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Lectures du Ramadan

«L’intrication de Malabar» Episode 4: Une rencontre brutale

Par L'Economiste | Edition N°:5752 Le 30/04/2020 | Partager

Dans l’épisode précédent

Je pars défier cet avenir qu’on veut me coller. «Je te défie, toi, Avenir!» lança Ismaël  rageusement, prêt à en découdre avec ce monstre qui phagocyte les jeunes mal nés comme lui, dans un pays où tout semble culturellement ralenti.  Le sac était plein. Ses économies étaient plutôt maigres, mais lui permettraient de tenir quelques jours. Il détestait la vie de ses parents, mais ne voulait pas les achever. Il leur avait dit qu’il était invité dans la ferme de l’un de ses amis pour y passer l’été.

Chapitre 3
Ghni lança «je les hais» en passant devant un groupe de collégiens tonitruants armés de bâtons.
-  Ils sont armés de bonnes intentions! siffla l’éminence.
-  Je ne peux plus les voir en peinture, lâcha Ghni avec dégoût.
-  Ce ne sont que des enfants, professeur.
-  Non, ce sont des monstres sans cervelle, prêts à toute mauvaise action juste pour se gausser, pour se faire valoir, pour être à la tête de leurs troupeaux à force de conneries, sans une once d’intelligence.
-  Equus asinus, l’âne est un animal utile, pour peu qu’on le dresse à porter les fardeaux, mais ça, vous le saviez en bon enseignant.
- Merci pour le cynisme. «Mon Victor» disait,  trancha le professeur, «Le monde est mort. Le peuple? Un âne qui se cabre!»
-  Et que voulait-il dire par cela? repris l’éminence
- Victor? Il te répondrait par une boutade! Il te dirait que seuls les pur-sang savent cabrer. Les peuples, de par le monde, braient en se donnant l’illusion de cabrer. Ils imitent le cabrement par le son, tout en se couchant, fiers d’avoir été aussi courageux. Et on alimente leur sensation de petits courages autant que l’on peut. On donne l’illusion à l’âne d’être un pur-sang tant qu’il vaque à sa peine, de l’aurore au coucher et on ne manquera pas de lui susurrer qu’il sera bientôt prêt pour concourir au dernier derby londonien.
-  Je trouve que vous évoluez professeur, vos analogies s’améliorent.
-  Votre éminence est trop bonne.
Ghni poussa violemment l’éminence sur la droite, puis le tira vers le bas. Un gros caillou passa de justesse au-dessus de sa tête.
L’éminence s’affala sur de la terre sèche parsemée de plastiques.
-  Je commence à comprendre votre haine, votre dépression de prof due à la violence de culottes courtes, mais cela devrait vous passer, tôt ou tard.
- Jamais! répondit le professeur. Jamais! Et au passage je vous signale qu’ils viennent de nous agresser!
-  Ils sont puérils, avec le temps ils deviendront de sages travailleurs productifs et rangés. Ils profitent de leurs dernières cartouches de liberté.
- Ce sont des terroristes en puissance, des tire-au-flanc, des mollusques avec des bras et des jambes utilisés seulement pour faire du mal à autrui.
-  C’est votre histoire personnelle qui irradie encore votre cervelet rachidien.
-  Je revois encore ce sale gosse et son père me jeter hors de l’école, sous le regard impuissant et craintif du proviseur. Pas même un mot de soutien, un geste, rien. Des ânes? Non des rats, des morues, des blaireaux, des larves… Tout cela parce que j’avais mis la note que méritait cet âne.
-  Professeur, allons, vous versez dans de la dépression hostile.
Rappelez-vous le maître-mot!
- Oui éminence, je sais, mourir… «On va tous mourir». Il faut relativiser, respirer, se sentir vivre et être heureux de cet état et éviter les cailloux envoyés par les ânes! Relevez-vous, éminence.
L’éminence épousseta sa redingote jusqu’à ce qu’elle reprenne son aspect luisant.
- SDF, mais classe, siffla Ghni.
- Vous ai-je déjà parlé de nos recherches sur le facteur génétique de l’agressivité? Elle fait partie de notre équipement instinctif, c’est notre héritage, inné, un magma hormonal et nerveux.

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On a tenté des expériences pour obtenir, par sélection et croisement chez l’animal, des souches agressives et non agressives, on a réussi à créer des rats tueurs et des rats inoffensifs.
- Vous m’avez déjà expliqué cela éminence, vous m’avez dit que l’on pouvait jouer sur la testostérone. Moi, je leur en arracherais la source une bonne fois pour toutes. On a réussi à enfanter une génération de tarés, puis les tarés ont créé des tarés et ensuite on demande à des demeurés comme moi d’aller enseigner à des gosses aux souches sur-agressives… j’t’en ferais bouffer de l’enseignement moi!
- Regardez! Encore une vermine! Ghni montra du doigt un autre gamin, allongé à terre la tête entre les mains.
Les deux compères s’empressèrent de se rapprocher de lui, il semblait mal en point. Ghni s’agenouilla près du gamin qui saignait d’une narine.
Il se reçut un coup de poing de faible intensité mais qui lui fit perdre son équilibre.
- Mais quel couillon celui-là aussi! hurla-t-il en se levant et s’éloignant comme on s’éloigne du choléra.
Ghni! lança l’éminence pour le calmer.
Il se tourna ensuite vers le jeune homme en tendant la main et dit:
-  Un peu d’argent s’il te plaît.
Le jeune homme se leva en grommelant.
L’éminence lui fit un sourire, se retourna, pris Ghni par le bras et lui dit tout bas «marche militaire N°1» fuyons cette génération!
-  Schubert? répondit Ghni?
-  Exact!
- Attendez! fit une voix fluette, attendez bande de lâches, poivrots!
Ghni n’en pouvait plus, il se retourna avec la ferme intention de remettre à sa place ce jeune insolent, il sentit un pincement au bras. Il
se reprit et ravala sa salive.
-  Argent, on veut manger, dit-il d’une voix peu convaincante.
Il but une rasade de son breuvage, en en versant copieusement sur son pull rouge. Il s’essuya nerveusement de la manche.
-  Vous me prenez pour un idiot! lança le jeune homme. Je vous ai entendus! Vous n’êtes pas comme les autres clochards. En plus ce n’est pas de l’alcool que vous buvez, votre haleine ne sent rien et votre démarche est normale…
Eminence et Ghni en restèrent bouche bée.
- T’es qui toi? demanda Ghni.
- Mon prénom est Ismaïl, je viens de me faire voler toutes mes affaires et mon argent par une bande de cons. Et quoi qu’il se passe, je cracherai à la gueule de la chance, de la fatalité et à la vôtre s’il le faut. Personne ne m’arrêtera!

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