×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Tribune

Nos valeurs, l’ordre mondial et coronavirus…

Par Abdelmounim BELALIA | Edition N°:5743 Le 17/04/2020 | Partager

Abdelmounim Belalia est professeur universitaire et expert en management et stratégies des organisations. Ingénieur et docteur en management stratégique de l’université Paris Dauphine, il a travaillé dans le secteur privé et en université en France avant de rejoindre le groupe ISCAE au Maroc. Il est l’auteur de livres ainsi que de nombreux articles scientifiques (Ph. AB)  

Le monde souffre. Le monde assiste impuissant à l’une des crises sanitaires les plus meurtrières des temps modernes. Une particule microscopique qui se propage dans les pays et entre les populations brisant toutes les frontières et s’affranchissant des différences raciales et sociales du monde nouveau. Plus rien ne sera comme avant. Notre système de valeurs, nos économies, nos systèmes de santé, l’ordre mondial ; tous sont mis à rude épreuve.

La pandémie du coronavirus a révélé la fragilité de nos sociétés et la limite des modèles qui ont fondé la géopolitique mondiale depuis la deuxième guerre mondiale. Le concept de l’union et la solidarité transnationale qui en découle se trouvent interpellés dès lors que l’être humain est confronté à l’instinct premier de la survie. C’est le principe de la souveraineté nationale qui triomphe paradoxalement comme pour rappeler que la coopération internationale cesse là où le risque est diffus et la crise est mondiale…
La pandémie du Covid-19 a ébranlé tous les dogmes du capitalisme moderne et a remis sur scène l’état-nation et le repli sur soi comme principes de limitation des dégâts. La libre circulation des biens et des services et le transport aérien furent les principaux moteurs du capitalisme qui a développé toute une idéologie basée sur les droits de l’homme et la liberté individuelle, justifiant ainsi la course effrénée au gain et au profit.

La mécanique du capitalisme est comme par magie enrayée par les fermetures successives des frontières de tous les pays qui constituent ce qu’on appelait le concert des nations. Cette mécanique se trouve d’ailleurs prisonnière des armes qu’elle a créées auparavant: la délocalisation au nom de la recherche de l’avantage concurrentiel fait qu’aucun pays ne maîtrise parfaitement les sources d’approvisionnement en médicaments et en équipements pour ses unités d’urgence.

L’occident, qui a fait de l’exhibition de puissance un outil d’influence, est à genoux. Ses systèmes de santé qui ont constitué un moyen d’attraction des cadres et des populations venant chercher l’eldorado tant rêvé sont aujourd’hui débordés et au bord de la faillite. Qu’est ce qui fait que les grandes puissances qui pensaient avoir les meilleurs hôpitaux, les meilleurs médecins et les meilleurs scientifiques ne peuvent aujourd’hui soigner leurs malades de ce qui s’apparente à une grippe saisonnière? Manifestement, l’humanité toute entière s’est enfermée dans une illusion de super puissance qui nous faisait croire que l’humain qui a dominé l’espace et qui a dompté le temps et les moyens de communication, c’est le même humain qui serait capable de combattre toutes les maladies. N’est-elle pas une tâche facile pour l’homo sapiens qui a tellement apprivoisé la génétique qu’il s’est lancé dans les expériences les plus farfelues pour cloner les vivants et repousser l’âge et la vieillesse?

L’expérience des mesures prises par les différents pays montre que dans le contexte de crise, des actions rapides et efficaces sont la meilleure réponse à l’ennemi. Hormis le cas de pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas qui ont appliqué la démarche controversée de l’immunité de groupe, le confinement semble être la mesure la plus suivie afin de limiter la contagion et éviter la congestion des hôpitaux. Cette démarche a plus de chance de réussir dans les pays à forte centralité du pouvoir, avec une culture de discipline et un taux d’instruction relativement important…

pays-bas-043.jpg

«Hormis le cas de pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas qui ont appliqué la démarche controversée de l’immunité de groupe, le confinement semble être la mesure la plus suivie afin de limiter la contagion et éviter la congestion des hôpitaux» (Ph. AFP)

Le confinement qui devient aujourd’hui un mode de vie pour plus d’un milliard et demi de la population mondiale a donné des lettres de noblesse à des métiers tant négligés. Les professionnels de santé, les services militaires et d’autorité qui sont sur la première ligne sont les héros de cette crise à côté des agriculteurs, des commerçants et de tous ceux qui continuent à exercer leurs fonctions afin de répondre aux besoins les plus basiques de la pyramide de Maslow. Le confinement nous donne aussi la mesure de vertus devenues tellement communes qu’on a tendance à les oublier, notamment celle de la liberté qui fait qu’un individu puisse jouir du droit d’investir un espace public ou lui appartenant le moment qu’il juge convenable. Le confinement comme approche privative nous renvoie aussi immanquablement à une dimension familiale dont les fondements se sont dilués au gré des exigences de la vie moderne.

La crise du Covid-19 nous ramène aux bases de l’économie classique et réduit nos besoins à des valeurs marchandes élémentaires au détriment d’une financiarisation poussée par la banque et la bourse et qui est devenue le socle de l’économie moderne. Ce n’est pas pour rien que les états se tournent d’ailleurs vers ces mêmes banques pour trouver la réponse aux besoins de financement. Il est aussi important de constater le rôle du secteur industriel qui fait qu’une économie solide doit d’abord construire une industrie locale solide, capable de répondre aux besoins internes dans les moments de paix et de crise. Devons-nous attendre le coronavirus pour chercher un morceau de tissu dans les marchés internationaux?

Outre les débats scientifiques sur l’éthique médicale, covid-19 doit nous inviter à réfléchir à des valeurs fondamentales de la société comme la solidarité. Cette crise nous montre que le destin de l’humain est dépendant de celui de la communauté qui doit être envisagée dans sa dimension mondiale et globalisante, faisant de tout être humain un citoyen du monde. L’humanité ne peut sortir de la crise par la simple fermeture des frontières et des mesures de lutte dressées par chaque pays en fonction de son système politique et de sa culture. Tarder à répondre à la pandémie mondiale par des mesures mondiales risque de plonger l’humanité dans une succession de crises, si ce n’est une réminiscence du virus dans sa forme actuelle ou dans d’autres formes qui seraient certainement plus dangereuses…

Modèles statiques

La crise du coronavirus a remis les pendules à l’heure en rappelant que la science sert avant tout à assurer la protection et la préservation de l’espèce humaine. Un système de santé doit être capable de prendre en charge des populations malades et de faire face aux épidémies et aux risques de diffusion des virus ainsi que des instances biologiques et radioactives devenues aujourd’hui une donnée importante dans l’équation du développement mondial. Le drame de la santé publique est qu’elle s’est développée sur la base de concepts et modèles statiques supposant la stabilité plus que la turbulence et ce, par l’entremise de programmes de santé verticaux non adaptés aux périodes de crise. L’épidémiologie comme filière négligée est maintenant sur les devants de la scène. L’occasion n’est-elle pas de revenir aussi aux principes de la médecine basée sur les soins de base et sur des équipes d’intervention et de prévention proches des patients et des communautés?

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc