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Chronique

Comment relancer l’économie marocaine?

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5760 Le 13/05/2020 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’IMRI (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK)

Le Maroc ayant été touché le 2 mars 2020 par la pandémie du coronavirus, le gouvernement a décidé la fermeture des frontières et le confinement du 20 mars au 20 mai 2020. Ces mesures ont eu pour effet l’arrêt total ou partiel des activités économiques aussi bien de production que de services. La seule donnée vérifiable pour l’économie marocaine à ce jour est une croissance de +0,7% au premier trimestre 2020 fournie par le HCP, et une prévision de -6,8% au 2e trimestre. Pour toute l’année 2020, outre les effets de la pandémie, il faut ajouter une faible récolte céréalière (50% d’une récolte normale). La croissance pour l’année 2020 dépend de la date de la fin du confinement aussi bien au Maroc qu’à l’étranger, laquelle conditionne la reprise de l’activité économique.

Cette crise du Covid-19 concerne aussi bien l’affaiblissement de la demande que celle de l’offre. Aussi, pour la résorber il faut agir sur ces deux volets. Dans ce sens, sous l’égide du Roi Mohammed VI, un Fonds spécial de gestion de la pandémie a été créé et dirigé par un Comité mixte composé du secteur public et privé. Doté au 24 avril 2020 d’un montant de 32 milliards de dirhams, ce fonds a pour but de faire face aux dépenses supplémentaires du ministère de la Santé, à maintenir le pouvoir d’achat des salariés et travailleurs du secteur informel en arrêt de travail, et à accompagner les entreprises surtout les TPME pour consolider leur résilience.

Ce Fonds spécial a permis de sauver des vies, de maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs, et de consolider la résilience des entreprises. Cependant, les mesures prises ne sont valables que jusqu’au 30 juin 2020, d’où la nécessité de définir une stratégie pour la relance de l’activité économique au 2e semestre 2020.

En effet, selon la CGEM, 47% des entreprises marocaines ont perdu 50% de leur chiffre d’affaires. Les secteurs les plus touchés sont le tourisme, le transport aérien, l’automobile, l’aéronautique, les textiles et les industries agroalimentaires. Les causes du ralentissement sont le confinement, les difficultés d’approvisionnement et de logistique, ainsi que la faible demande extérieure notamment en provenance de l’Europe qui représente 60% de nos exportations.

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Selon la CGEM, 47% des entreprises marocaines ont perdu 50% de leur chiffre d’affaires à cause de cette crise sanitaire mondiale. Les secteurs les plus touchés sont le tourisme, le transport aérien, l’automobile, l’aéronautique, les textiles et les industries agroalimentaires

La stratégie de relance économique doit passer par l’élaboration d’une loi de finances rectificative pour le second semestre 2020, avec les prévisions de recettes fiscales et les dépenses qui doivent inclure les aides pour maintenir le pouvoir d’achat et la survie des entreprises. Aussi, faut-il dès maintenant que le gouvernement se concerte avec les représentants des entreprises publiques et privées pour définir les besoins financiers en vue de la reprise de l’activité. Dans le budget de l’Etat, autant faut-il faire la chasse aux entreprises inutiles, autant faut-il préserver les investissements publics pour alimenter en travail les entreprises afin de maintenir les emplois. Une autre préoccupation est la détérioration des comptes extérieurs du fait de la baisse du tourisme, de l’export, des transferts MRE et des IDE. Il est essentiel de maintenir les réserves en devises pour faire face aux importations incompressibles.

Une fois définis les besoins financiers en monnaie locale et étrangère, l’Etat doit arbitrer entre les ressources locales et les ressources extérieures. Les ressources locales sont la création monétaire, la fiscalité, et l’endettement. Il faut être prudent concernant la création monétaire pour éviter une trop grande inflation. Il ne reste pour le second semestre que l’endettement local et international. Le gouvernement a déjà tiré 3 milliards de dollars de la ligne de précaution et de liquidité du Fonds monétaire international, et a obtenu du Parlement le déplafonnement de la dette extérieure, ce qui lui permettra d’envisager un nouvel emprunt sur le marché international. Tout cela va entraîner pour 2020 un déficit élevé du budget de l’Etat et de la balance des paiements, qu’on ne peut qu’accepter, car c’est la seule solution pour préserver et relancer l’économie marocaine.

                                                                    

Les leçons de la pandémie

D’ores et déjà, il faut réfléchir aussi à la loi de finances 2021 qui doit commencer à intégrer les leçons tirées de la pandémie. La priorité budgétaire doit être donnée aux secteurs de l’éducation, de la santé, et de la couverture sociale. Des solutions doivent être recherchées pour résorber le secteur informel, qui, selon les données fournies par le gouvernement, représente 4,2 millions de ménages, soit 16,8 millions de Marocains (environ 4 personnes par ménage). Tout cela exige la simplification des procédures et des mesures incitatives pour intégrer le secteur formel. Concernant les personnes sans emploi et les démunis, la solution peut être trouvée dans la suppression de la Caisse de compensation, et l’attribution d’une indemnité mensuelle directe à certains conditions (comme par exemple la scolarité des enfants utilisée par «Bolsa familia» au Brésil). Sur la liste des propositions, la création de plus d’emplois par le développement des industries de substitution aux importations, ce qui nécessite une certaine protection, qui peut être obtenue par l’application des mesures de sauvegarde ou la révision des accords de libre-échange. D’autres dispositions peuvent être prises, telles que la préférence nationale, l’encadrement des importations, et le développement du partenariat public-privé. A titre d’exemple, obligation doit être faite aux administrations d’acheter des marques de voiture fabriquées au Maroc. Au niveau du commerce extérieur, il est nécessaire de diminuer la dépendance vis-à-vis de l’Europe, par une diversification de nos échanges avec l’Afrique en priorité, mais également l’Asie et l’Amérique. Enfin pour équilibrer le budget de l’Etat, il sera nécessaire de réformer la fiscalité pour établir une imposition proportionnelle du capital  et du revenu.

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