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Les journalistes au front, entre infobésité et fake news

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5760 Le 13/05/2020 | Partager
«L’information du jour n’est plus celle du lendemain», souligne Rachid
Difficile dans un tel contexte de transmettre une information claire et informative
Les médias du monde entier, dont le modèle classique est chamboulé, appelés à se réinventer
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Rachid M’Barki, journaliste présentateur de Faites entrer l’accusé RMC Story, «le Maroc peut être un modèle pour les pays d’Afrique subsaharienne dont il peut servir de locomotive pour renforcer  davantage le continent sur la scène internationale» (Ph. BestImage)

Pour le présentateur télé d’origine marocaine, Rachid MBarki, tout va très (trop) vite pour les médias dont le schéma classique risque d’être phagocyté par les parutions sur internet. Un chiffre qui le conforte dans cette direction. Au cours de la crise, plus de 15.000 articles par jour ont été publiés au cours du mois d’avril dernier en France… Une question aussi: comment avec une telle profusion rassurer une population interrogative et inquiète. Décryptage

- L’Economiste: Quel a été votre regard sur le traitement de l’information par les médias français et étrangers pendant cette crise sanitaire sans précédent?
- Rachid MBarki:
Les médias du monde entier ont été confrontés à une situation inédite, qui a totalement chamboulé leurs modes de fonctionnement. La vérité d’un jour n’est plus celle du lendemain. Difficile dans ces conditions de transmettre une information claire et affirmative. Par ailleurs, certaines données sont difficilement vérifiables, ce qui freine le travail en amont. Entre les discours des scientifiques, des autorités gouvernementales qui diffèrent en fonction de l’évolution de la pandémie liée au Covid-19, les médias ont eu du mal à répondre aux attentes d’une population inquiète et interrogative.

- L’infobésité liée à un traitement excessif de l’information (15.000 articles en moyenne ont été répertoriés par jour en France au mois d’avril) ne risque-t-elle pas d’avoir des effets négatifs sur la population?
- Le traitement de l’information dépend de l’actualité qui est régulière, dense et fluctuante, raison pour laquelle les médias  traditionnels ont eu du mal à suivre la cadence. Face à cette nouvelle donne, nous pouvons nous attendre à un essor de nouveaux médias instantanés qui vont voir le jour, avec une adaptation plus facile qui se fera sur internet. Quant aux chaînes de télévision traditionnelles, elles vont devoir trouver de solutions idoines pour être optimales avec deux éditions quotidiennes.

- Quelles sont les dispositions prises par le groupe Altice (BFM,  RMC, l’Express, Libération) pour protéger ses employés... Va-t-on vers de nouveaux modes de traitement de l’information?
- Le groupe Altice a revu ses process pour s’adapter à cette catastrophe sanitaire. Les journalistes ont davantage opté pour les visioconférences, afin de réaliser leurs interviews et ne se déplacent qu’en cas de nécessité. Dans les locaux, les mesures barrières sont appliquées, avec le port des masques et la distanciation entre collègues ainsi qu’entre invités des plateaux de télévision. Par ailleurs, le matériel est décontaminé régulièrement, les micros sont protégés et les individus dans les espaces de tournage sont en nombre réduit. Des désinfections sont opérées plusieurs dizaines de fois par jour. Des mesures d’autant plus indispensables car les personnes conviées sont souvent des médecins, des chercheurs, des épidémiologistes, qui pour certains d’entre eux sont en contact direct avec les patients atteints de Covid-19. 

- Mediapart a réalisé une enquête relevant les graves manquements du gouvernement dans la gestion de cette crise sanitaire décrite comme un fiasco d’Etat. Quel est votre avis sur le sujet?
- Actuellement, tout le monde navigue à vue. Il me semble que la critique est facile, mais le gouvernement doit prendre des décisions sur des faits inédits. Le nombre de patients atteints du Covid-19 ont augmenté de façon vertigineuse, ce qui a conduit les instances dirigeantes à devoir gérer cette situation de crise et trouver des solutions adéquates pour augmenter le nombre de lits en réanimation. Alors que la capacité d’accueil était de 5.000 lits en France, il a fallu très vite réagir pour accueillir le flux supplémentaire de patients malades. Concernant les masques, alors que les stocks disponibles étaient  prévus pour les soignants, le gouvernement n’a pas été en mesure de transformer son industrie rapidement pour répondre à la demande de la population, contrairement au Maroc qui a été en capacité de le faire.

- L’Afrique reste relativement épargnée par rapport à l’Europe, comment expliquez-vous ce changement de paradigme?
- L’Afrique n’a pas subi fortement les effets de cette pandémie mondiale et reste relativement à l’abri pour l’instant. Si certains scientifiques l’expliquent par la jeunesse de la population africaine, d’autres avancent le rôle des anti-paludiques. Par ailleurs, l’Europe et les Etats-Unis n’ont pas l’habitude d’être confrontés aux pandémies contrairement au continent africain.  

- Quel est votre avis sur la polémique autour de l’utilisation de la chloroquine en France?
- En Europe, le processus d’homologation d’un médicament est très long. L’essai clinique européen Discovery qui teste les médicaments a pris du retard, s’en est suivi le débat entre les membres du comité scientifique qui ont eu plusieurs points de divergences à ce sujet, ce qui a animé les échanges entre les pro et anti-chloroquine, beaucoup de néophites se sont proclamés scientifiques.

Propos recueillis par Ghizlaine BADRI

                                                           

Le Maroc modèle pour l’Afrique subsaharienne

Pour Rachid M’Barki, il y aura certainement un changement dans la doctrine des échanges mondiaux. L’interdépendance affirmée pendant cette crise va irrémédiablement conduire les Etats à la mise en place de nouveaux plans stratégiques pour adapter leur production afin d’assurer une meilleure autonomisation des systèmes industriels. En France, les usines Airbus ne pourront pas continuer à fabriquer leurs avions car les sous-traitants sont en Inde, en Chine… et cela pose un problème majeur auquel il va falloir répondre rapidement pour ne pas fragiliser davantage l’économie du pays. Le Maroc a su faire face à la crise car il a acquis au fil des années une autosuffisance industrielle qui le place en situation de force. La carte du monde va se dessiner en fonction également de la proximité entre les pays. Dans ce dessin, le Maroc peut être un modèle pour les pays d’Afrique subsaharienne auquel il peut servir de locomotive pour renforcer davantage le continent sur la scène internationale.

 

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