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    Talents digitaux cherchent entreprise 2.0

    Par L'Economiste | Edition N°:5638 Le 21/11/2019 | Partager
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    A l’heure où la transformation digitale s’invite à l’agenda stratégique des entreprises marocaines, la course aux talents digitaux bat son plein. Ceux qui conçoivent, codent et développent sont aujourd’hui des profils recherchés par les sociétés marocaines et internationales. Ils sont également les plus enclins à s’expatrier. Et nos compatriotes davantage que les autres. C’est ce que révèle une étude mondiale inédite conduite par le Boston Consulting Group intitulée ‘Decoding Digital Talents’ auprès de 27 000 experts du numérique dans 180 pays dont le Maroc en mai 2019, en partenariat avec ReKrute.com(1).

    Le phénomène d’appel d’air

    Si, à l’échelle mondiale, les deux tiers des talents digitaux sont prêts à s’expatrier pour les besoins de leur carrière, au Maroc ils sont 84% à souhaiter s’installer à l’étranger. A titre de comparaison, ils sont près de 75% en France et au Canada, mais seulement 38% en Chine. Les profils digitaux marocains en quête de mobilité sont plus enclins à migrer vers la France, le Canada ou l’Allemagne, pays dans lesquels les experts du numérique sont eux-mêmes à la recherche d’opportunités à l’étranger, entretenant ainsi un phénomène d’appel d’air.

    Le salaire n’est pas la principale motivation au départ

    Contrairement aux idées reçues, nos talents ne quitteraient pas le pays uniquement pour un meilleur salaire. Toujours selon la même étude, les trois principales raisons qui les motivent à s’expatrier sont l’insuffisance d’apprentissage et de formation continus, la faible perspective d’évolution de carrière ainsi qu’une culture d’entreprise hiérarchique.

    Les spécialistes marocains du digital, comme ailleurs dans le monde, attendent de l’entreprise qu’elle leur offre un terrain d’expérimentation, des opportunités d’apprentissage, un environnement de travail dynamique et un modèle de management plus «horizontal» où la compétence n’est pas l’apanage du rang, de l’ancienneté ou du patronyme. Le départ à l’étranger peut même être perçu comme un moyen de briser «le plafond de verre», notamment du fait que certains pays cibles valorisent les profils technologiques autant, voire plus, que les profils généralistes.

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    Comment réagir?

     L’Inde en est un patent exemple. Sundar Pichai, Satya Nadella ou Ajaypal Banga ont un point commun: ils sont tous les trois nés et éduqués en Inde et ont migré aux Etats-Unis pour devenir aujourd’hui les dirigeants de 3 des plus importantes entreprises technologiques du Monde (Google, Microsoft et Mastercard).
    Dans ce contexte de tension accrue sur les ressources, l’enjeu d’attraction et de rétention de ces profils pour les entreprises marocaines devient une priorité pour les directions générales.

    Pour relever ce défi, le premier virage à opérer est de replacer les sujets technologiques au niveau stratégique et de mieux valoriser ceux qui les portent. Les data scientists, développeurs, codeurs, UX designers, coachs agiles et autres experts digitaux, sont au cœur de la création de valeur pour leurs organisations, et doivent être considérés comme tels. La place de «l’ingénieur informatique» devra ainsi être davantage valorisée, en termes de responsabilité, d’évolution de carrière, de niveau d’exposition, et de rémunération.

    Le second virage à opérer est l’évolution du modèle managérial de ces entreprises. Le management fondé sur le rapport hiérarchique traditionnel n’est plus compatible avec l’exigence d’autonomie, d’agilité et de collaboration que recherchent ces talents. A l’ère du digital, le manager est davantage un «coach»: il ne dirige pas, mais accompagne ses collaborateurs, les encourage à se dépasser et à réussir.

    Dans cette logique, le groupe OCP s’est appuyé sur la création de sa Digital Factory pour renforcer sa proposition de valeur pour les profils digitaux. Cette initiative a permis d’installer une véritable culture digitale matérialisée par des modes de travail repensés, le positionnement des projets technologiques à un niveau stratégique et l’ouverture sur l’écosystème d’innovation local et international. Cet effort inclut un véritable investissement dans la gestion des talents pour accélérer leur montée en compétence, à travers le recours à des expertises de haut niveau, la mise en place de partenariats avec des acteurs de premier plan, et le développement d’offres de formations aussi bien techniques que managériales, à l’Université Mohammed VI Polytechnique par exemple.

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    Le Boston Consulting Group a également pris la mesure de la criticité de ces talents et de la nécessité de leur offrir une proposition de valeur spécifique, à travers la création d’un hub BCG Gamma(2) au Maroc, réunissant les meilleures compétences en data science, recherche opérationnelle et data engineering. Ces équipes jouissent d’une forte exposition à des projets locaux et internationaux au cœur des dernières innovations technologiques, et d’un environnement de travail qui permet à la fois de satisfaire leur attente à court terme et de développer leur expertise dans la durée.

    Pour les entreprises marocaines, faire face au défi des talents digitaux est un impératif. Faire évoluer leur modèle managérial, renforcer leur proposition de valeur employeur et diversifier leurs sources de recrutement sont des passages obligés pour y parvenir.

    De leur côté, les pouvoirs publics doivent renforcer l’offre de formation spécifique à ces compétences, pour continuer d’accroître le nombre de diplômés et faire face aux besoins croissants, à l’image des actions initiées par l’OFPPT.

    Dans sa nouvelle feuille de route, le digital est aujourd’hui considéré comme un axe prioritaire. De nouvelles filières ont été créées (infrastructure, développement, web design et web marketing), à différents niveaux de qualification (initiation, reconversion et spécialisation), et seront déployées dans les 12 nouvelles Cités des Métiers et des Compétences.

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    (1) «L’enquête a été menée conjointement par le Boston Consulting Group, le réseau mondial de recrutement «The Network» et ReKrute.com leur représentant local pour le Maroc et la Tunisie. L’enquête a été menée auprès de 26.806 personnes dont les compétences relèvent du digital (data science, programmation, développement web, mar¬keting digital, design UX/UI. .. ), à travers 180 pays.
    (2) BCG Gamma est l’entité du BCG dédiée à l’intelligence artificielle (IA). Plus de 700 data scientists, spécialistes des techniques d’analyse de données (data science, ingénierie, optimisation, machine learning) développent des solutions pour transformer radicalement la performance des plus grands groupes.

     

     

     

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