×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Vous êtes 112.291 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 136.119 articles (chiffres relevés le 25/5 sur google analytics)
eleconomiste
Analyse

La culture des fruits rouges sur le fil du rasoir

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5681 Le 22/01/2020 | Partager
Une activité capitalistique avec 400.000 DH par hectare d’investissement
Longtemps considérée comme un filon d’or, elle commence à montrer ses faiblesses
Les prix à l’export très volatiles

Pour Larache, la dernière décennie a été celle d’une véritable métamorphose. La région n’avait pas une grande tradition agricole, malgré la présence de grandes ressources en eau grâce à l’oued Loukkous. Les terrains, pour la plupart sablonneux et de peu de valeur, entraient dans le cadre d’une exploitation agricole traditionnelle. Dès la première décennie de ce siècle, les choses ont commencé à changer. La prolifération des cultures sous serre et de l’irrigation goutte-à-goutte, qui s’accommode mieux des terrains sablonneux, a bouleversé la donne.

fruits-rouges-croissances-081.jpg

Fraises, myrtilles et framboises ont connu une forte croissance lors des dernières années, le volume avance inexorablement avec une moyenne de 5 à 10% par an. Les exportations ont pratiquement triplé lors des 15 dernières années pour atteindre les 140.000 tonnes.

Parmi les cultures qui ont le plus profité de cet engouement figure celle des fruits rouges. Historiquement, c’est la fraise qui est la première à avoir été cultivée dans la région dès les années 1980. Cultivés sous serre, les fraisiers permettaient de fournir les marchés avec des fruits hors saison pour le grand plaisir des consommateurs européens. Plusieurs grands noms espagnols s’y sont lancés dans les années 90. Parmi eux, Alconeras, l’un des plus grands producteurs espagnols de l’époque, racheté en 2010 par Driscoll, le géant californien des fruits rouges.

Driscoll travaille avec une multitude d’exploitants de différentes tailles à qui il fournit des plants et qui lui cèdent la production finale de manière exclusive. Il dispose de ses propres installations frigorifiées à Larache qui lui permettent de traiter jusqu’à 70 tonnes de fruits rouges par jour. Les fruits sont exportés vers l’Europe et d’autres pays comme la Russie et même en Asie. C’est d’ailleurs le cas de l’essentiel de la production de la région en fruits rouges.

En 2018, 70% de la production des fruits rouges était destinée à l’export. En plus de la nature des sols et d’une climatologie propice, la région a l’avantage de la proximité des marchés européens, ce qui lui permet de se battre sur la niche des fruits frais.

En moins de 24 heures, un camion peut atteindre la majorité des grandes villes du sud et du centre de l’Europe. Mais pour l’exploitant, la réputation de «machine à sous» qui collait à la fraise et, depuis tout récemment, à la framboise s’est nettement estompée. Alors que les prix de vente à l’export sont en baisse depuis quelques années, les coûts liés à l’exploitation ne cessent d’augmenter, ceux liés au coût du terrain ne font pas exception.

Selon un exploitant de la zone, les prix de location des terrains agricoles ont été multipliés par dix lors des dernières années. Actuellement, ils frôlent les 20.000 DH par an par hectare dans les environs de Dlalha, le centre maraîcher de la région. A cela, il faut ajouter la problématique épineuse de la main-d’œuvre.

fraises-fruits-rouges-081.jpg

La culture sous serre est une culture hautement capitalistique avec plus de 400.000 DH d’investissement par hectare (Ph. L’Economiste)

La région est connue par la présence d’une main-d’œuvre qualifiée habituée du travail dans les serres. Mais depuis quelques années, une nette tension se fait sentir au niveau du marché du travail. «Le périmètre dans lequel on recrutait s’est nettement élargi, passant de dix à plus de 100 kilomètres», note Fouad Ennagga. Les frais de transport montent de la sorte avec des ouvrières et ouvriers moins frais et disponibles après un trajet de deux heures vu l’absence de structures d’accueil pour les saisonnières et saisonniers à Dlalha et dans les environs.

A l’inverse des autres activités agricoles, la culture sous serre est très capitalistique, ce qui impose des investissements conséquents. La structure métallique supportant les serres à elle seule suppose un investissement de près de 180.000 DH dans le cas des framboises, dont les plants sont plus grands, ce qui correspond à plus de 5 millions de DH pour une exploitation d’une trentaine d’hectares. Au total, pour chaque hectare, il faut débourser un peu plus de 400.000 DH indique Ennagga qui inclut les salaires, les engrais, la location de ruches d’abeilles ou encore l’achat des plants dont la grande majorité est importée.

A ceci il faut ajouter le chauffage qu’il faut maintenir prêt pour éviter toute baisse des températures lors des nuits fraîches. Et lors de la campagne, qui dure de novembre à juin pour la fraise, il faut prier pour que les prix de vente se maintiennent et ne baissent pas comme c’est le cas pour la framboise dernièrement. Un ensemble de contraintes qui font de la culture des fruits rouges une opération d’investissement hautement périlleuse.

Larache, fief de la production

Depuis quelques décennies, les fruits rouges sont devenus de véritables filons, une tendance encouragée par la politique agricole actuelle. La quasi-totalité de leur culture est concentrée dans le Loukkous, à Larache et au Gharb. Cette concentration est favorisée par la proximité géographique de l’Europe, principal marché, mais aussi par des conditions climatiques propices et des ressources hydriques importantes en plus d’une main-d’œuvre qualifiée et abondante. Si la culture des fraises est pratiquée depuis la fin des années 70, celle des myrtilles et des framboises, essentiellement tournées vers l’export, a été introduite en 2008 avec le lancement du Plan Maroc Vert. En 2017, une nouvelle espèce a été introduite, il s’agit du mûrier. La superficie qu’il occupe actuellement reste anecdotique avec moins d’une vingtaine d’hectares, mais il est prévu que la demande en Europe booste ses exportations.

                                                                                   

Une production complémentaire à celle de l’Europe

fruits-rougestravilleuses-081.jpg

Les fruits rouges sont actuellement parmi les productions fruitières les plus rentables. Ils sont très demandés notamment sur les marchés européens et américains. Les productions hors saison (à l’image du Maroc) commencent en novembre et se terminent en mai, soit peu avant l’arrivée des productions saisonnières des régions montagneuses froides.
L’Europe, principal marché visé par les producteurs marocains, ne peut pas satisfaire ses besoins en fruits rouges pendant la période hivernale et une partie de la période printanière. En effet, bien que plusieurs pays européens soient producteurs, leurs fruits n’arrivent sur le marché qu’à partir de la période de juin-juillet. Pendant le reste de l’année, l’approvisionnement se faisait notamment du Chili et du Mexique avant que le Maroc ne se positionne avec ses fraises disponibles dès novembre.

                                                                                   

ruches-dabeilles-miel-081.jpg

La pollinisation est un élément crucial en matière agricole et les cultures agricoles n’y font pas exception. Pour féconder leurs fraisiers, les exploitants ont de plus en plus recours à des solutions de substitution pour faire face au manque d’abeilles dont la population se réduit de jour en jour. La solution traditionnelle est de louer des ruches d’abeilles mellifères pour les installer dans les fermes, durant la saison de pollinisation. Une autre solution est l’utilisation des bourdons dont le pouvoir pollinisateur est plus important dans les serres et vergers que les abeilles. Ils sont vendus en boîtes imitant des ruches et sont prêts à l’emploi.

Ali ABJIOU

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc