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Société

Quelle solution pour les sans-abris?

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5732 Le 02/04/2020 | Partager
L’association Jood mobilise l’opinion publique
Un toit, des repas chauds, des couvertures, du gel désinfectant
Une organisation artisanale mais efficace

S’il est un fait certain, c’est que nous ne sommes pas tous égaux face au confine­ment, durant cette crise sanitaire mondiale. Pendant que certains essayent de tromper l’ennui, que d’autres se lancent dans des journaux de confinement racontant leur quo­tidien douillet, que beaucoup essayent, tant bien que mal, de gérer une situation compli­quée par une surpopulation, enfermés dans des appartements exigus… il existe des mil­liers de personnes, dont le seul souci est de trouver un abri.

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«Nous essayons de nous organiser, nous travaillons d’une manière très artisanale, mais on se surpasse et on gère. On ne compte ni notre temps, ni nos moyens», affirme la présidente de Jood (Ph jood)

Les sans domicile fixe sont très certaine­ment la population parmi les plus exposées au Covid-19 et les plus vulnérables quant aux conséquences de la maladie. Parmi eux, des femmes, des jeunes mères célibataires, des hommes, des jeunes garçons et des jeunes filles ayant abandonné ou n’ayant jamais été à l’école, des enfants et des bébés, des personnes vieillissantes, souvent avec des maladies chroniques… Il est certaine­ment très difficile de faire une estimation exacte de leur nombre, beaucoup d’entre eux n’ont même pas de papiers d’identité.

Si le Haut commissariat au plan, avait esti­mé leur nombre à quelque 7200 sans-abri, dont 250 enfants, selon les données issues du Recensement général de la population de l’habitat de 2014, le chiffre est reçu avec beaucoup de circonspection par la société ci­vile et les acteurs sur le terrain.

Ces derniers estiment, en effet, entre 30.000 et 50.000, uniquement les enfants dans les rues, tandis que la seule ville de Tanger recense quelque 8.000 SDF adultes et enfants, locaux et migrants sur son territoire. Une population, touchée de plein fouet par l’instauration des mesures de confinement sanitaire et qu’il faut mettre d’urgence à l’abri.

«Si nous vou­lons vraiment dépasser ce cap et vaincre cette pandémie, il faut qu’il n’y ait plus une seule personne dans la rue», martèle Hind Laidi, présidente et fondatrice de «Jood pour la dignité des sans-abri». L’association se bat chaque jour depuis 2015 offrant d’abord des repas chauds, des vêtements, des couver­tures, voire des médicaments aux pauvres miséreux de la rue citadine, mais également en accompagnant ces sans-abris dans leur prise de conscience d’une possibilité de ré­insertion sociale.

A Casablanca, El Jadida, Marrakech, Tanger, les 3.600 bénévoles de l’association organisent des maraudes, dis­tribuent des repas chauds, des vêtements, des couvertures… L’association aide également à l’insertion des familles vivant dans la rue. Prise de court par la décision du confinement obligatoire depuis le 20 mars, l’association a été obligée de suspendre les maraudes. Mais c’est sans compter avec l’obstination de la présidente et des membres de l’asso­ciation.

«Nous avons essayé de parer au plus urgent. Nous avons tenté d’envoyer directement de l’argent aux sans-abris, mais nous nous sommes rendu compte très vite que tant qu’il y aura des personnes dans la rue, le virus continuera à circuler. Tant que le dernier Marocain n’est pas protégé, nos continuerons», affirme Hind Laidi. Depuis, l’association essaye de parer au plus urgent. «Nous essayons de nous organiser, nous tra­vaillons d’une manière très artisanale, mais on se surpasse et on gère. On ne compte ni notre temps, ni nos moyens», précise-t-elle.

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Quelque 350 repas quotidiens sont livrés chaque jour à Casablanca (Ph jood)

Depuis les bénévoles s’organisent en établissant des listes de sorties de la rue et redoublent d’ingéniosité. Contacté par Mo­hamed Sajid, l’un des chefs les plus réputés de la capitale économique, un challenge est lancé sur les réseaux sociaux pour mobili­ser les chefs cuisiniers.

«Chef for good, chef for jood » est lancé et a réussi à fédérer plus de 54 chefs qui reçoivent des denrées et qui cuisinent quotidiennement, chez eux ou dans leurs établissements, des repas chauds, qui sont livrés dans plusieurs centres d’accueils ouverts depuis par plusieurs préfectures.

Des écoles, des centres sportifs ou sociaux cultu­rels, qui ne sont pas toujours équipés. «Jood pour la dignité des sans-abri» met égale­ment à disposition des sanitaires mobiles au besoin, livre des vêtements neufs pour les pensionnaires, des gels désinfectants, des couvertures…

Pour la seule ville de Casa­blanca, quelque 350 repas sont ainsi livrés chaque jour. A Tanger, c’est une pension entière qui a été privatisée pour accueillir des sans-abris, alors que quelque 500 familles qui ont été réinsérées reçoivent une dotation de 1.000 DH.

                                                                     

Soutenir Jood

Bien que l’association ait remar­qué que le nombre des sans-abris a sen­siblement diminué, «un certain nombre d’entre eux, face à la gravité de la situa­tion, se sont réconciliés avec leurs fa­milles et y sont hébergés», il n’en reste pas moins que beaucoup vivent encore, dehors, dans la plus grande précarité. Les membres de l’association s’activent pour placer le plus grand nombre pos­sible dans les jours à venir. Une urgence qui ne peut se résoudre sans un élan de générosité qu’implique le devoir national en pareille situation. Hind Laidi exhorte les citoyens, les entreprises et les four­nisseurs à soutenir cette action «par des aides en direct ou même des ventes de matières premières, à moindre coût», précise-t-elle. Les coordonnées de l’asso­ciation sont, par ailleurs, visibles sur la page facebook de l’association.

Amine BOUSHABA

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