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Tribune

Afrique, le développement mais pas que…

Par Mohamed EL YAKHLIFI | Edition N°:5623 Le 28/10/2019 | Partager

Centralien et ancien d’HEC, Mohamed El Yakhlifi est associé-gérant du cabinet Boosting Strategy & Performance Partners en France. Sa spécialité est la stratégie de transformation des organisations. Il a eu des postes de responsabilité dans des banques comme LCL et les Caisses d’épargne en France. A noter que dans les années 2000, il a exercé au sein de l’OCP en dirigeant un programme de transformation PMO. Il est également membre du CEPS à Paris et co-fondateur du Club «Confluence» à Casablanca (Ph. Privée)

Une bombe démographique attend l’Afrique. En 2050, sa population comptera 2 milliards d’habitants. D’ici là, 450 millions de jeunes se présenteront sur le marché du travail, alors qu’au rythme de croissance actuel l’Afrique ne pourra tout au plus créer, pendant cette période, que 200 millions d’emplois.

En outre, il serait illusoire de compter sur le salariat classique et la seule création de postes au sein de l’administration et de grands groupes. Cela est d’autant plus préoccupant qu’il existe une forte corrélation entre le chômage et la stabilité sociale et politique.

Les services publics…

Il n’existe pas une Afrique mais des Afriques. Si le défi de l’entrepreneuriat s’impose à tous, les stratégies et les manières d’agir doivent être adaptées à la réalité socioéconomique de chacun des pays. En effet, l’entrepreneuriat est d’abord un état d’esprit et la culture productive et l’engagement personnel n’ont pas la même valeur ni le même attrait d’un pays à l’autre: certains pays ont longtemps profité de rentes naturelles. De même, des différences fondamentales continuent de subsister entre les pays francophones et anglophones.

Toutefois, quel que soit le contexte spécifique, nous pouvons recourir à quelques bonnes recettes ayant fait leurs preuves ailleurs. J’en retiens deux fondamentales pour développer cet ADN entrepreneurial: le rôle de la puissance publique et celui du patronat et ses grandes entreprises.

Les pays africains se différencient largement dans leur manière de faire. Là où l’approche est pragmatique, les succès entrepreneuriaux plus évidents, prédomine une culture technocratique. C’est là la frontière entre l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone que se plaisent à dénoncer nombre d’entrepreneurs ou d’observateurs.  À raison probablement, car comment réussir à développer l’entrepreneuriat si l’action publique n’est pas elle-même animée de l’esprit entrepreneurial!

Cet esprit entrepreneurial se caractérise par un ensemble de postures et de valeurs: la capacité de décider, la prise de risque, le droit à l’erreur, complément indispensable du passage à l’acte qui permet de ne pas perdre de temps, l’excellence dans l’exécution, l’obsession du résultat… Des pays comme la France ont produit de grands entrepreneurs, puis ont cessé. La proximité passée et toujours actuelle de l’Afrique francophone avec l’ancienne puissance coloniale devrait inciter à une certaine vigilance.

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… avec l’esprit d’entreprise

Le défi de l’entrepreneuriat suppose une politique publique conçue en collaboration avec les entrepreneurs, et si possible portée par des décideurs politiques ayant eux-mêmes «gagné leurs  galons» dans le monde de l’entreprise. Forte de leaders aguerris et de processus pragmatiques, la politique entrepreneuriale sera enfin posée sur les bonnes bases, permettant la construction d’un écosystème adéquat comprenant:
• une administration mise au service des entrepreneurs: simplification des formalités, instauration de guichets uniques, digitalisation, etc.;
• un cadre réglementaire construit dans un esprit de confiance et non de méfiance vis-à-vis des entrepreneurs. Il conviendrait, en particulier, d’introduire davantage de souplesse dans les règles pour permettre aux entreprises de surmonter plus aisément les périodes charnières: de création, de développement, voire lorsque surviennent des «trous d’air» dans leur activité;
• un cadre fiscal  adapté, en particulier pour les premières années d’activité, mais également pour favoriser le capital investissement;
• un élargissement du financement, notamment à l’aide de structures de type banque publique d’investissement ou fonds de garantie;
• des mesures de préservation de la trésorerie des entreprises, notamment en légiférant sur les délais de paiement, en particulier des administrations publiques qui font ici figure de plus mauvais élèves (en Afrique, plus qu’ailleurs);
• un encouragement en faveur de l’ouverture des marchés publics aux PME-PMI locales;
• une ferme politique de la lutte contre la corruption;
• des exigences en matière d’intégration industrielle locale des projets d’investissement étranger;
• une facilitation pour les investissements issus de la diaspora.
C’est là qu’un Small Business Act africain prendra du sens. Par ailleurs, il serait important de s’inspirer des pratiques mises en œuvre ailleurs, en Europe, en Amérique et en Asie, en Chine ou Corée du Sud particulièrement. Enfin, d’importants efforts resteront à fournir en matière d’éducation et de formation pour ancrer sur le long terme la culture et les valeurs de l’entrepreneuriat.

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Nouveaux buts, nouveaux acteurs

Les grands groupes, les fédérations et syndicats  professionnels et, plus largement, les «rentiers» et les acteurs de la société civile ont le devoir de contribuer au développement de l’écosystème entrepreneurial, car cela constitue un «investissement» social et sociétal qui profite à tous en créant un environnement dans lequel les individus se sentent sécurisés et en paix. Cette prise de conscience est déjà à l’œuvre dans certains pays africains où nous constatons une implication croissante de grands acteurs à travers des fondations. Ce mécanisme est d’autant plus efficace qu’il offre aux entrepreneurs porteurs de projets non seulement un accompagnement financier mais également une expertise et un accompagnement assuré par des pairs.

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Qu’est-ce que le CEPS?

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Le délégué général du CEPS, Loïc Tribot
La Spière (Ph. Atlas)

Le CEPS (Centre d’étude et de prospective stratégique) est un think tank international créé en 1985. Partenaire de l’UE, de l’OCDE, du Conseil de l’Europe et de l’Unesco, il fédère un réseau de plus de 1.000 hauts décideurs au travers ses délégations dans le monde (Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, Abidjan, Shanghai…) et ses Clubs d’influence et de réflexions (Sécurité & Défense, Aéronautique, Finance, Energie,….).  Les travaux du Club sont d’un niveau remarquable. Ils n’ont pas peur de casser le «politiquement correct».
Au Maroc, le CEPS est présent depuis 2012 via le Club «Confluence» qui réunit à Casablanca plusieurs fois par an des dirigeants français, marocains et d’Afrique subsaharienne pour partager leurs points de vue et expériences sur des problématiques stratégiques communes. Ce club a été co-fondé par Loïc Tribot La Spière, délégué général, et Mohamed El Yakhlifi.

                                                                              

Deux bonnes nouvelles

L’Afrique n’a d’autre choix que de miser sur un développement soutenu de l’entrepreneuriat sous toutes ses formes: auto-entrepreneur, TPE et PME-PMI. Dans ce cadre, la première bonne nouvelle est que le terrain, encore vierge, présente des opportunités immenses pour accompagner la croissance de sa démographie et de son PIB (ce dernier devrait égaler celui de l’Union européenne en 2050). Ces opportunités sont présentes dans de nombreux secteurs, avec une échelle très large de qualifications, depuis l’énergie jusqu’au digital en passant par l’agro-industrie, la santé ou le tourisme.
La deuxième bonne nouvelle est que l’Afrique n’est ni le seul,  ni le premier continent confronté à cet enjeu. Elle pourra donc capitaliser sur les expériences d’autres continents ou d’autres pays. La majorité des gouvernements africains en ont pris conscience, au moins dans leur discours, mais il faut passer des paroles aux actes.
Le développement entrepreneurial permettra de relever d’autres défis plus ou moins directement associés: émergence d’une classe moyenne et aspirations à plus de sécurité. Ou le défi, énorme, de fournir de nouvelles ambitions et motivations à la jeunesse. L’ADN entrepreneurial permet d’inculquer aux jeunes les valeurs du travail, de l’engagement, de la responsabilisation, de la prise mesurée du risque, de la compétition…  et donc de la réussite.
L’Afrique n’a d’autre choix que de devenir entrepreneure. Ses expériences pourront être parfois tâtonnantes, certaines échoueront et d’autres, sûrement plus nombreuses, réussiront.

 

 

 

 

 

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