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Chronique

Le cadre devenu obsolète des instruments monétaires de «Bretton Woods»*

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5665 Le 30/12/2019 | Partager

Le Pr. Mohammed Germouni est économiste et politologue, qui a exercé dans le secteur de la Banque, de la haute administration et enseigné dans plusieurs établissements universitaires au Maroc et à l’étranger. Il a publié quelques ouvrages dont notamment «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard» éditions L’Harmattan, Paris, 2015, et récemment, «Economies et Sociétés du XXIe siècle, en forme de chroniques», édition Maroc Livres, Casablanca, 2019. Ce livre regroupe les chroniques publiées dans le journal L’Economiste. Dans le contexte actuel, on se reportera spécialement à la chronique du 4 octobre 2006, qui traitait (déjà!) de la difficulté d’être le patron des patrons (Ph. MG)

La création d’instruments financiers à la Conférence de Bretton Woods, à la fin de la Deuxième Guerre, était une nouveauté pour l’époque et avait sonné la fin du chacun pour soi «monétaire» en jetant les bases d’un système de changes fixes mais ajustables reconnaissant cependant dès le départ la primauté du dollar de la nouvelle grande puissance.

Le Fonds monétaire international (FMI) devant se charger de venir en aide aux pays à la balance des paiements déficitaire, et ce qui deviendra la Banque mondiale, dénommée Banque internationale de reconstruction et de développement, pour financer le développement des pays pauvres.

Ainsi, après une longue dépression et avant la fin d’un conflit mondial effroyable, c’était le 22 juillet 1944, les pays présents s’étaient donné «une mesure commune, une norme commune et une règle commune», pour reprendre les mots de l’économiste anglais John Maynard Keynes à la clôture de la conférence qu’il a organisée et supervisée en ayant perdu le bras de fer qui l’opposait au plan américain de Harry Dexter White.

Ce dernier, qui, rappelons-le, était l’ancien économiste en chef du département du Trésor américain, allait devenir d’ailleurs le premier directeur général du FMI, siégeant à Washington. Autant les Anglais étaient pour une seule Institution qui aurait pu gérer la monnaie mondiale sous une forme d’union de compensation internationale, réduisant ainsi les fluctuations économiques et celles des balances de paiement, autant les négociateurs américains préféraient dissocier les prêts à long terme destinés au développement et les prêts à court terme destinés à la balance des paiements, défendant le principe  de deux organismes, d’un Fonds et d’une Banque.

Depuis, le nouveau système est sous domination américaine, et l’ordre monétaire repose non sur une nouvelle monnaie mondiale mais sur le dollar, biaisant la mécanique du nouvel  organisme en faveur des créanciers, à une époque, doit-on le rappeler également, où  l’Amérique était pratiquement le seul prêteur au monde.

Trois quarts de siècle plus tard, la belle construction, conçue dans le petit Etat du New Hampshire, qui n’a d’ailleurs jamais fonctionné comme prévu, est en voie d’effilochage à son tour sous les coups de boutoir d’une Administration américaine allergique à tout multilatéralisme, à l’instar des autres organismes qui  avaient fait «l’âge d’or» d’un tel système.

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Harry Dexter White (à gauche) et John Maynard Keynes en 1946. Ils furent les deux protagonistes principaux de la conférence tenue à Bretton Woods. Harry Dexter White était un économiste américain et un employé important du département du Trésor des Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a conçu le plan américain qui forme la trame des accords de Bretton Woods, et a joué un rôle important dans la création du FMI et de la Banque mondiale. De son côté, John Maynard Keynes, conseiller honoraire du Trésor britannique, rédigea le plan américain pour le FMI qui fut incorporé dans les actes finaux adoptés lors de la «Bretton Woods Conference» (AFP)

Plusieurs praticiens et non des moindres comme l’ancienne numéro deux dudit Fonds, Anne Kreuger, qui ne «mâche pas ses mots» ou un David Lipton, plus diplomate, ayant assuré la direction générale par intérim, se posent la question du degré de résilience, voire la pérennité de tels organismes, en une période où la coopération internationale d’antan commence à faire défaut sinon à s’étioler progressivement.

Et tous de signaler l’exemple de la  crise profonde que vit l’Organisation mondiale du commerce, créée si on s’en rappelle en 1994, à Marrakech, pour mémoire. Son organe-clé, en charge notamment du règlement des «différends» entre Etats membres, est devenu tellement défaillant faisant du naguère «libre-échange» un simple «laisser faire», voire un «laisser-aller» tout court, comme l’illustrent bruyamment notamment les épisodes successifs  de la guerre commerciale entre Américains et Chinois, au cours de la dernière période.

La candidate de l’Union européenne pour sauvegarder la direction du Fonds ne saurait faire illusion  que le changement de directrice se passe dans la continuité d’antan. Il en va de même de la Banque demeurant dans le giron américain dans le cadre de la répartition traditionnelle entre Européens et Américains.

Les euphémismes abondent pour qualifier les difficultés du moment vécues par ces organismes, et certains voudraient n’y voir par exemple qu’une simple phase de transition, alors qu’il s’agit plutôt d’une crise de nature institutionnelle  et même politique qui accentue la menace pesant sur la stabilité déjà précaire d’un système financier international en quête de solutions nouvelles.

Les formules  bilatérales de coopération, prônées et préconisées comme cadre idoine par certains, ne pourraient faire face aux  déséquilibres actuels et moins encore répondre aux grands défis futurs.

Il est ainsi de plus en plus difficilement concevable d’améliorer la gouvernance et l’efficacité d’organisations internationales encore opérationnelles pour faire front à de nouvelles problématiques à caractère planétaire.

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Franklin Delano Roosevelt et Winston Churchill à Argentia, à bord du HMS Prince of Wales durant la rencontre qui aboutit à la Charte de l’Atlantique. Peu après, Roosevelt et Cordell Hull, estimant n’avoir pas été bien compris par les Anglais sur l’importance qu’ils attachaient au libre-échange, font rédiger l’article VII du Lend-Lease, enclenchant par là le mécanisme qui a conduit à Bretton Woods puis au GATT (AFP)

Face aux nouvelles formes d’hégémonisme et de confrontations d’intérêts en voie de se former, à l’Ouest comme à l’Est, une partie de la réponse à venir ne pourrait-elle pas se trouver par exemple pour un grand nombre de pays dans un nouveau jeu d’alliances et de solutions modulables, qui se tissent encore avec lenteur, pour s’accorder sur des règles minimales de compétition et de coopération.

Le monde est entré dans une ère où la dette gère les économies depuis un certain temps, en passant d’une période où le crédit permettait d’alimenter l’activité réelle à l’actuelle où c’est la liquidité qui tend désormais  à gouverner.

Dans le cas d’un éventuel retrait à peine perceptible des engagements pris naguère à Bretton Woods tel qu’il se dessine, et en situation du surendettement où les économies se trouvent, qu’on soit prêteur ou débiteur, tout retournement de conjoncture  génère encore plus d’incertitudes et moins de confiance pouvant déboucher en dernier ressort sur des crises financières répétitives.

Avec un protectionnisme prenant de l’ampleur et un système multilatéral de plus en plus fragile, c’est à nouveau un encouragement à la  «dévaluation compétitive» qui avait conduit par le passé aux conflits armés tout court. Les risques menaçant actuellement l’économie mondiale ne cessent de croître depuis la bulle sur le marché des crédits aux entreprises, la fin du long cycle de croissance aux USA et l’ombre de la déflation  dans la zone euro, pour nous en tenir aux plus préoccupants.

À cet égard, depuis la débâcle de la Banque Lehman Brothers, il y a plus de dix ans, plus de vingt-six trillions de dollars ont été injectés par le système bancaire mondial, notamment par la Fed américaine et la Banque centrale européenne pour maintenir le système opérationnel au gré des grands capitaux.

L’érosion de la coopération internationale réduit considérablement par ailleurs les marges de manœuvre des Banques centrales, tant les politiques monétaires ne peuvent gagner en efficacité que couplées à des politiques budgétaires adéquates qui ne semblent pas toujours au rendez-vous.

Formule adaptée aux évolutions

La solution ne  résidera sûrement pas en un retour au système de taux de change rigide décidé il y a plus de sept  décennies, mais à une formule adaptée aux évolutions significatives enregistrées depuis. Et ce, afin que le «non-système», prévalant actuellement, ne continue de favoriser l’éclosion de stratégies nationales multiples ne pouvant qu’aggraver les distorsions réelles de concurrence.

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(*) texte remanié  d’une intervention «Think Tank, Policy Center», Maroc.

                                                                             

Quelques événements et dates-clés

■ 1er au 22 juillet 1944

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Conférence de Bretton Woods qui s’est tenue au Mount Washington Hotel, dans le New Hampshire du 1er au 22 juillet 1944 et à laquelle participent les 44 nations alliées. Elles décident de fixer la valeur de leur monnaie en dollar à un taux fixe (ajustable par dévaluation) et d’adosser le dollar à l’or pour les Etats-Unis. Ces accords économiques ont ainsi dessiné les grandes lignes du système financier international mis en place après 1944.

■ 27 décembre 1945
 Création du Fonds monétaire international pour garantir la stabilité du système monétaire international, dont l’écroulement après le krach de 1929 avait eu des effets catastrophiques sur l’économie mondiale.

■ 5 juin 1947:  A Harvard, le secrétaire d’Etat George Marshall lance son Plan de reconstruction européenne (PRE) et propose aux pays d’Europe une assistance économique et financière conditionnée par une coopération européenne plus étroite. Une aide de 13 milliards de dollars, étalée sur quatre ans, est accordée à 16 pays européens, dont la France et l’Allemagne. L’offre américaine d’étendre l’aide aux pays de l’est de l’Europe est rejetée par Moscou.

■ 1949: Première vague de dévaluations en Europe et dans le reste du monde

■ 19 septembre 1950: Création de l’Union européenne des paiements par les 18 pays membres de l’Organisation européenne de coopération économiques (OECE). Son adoption est concomitante de celle d’un code de libéralisation du commerce.

■ 1958: Naissance de la Communauté économique européenne. La plupart des pays européens décident de rétablir la convertibilité de leur monnaie. C’est la fin de l’Union européenne des paiements qui sera remplacée par l’Accord monétaire européen.

■ 15 févier 1961: Retour à la convertibilité des principales monnaies européennes. C’est la naissance de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui remplace l’OECE.

■ 15 juillet 1963: Les Etats-Unis imposent leur première restriction aux sorties de capitaux pour soutenir le dollar.

■ 15 août 1971: Le président américain Nixon annonce la suspension (à titre provisoire) de la convertibilité du dollar.

■ 10 avril 1972
Accord de Bâle créant le Serpent monétaire européen. Les pays signataires décident de rétrécir les marges de fluctuations entre leurs monnaies respectives à 2,25%. Son échec mènera à l’entrée en vigueur du Système monétaire européen le 13 mars 1979.

■ 8 janvier 1976
Réuni à Kingston (Jamaïque) les 7 et 8 janvier 1976, le Comité intérimaire du Fonds monétaire international (FMI) décide de mettre un terme définitif au système monétaire de parités fixes mais ajustables. Ce sont les Accords de Kingston.

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■ Décembre 1978
Sur la photo, le président français Valéry Giscard d’Estaing (2e à gauche) et le chancelier allemand Helmut Schmidt discutent en aparté le 4 décembre 1978 à Bruxelles, lors d’un Sommet économique européen, clôturé le 5 décembre par l’adoption du Système monétaire européen (SME) .

■ 1979: Le Système monétaire européen entre en vigueur.

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■ 1988: Les  pays du G7 se réunissent à l’université de Toronto pour réduire la dette des pays les moins avancés, notamment africains, à l’égard des pays industrialisés: (de gauche à droite) Jacques Delors, Ciriaco De Mita, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Brian Mulroney, François Mitterrand, Helmut Kohl et Noboru Takeshita.

■ Mars 1989
Création des Brady Bonds destinées aux pays endettés ne pouvant plus rembourser leurs banques créditrices. Les dettes sont réduites et en partie garanties par les Etats-Unis, les échéances prolongées contre une promesse par les pays de mettre en place des réformes économiques.

■ 15 avril 1994
A Marrakech, les représentants de 123 Etats membres du GATT (General Agreement on Tarifs and Trade) signent l’Acte final des négociations commerciales de l’Uruguay Round. Ces accords fondent l’Organisation mondiale du commerce qui remplace le GATT.

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■ 1er juin 1998
 Création de la Banque centrale européenne (BCE), principale institution monétaire de l’Union européenne. Elle est établie sur un modèle fédéral et est chargée d’émettre l’euro en tant que monnaie commune et unique de l’Union économique et monétaire, de définir les grandes orientations de politique monétaire de la zone euro et de prendre les décisions nécessaires à sa mise en œuvre.

 

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■ 1er janvier 1999
 Création de l’euro qui devient la monnaie commune aux Etats membres de l’Union européenne qui forment la zone euro.

 

 

 

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