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    Régions

    Fès: Pourquoi le textile va mal

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5699 Le 17/02/2020 | Partager
    Perte d’emplois et reconversion dans le secteur informel
    Aides à l’export et révision de l’ALE… parmi les doléances

    Les textiliens de la ville de Fès lancent un appel de détresse. «Notre secteur est vital pour la capitale spirituelle, pourtant il ne reçoit aucun appui des responsables de la ville», déplore Mouhsine Idrissi, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith-Fès-Meknès). L’occasion de cette sortie est le dernier débat «houleux» entre le ministre (RNI) de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, et le député PJD, par ailleurs maire de Fès, Driss El Azami El Idrissi.

    «Pourquoi les Conseils régional et communal ont accordé une prime à l’emploi aux multinationales et pas aux entreprises marocaines?» s’interroge le patron de l’Amith. Parlant de «deux poids, deux mesures», ce textilien alerte «quant à la perte d’emplois dans le secteur, la menace des masters franchises étrangères sur les commerces des quartiers Saâda, Narjisse, et la médina entre autres, ou encore l’état de délabrement avancé des ZI». Décryptage.   

    ■ «Une situation alarmante qui n’inquiète personne»
    La vocation textile de la ville de Fès est depuis longtemps établie. «Malheureusement, les handicaps sont nombreux mais ne semblent inquiéter personne», regrette Mouhsine Idrissi, le nouveau président de l’Amith-Fès-Meknès. Selon lui, «cette branche compte une quarantaine d’unités industrielles qui emploient quelque 18.000 ouvriers (plus de 40.000 auparavant)». A noter que les postes perdus profitent à un redéploiement dans le secteur informel (plus de 50.000 postes). En effet, des ateliers clandestins ont poussé comme des champignons dans les quatre coins de la ville. «Aux quartiers Ben Debbab, Sahb El Ouard, Bab Ftouh, Marja et Ouled Tayeb, des locaux, voire même des immeubles, sans aucune condition de sécurité, emploient des centaines de personnes dans le textile et cuir», rapporte notre source. Leurs productions sont écoulées sur le marché local dans des commerces situés dans des quartiers populaires à Fès, Casablanca, Rabat et autres. «Ces ateliers confectionnent quotidiennement 50.000 pièces dont des pyjamas, survêtements, pulls… bref, du prêt-à-porter bon marché (50 DH/pièce)», explique Idrissi. Et d’ajouter: «Cette reconversion dans l’informel est favorisée par le manque d’appui aux "vrais" industriels, l’absence d’une prime pour le transport et la logistique, et le manque de séduction».

    ■ Le textilien accuse, le maire rétorque
    «Que le maire de Fès affirme au Parlement que les unités de textile nécessitent une restructuration et que les opérateurs manquent de savoir managérial, c’est qu’il ignore totalement la réalité de la ville qu’il dirige», inflige le président de l’Amith. Et de poursuivre: «La mairie devait financer la mise à niveau des quartiers industriels, offrir une prime à l’emploi pour les opérateurs nationaux au même titre que celle offerte aux multinationales et une subvention du coût du transport, car les entreprises exportatrices implantées à Fès ne peuvent supporter à jamais les surcoûts liés à la logistique». Ce à quoi répond le maire PJD Driss El Azami El Idrissi: «J’ai demandé des mesures incitatives pour le secteur du textile à l’instar de ce qui est prévu pour l’automobile et l’aéronautique dans le cadre du plan d’accélération industrielle». A ceux qui laissent entendre que le PJD défend les intérêts de la Turquie dans le cadre de l’ALE, il corrige: «Je suis député au Parlement marocain et je défends les intérêts du Maroc». «Pas du tout convaincant», le président de l’Association des textiliens, souligne que «le maire de Fès pourrait faire mieux, en proposant des programmes d’aide aux entreprises de textile et une prime à l’export. Ceci, s’il voulait préserver les emplois (formels) et fructifier l’industrie…». Et de rappeler à juste titre que «El Azami est leader du PJD, le parti qui dirige le gouvernement!».

    ■ Les masters franchises turques menacent l’économie
    «Avec deux augmentations du Smig et l’appréciation du dirham face à l’euro, le Maroc est devenu cher par rapport à ses concurrents», estime Idrissi. Avec une masse salariale qui absorbe 80% de leurs CA, plusieurs unités de textile ont fermé durant les trois dernières années. Les magasins du prêt-à-porter ne sont pas mieux lotis. Dans le quartier Saâda, comme au boulevard Mohammed V, et dans les centres commerciaux, l’ouverture des masters franchises turques (LC Waikiki, Kiabi, Defacto, Gorena, Flo…) a «tué les autres commerces», conteste le président de l’Amith. Résultat: plusieurs magasins ont mis la clé sous le paillasson, laissant derrière eux des impayés d’impôt et une économie en lambeaux. Pour redresser la barre, les textiliens s’alignent sur le projet défendu par Moulay Hafid Elalamy. «Il faut revoir notre accord de libre-échange (ALE) avec la Turquie dans l’intérêt de l’économie nationale», réitèrent-ils, regrettant le déficit, de l’ordre de deux milliards de DH, qu'enregistre la balance commerciale du Maroc avec la Turquie, ainsi que la perte de milliers d’emplois dans le secteur du textile pour cause de cet ALE: de 14.000 enregistrés en 2014, jusqu’à 44.000 en 2019.

                                                                    

    «L’ex-Cotef: Un dépotoir»!

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    Alors que le redéploiement de l’ex-Cotef en zone industrielle (ZI) connaît un engouement, le président de l’Amith appelle les responsables de la ville à «construire les murs de clôture, nettoyer les accès et alentours de l’ancien fleuron du textile pour accueillir les investisseurs potentiels dans de meilleures conditions». En attendant, certaines parcelles de l’ex-Cotef ont été transformées en une véritable décharge publique, comme le montre la photo de L’Economiste, prise hier.

    Par ailleurs, des voix s’élèvent demandant la lutte contre la spéculation dans les ZI, au nombre de cinq. En fait, les terrains censés encourager les initiatives «font l'objet d'une spéculation abusive qui annule leur avantage», affirment des industriels de la ZI d’Aïn Chkef.

    Dans cette zone, les bénéficiaires de terrains sont tenus de respecter les prescriptions contenues dans le cahier des charges et notamment celles relatives au délai de réalisation de l'investissement. Des conditions qui ne sont jamais respectées. Faute de quoi, il faut leur retirer les terrains pour servir les «vrais industriels».

    De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

     

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