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    Tribune

    Développement urbain: L’urgence d’un nouveau modèle

    Par Mostafa KHEIREDDINE | Edition N°:5634 Le 14/11/2019 | Partager

    Mostafa Kheireddine, urbaniste senior/Université de Montréal et chercheur en sciences de la ville (Ph. M.K.)

    Dans sa résolution 68/239 de son assemblée de 2013, l’ONU a fait du 31 octobre de chaque année une journée mondiale de la ville. Par cette décision, l’ONU incite les Etats, les gouvernements locaux, les organisations internationales, les ONG et les acteurs économiques à faire de cette journée une occasion de saisir les opportunités qu’offre l’urbanisation en tant que moteur de croissance pour relever les défis auxquels sont confrontées les villes. Surtout si l’on sait que les villes qui n'occupent actuellement que 3% de la surface terrestre, abritent plus de 52% de la population, et pèsent 70% dans la consommation d'énergie et 75% des émissions de carbone.

    Placée sous le thème «innovations et vie meilleure pour les générations futures», la journée mondiale de la ville de cette année est une occasion pour débattre la meilleure façon de faire de l’urbanisation un moteur de croissance et de développement durable des villes, et ce en s’appuyant sur  le potentiel des innovations numériques dans la prestation de services urbains, et explorant les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies pour promouvoir l’inclusion sociale. Sur un autre registre, la journée mondiale des villes est voulue une occasion de mobiliser la communauté internationale pour la mise en œuvre du nouvel agenda urbain.

    Longtemps considérée comme un fléau à endiguer, l’urbanisation est aujourd’hui synonyme de création de la richesse. Pour preuve, certaines villes ont un Produit Urbain Brut (PUB)(1) qui dépasse le PIB cumulé de plusieurs pays. Bien pensées et gouvernées, les villes nous apprennent comment agir par l’urbain sur nombre de questions socio-économiques (l’employabilité, attractivité, compétitivité). Celles qui s’investissent dans cette voie, elles améliorent leur positionnement et leurs performances économiques sur l’échiquier des villes internationales.

    Avec une concentration de 60% de la population et 75% du PIB (HCP, 2017), les aires métropolitaines fonctionnelles (Casablanca, Tanger, Rabat, Marrakech, Agadir,...) témoignent d’une action de mutation urbaine en s’érigeant comme pôles économique, industriel, touristique et/ou de services sous l’effet d’une dynamique de transformation et des investissements publics et privés. Toutefois, il importe de souligner que la croissance urbaine rapide engendre plusieurs défis en termes d’accompagnement des villes intermédiaires, de développement économique, d’inclusion sociale et de soutenabilité environnementale. Pour dire l’importance d’un investissement public efficient et efficace dans l’urbain, et surtout, d’un modèle de développement urbain productif et contributeur au PUB des villes.

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    La politique des maisons individuelles, qui consiste à attribuer des lots de terrains 70 à 120 m2 à des ménages a été un échec total de la politique urbanistique suivie depuis plusieurs années. Les résidences sont construites au fur et à mesure de la disponibilité des moyens financiers et souvent occupées avant même leur achèvement (Ph. L’Economiste)

    Dans son rapport de 2017 sur le développement territorial inclusif et durable au Maroc, l’OCDE précise que «entre 2000 et 2014, si l’investissement a cru en moyenne de 6,6% par an, la croissance économique a quant à elle progressé de 4,4% en moyenne annuelle sur la même période, soulevant des questions sur la rentabilité et l’efficacité de l’investissement public et, partant, de sa gouvernance».

    Au regard de l’irréversibilité du fait urbain, des déficits pluriels et des attentes sociales grandissantes, il est temps de revoir le mode de production de la ville à même de tirer avantage des opportunités économiques et du potentiel des villes pour en faire des leviers de progrès économique et social. Si le Maroc est arrivé à contenir une urbanisation quantitative avec des impacts non négligeables sur l’urbanité et l’équilibre de l’armature urbaine, en revanche, le grand pari, à gagner en ce 21e siècle, est celui du développement urbain qualitatif résolument axé sur un modèle de développement urbain inclusif et durable.

    Aujourd’hui, plus que jamais, le Maroc se retrouve dans un contexte international dont les grands traits sont la globalisation et la financiarisation du développement urbain, et un contexte national en transition plurielle (démographique, urbaine, sociétale). Un contexte marqué, certes par des réformes institutionnelles porteuses de grands espoirs (régionalisation de 2015, déconcentration de 2018, charte de l’investissement prévue en 2020), mais aussi par des mouvements sociaux.

    Par conséquent, la question de repenser le modèle urbain au Maroc, se pose avec acuité et appelle à l’accélération de sa refonte pour relever les défis urbains et inscrire nos villes sur la voie de la durabilité socio-spatiale, la viabilité économique et la résilience environnementale.

                                                                            

    Une gouvernance déficiente

    Le modèle de développement urbain suivi à aujourd’hui se trouve à une étape cruciale. La persistance des formes d’essoufflement due essentiellement à la déficience de la gouvernance et aux outils dépassés de production de la ville interpelle, aussi bien, le système local d’acteurs urbains que les décideurs politiques.

    L’habitat insalubre, la périurbanisation, la métropolisation, l’inégalité spatiale, le déclassement social, la faible attractivité des territoires, l’informalité urbaine, la faible résilience aux phénomènes naturels (inondations) et récemment l’insécurité urbaine sont autant d’indicateurs qui plaident pour l’implémentation d’un modèle de développement urbain à même d’inscrire nos villes et territoires sur la voie de  la durabilité, l’inclusivité et la résilience.

    La nécessité de renouveler ce modèle fait aujourd’hui, et plus que jamais, l’unanimité (CESE, 2012, IRES, 2012, OCDE, 2017, Banque mondiale, 2018). Les acteurs politiques, socio-économiques, professionnels ou chercheurs, sont unanimes et à maintes reprises ont exprimé la nécessité de renouveler le modèle urbain.

    A l’aune de la mise en place d’un modèle de développement économique, le modèle de développement urbain doit être revisité pour (1) dépasser ses limites plurielles (système de planification urbaine en essoufflement, référentiel juridique contraignant, multiplicité d’acteurs), (2) introduire les ruptures nécessaires pour infléchir la faible convergence des politiques publiques et la pesanteur de la centralité politique, et (3) s’engager sur des pistes d’actions multidimensionnelles (politique, économique, spatiale et sociale) pour un modèle de développement urbain productif, durable et inclusif.

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    (1) Le PUB est l’équivalent, à l’échelle des agglomérations urbaines du produit intérieur brut (PIB) pour les États

     

     

     

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