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    Culture

    «Sourtna», quand de jeunes photographes prennent d’assaut le Fort Rottenbourg

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5681 Le 22/01/2020 | Partager
    Une exposition inaugurale du Musée national de la photographie
    Une carte blanche à l’artiste Yoriyas
    Une pépinière de jeunes talents
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    Mourad Fedouach: «Mes parents vendent des citrouilles sur le marché, je travaille avec eux et j’étudie à l’université. C’est là, sur le marché, que j’ai fait mes premières images de street photography avec mon téléphone» (Ph. A.Bo)

    Dix-huit photographes de la scène contemporaine marocaine, certains sont déjà bien installés, d’autres  à peine émergents ont été réunis dans un lieu exceptionnel. Aux commandes de cette aventure artistique, l’artiste multidisciplinaire Yoriyas  secondé par la commissaire d’exposition Carine Dolek.

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    Zaidy Ismail: «La famille est un élément important de ma créativité, avec mon frère, ma soeur et ma mère nous concevons les images ensemble» (Ph. A.Bo)

    «Sourtna»  (notre image) est l’exposition inaugurale du Musée national de la photographie qui s’est installé sous les voûtes du Fort Rottenbourg à Rabat. Le bâtiment, emblématique de la capitale, fraîchement restauré avait déjà abrité une très belle exposition durant la première Biennale de Rabat, avant d’être dédié, par la volonté de la Fondation nationale des musées exclusivement à la photographie. 

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    L’intérêt de Zakaria Aït Wakrim pour la photographie a commencé en même temps que ses études d’ingénieur spécialisé dans les sciences physiques de la lumière, en Espagne. Il développe une écriture protéiforme entre paysages et portraits. Pour lui, la photographie est un moyen visuel d’affronter la réalité, mais aussi un moyen d’en élargir la perception (Ph. ZAW)

    Issu du monde du street art et de la danse urbaine, passé par des années de compétitions professionnelles de breakdance, Yoriyas  garde une approche très chorégraphique de la photo de rue à l’image d’un Doisneau, d’un Cartier-Bresson en France ou encore  Robert Franck ou William Klein aux USA. Il garde surtout une extraordinaire capacité à déceler des talents chez les plus jeunes, bien que dépourvu de moyens.

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    «Ma finalité est d’arriver à faire ressortir toute la beauté d’une situation éphémère dans mes clichés. J’aime la vie, j’aime la rue marocaine, les Marocains et la vie banale de tous les jours» Abderrahman Amazzal est un artiste autodidacte, ses photographies tendent à  garder durablement une trace d’instants de vie, une prise de vue pour la vie (Ph. Abdelmajid Bziouat)

    «Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est pas tant la qualité technique de la photo, que la charge émotionnelle qui s’en dégage. A l’ère des smartphones, d’instagram et des réseaux sociaux tout le monde est capable de prendre des milliers de photos, mais rares sont ceux qui réussissent à capter des instants d’émotion» précise Yoriyas. Cela est perceptible dans le choix des artistes que le curateur à décidé de mettre en avant.

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    Véritable révélation de cette exposition, Fatima Zohra Serri est une jeune artiste de la ville de Nador. Ses photographies  abordent  le sujet de la position de la femme dans la société marocaine, en particulier dans le milieu conservateur dont elle est  issue: «J’ai grandi dans une communauté conservatrice, où les femmes ne sont pas libres de faire ce qu’elles souhaitent» dénonce-t-elle (Ph. FZS)

    Aux côtés d’artistes confirmés de sa génération, à l’instar de M’hamed Kilito, Mehdi Mariouch, Yassine Toumi, Zakaria Aït Wakrim, Deborah Benzaken et d’autres,   Yoriyas a en effet programmé des jeunes artistes émergents au talent qui n’a d’égale que la débrouillardise.

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    M’hamed Kilito  porte avec ce projet un regard complètement dénué de tout voyeurisme sur le choix d’une identité personnelle chez la jeunesse marocaine,  basée sur une sélection de portraits de jeunes qui prennent leur destin en main. Des personnes ont le courage de choisir leurs propres réalités, repoussant souvent les limites de la société (Ph. Abdelmajid Bziouat)

    A l’image du jeune Mourad Fedouach  qui raconte: «J’ai pris mes premières images de street photography avec mon téléphone, en mode selfie parce que l’objectif frontal ne marchait pas. Mes photographies sont un autoportrait, en parlant de mon quartier, elles parlent aussi de moi… Par la photographie de rue, je voyage dans des mondes fantasmagoriques qui mélangent le réel et la beauté imaginaire des lieux et la simplicité des personnes qui composent mes cadres» et de conclure avec beaucoup de philosophie: «La beauté n’est pas que la perfection des lignes et des formes. C’est avant tout la beauté de l’humanité qui prend forme devant mon objectif».

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    Issu du monde du street art et du break dance, Yoriyas garde une approche très chorégraphique de la photo de rue. «Mes photographies, c’est mon voyage au quotidien, un voyage en conscience qui signifie sortir pour aller vers les autres et montrer ce que la routine a rendu invisible»

    Autre découverte, celle de Zaidy Ismail alias L4artiste. Une démarche collaborative et familiale pour une mise en scène minimaliste et poétique à la fois.  «Mes travaux sont essentiellement basés sur la notion de famille et de travail collectif: les images sont le fruit d’une collaboration entre ma sœur, mon frère, ma mère et moi. Ce ne sont pas que des modèles: nous travaillons ensemble sur les idées et nous nous soutenons mutuellement. Nous voulons partager cette belle énergie et promouvoir une culture marocaine loin des stéréotypes», précise L4artiste.

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    Avec «Hammam Diaries» , Mehdy Mariouch utilise son père, qu’on retrouve sur certaines images, pour documenter un lieu de mise à nu, de transmission culturelle et d’héritage social. Le Hammam (Ph. MM)

    Quant à la jeune Fatima Zohra Serri, ses compositions audacieuses et impertinentes révèlent un immense talent qui se nourrit  de son immense désir d’émancipation: «J’ai commencé la photographie il y a trois ans, par curiosité, pour essayer quelque chose de nouveau et rompre la routine du quotidien. Je l’utilise comme un outil, pour exprimer ma personnalité et mes sentiments, et pour aborder le sujet de la position de la femme dans la société marocaine, en particulier dans le milieu conservateur dont je suis issue. J’ai grandi dans une communauté conservatrice, où les femmes ne sont pas libres de faire ce qu’elles souhaitent. C’est ce qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort et d’essayer quelque chose de nouveau, d’inhabituel dans ma communauté».

    Tous ont en commun, chacun à sa manière, cette faculté  de capter les situations, les couleurs, les lieux, les gens, les moments de la société marocaine.

    «Pour moi, cela veut dire que le Maroc est capable de se raconter lui-même en images, que nous sommes capables de produire des images, de les défendre, de les partager, de les montrer et de les regarder» conclut Yoriyas.

                                                                                                     

    Fort Rottenbourg, Fort Hervé, Borj El Kebir

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    Situé à mi-chemin entre le phare de Rabat et l’ancien hôpital militaire, le Fort Rottenbourg, Fort Hervé ou encore Borj El Kebir, est une fortification érigée à la fin du 19ème siècle sur la corniche de Rabat afin d’abriter deux canons de 30 tonnes venus d’Hambourg et offerts par les allemands. Le premier nom du fort tire son nom de celui de l’ingénieur allemand Walter Rottemburg qui fut l’officier chargé des travaux qui débutèrent en juin 1888 et s’achevèrent 12 ans plus tard en 1894.

    Le «Fort Rottenbourg» fut renommé en 1912 «fort Hervé» par les Français, il porte aujourd’hui – aussi – le nom de Borj El Kebir. Ce fut le 1er bâtiment en ciment armé jamais construit au Maroc. Ce monument fut décrit en 1906, dans le petit journal militaire, maritime et colonial, comme une sorte de coupole bétonnée qu’entourent de profonds fossés aux talus soigneusement maçonnés.

    Au pied de ces talus, courent des grilles de fer forgé pour renforcer la valeur de l’obstacle ; deux énormes canons émergent et sont visibles sur les deux tiers de leur longueur. À l’époque de sa construction, le fort était un important symbole diplomatique et représentait un instantané historique des enjeux politiques en présence.

    En effet, alors que les puissances européennes s’interrogent encore sur l’avenir du Royaume chérifien, la lutte d’influence est de mise entre les français et les allemands. En offrant ces deux canons, les allemands tentent de s’attirer les bonnes grâces du Sultan Moulay Hassan (1873 -1869), qui tente désespérément de garder son pays à l’abri de la colonisation.

    Amine BOUSHABA

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