. On atteindra rapidement les limites de la gouvernance étatique, pour rebasculer dans le libéralisme.

Idéalement, ce qui paraît être le plus judicieux, c’est l’éclectisme et une certaine ambivalence dont il faut s’accommoder. Prendre les bonnes idées de la «gauche», du socialisme (davantage d’égalité et une meilleure répartition) et les bonnes idées de la «droite», du libéralisme (davantage d’incitations pour plus de créations de richesses) pour mieux réussir les réformes. Ces différences d’approches sont les principales lignes de démarcation de ces deux idéologies. Leur harmonisation paraît être la meilleure voie à suivre. Pour que l’Etat aille bien, le privé doit mieux se porter que lui. L’Etat ne crée pas directement de richesses, mais il est le seul à même de mettre en place les conditions propres à la création ou à la destruction de richesses. Les exemples sont nombreux autour du Maroc.

Idéalement encore, le renforcement de l’Etat de droit, pour plus de sécurité juridique, est un impératif pour rassurer les capitaux nationaux et internationaux, les IDE, désireux de s’investir; surtout en ces temps de contraction des réserves de changes. Ce n’est pas la réforme fiscale préconisée, qui pourrait être jugée confiscatoire, qui facilitera ces mouvements de capitaux. C’est sur la croissance économique qu’il faut tout engager et non pas sur le renforcement de l’Etat qui sans le dynamisme du privé ne sera jamais fort.

Les importations destinées à une consommation ostentatoire peuvent aussi être découragées par de nouvelles barrières tarifaires, qu’on négociera avec l’OMC. Dans le même ordre d’idées, à la faveur de cette crise du Covid-19, des restructurations industrielles, des recentrages d’activités et des réintégrations-désintégrations des chaînes de valeur vont s’opérer dans le monde. Le Maroc peut se positionner, par-delà ses nombreux atouts géographiques, politiques et économiques, pour en être un des bénéficiaires. L’attractivité de la Chine s’est émoussée par l’opacité de son système, mais aussi et surtout, par l’élévation de son niveau de vie qui lui fait perdre son avantage concurrentiel relatif au bas coût de ses facteurs de production, principalement le facteur travail.

Le Maroc pourra augmenter son attractivité par aussi plus de confiance qu’il inspirera en contenant ses volte-face juridique et fiscale, fréquentes en temps de crise, et en évitant une réforme fiscale qui se ferait dans le sens d’une plus grande pression, comme le préconisent la plupart des experts.

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(1) Cet article reprend l’essentiel d’une communication faite, par l’auteur, lors de la rencontre à distance organisée, le 30 avril, par l’Association marocaine des économistes d’entreprises, l’AMEEN, à l’initiative d’Ahmed Azirar, son fondateur et par le Centre d’études et de recherches Aziz Belal, CERAB.

 

 

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