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    Analyse

    «La Chine est leader en Afrique, le Maroc aussi»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5605 Le 02/10/2019 | Partager
    Créer une intersection entre la route de la soie et celle de l’or est possible
    500.000 touristes chinois, un objectif facile vu le potentiel du Royaume
    Profiter de l'expertise chinoise dans l'infrastructure et le dessalement de l'eau de mer
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    Selon Dr Nasser Bouchiba, «les jalons d’une coopération fructueuse entre le Maroc et la Chine ont été posés lors de la visite historique du Souverain en 2016… Depuis, les délégations officielles n’ont pas cessé en vue d’intensifier le rapprochement économique, culturel et industriel» (Ph. YSA)

    La 8e réunion du Forum Chine-Afrique s’est tenue dernièrement à Pékin, sous le thème de «la mise en œuvre intégrale des actions de suivi du sommet de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine». Lors de cette rencontre, le Maroc était représenté par Nasser Bouchiba. Ce Marocain réside en Chine depuis plus de 20 ans. Il est licencié en langue chinoise, master en gestion d’entreprise puis un doctorat en sciences juridiques avec une recherche sur les aides économiques. Dans cet entretien, il évoque le partenariat sino-marocain et les relations entre les deux pays. Bouchiba appelle à plus de mobilisation afin de hisser le partenariat à un niveau supérieur dans plusieurs domaines, notamment le tourisme et la formation professionnelle. Décryptage.

    - L’Economiste: En 2016, le Maroc et la Chine renouvellent leur amitié et leurs accords de coopération à l’occasion de la visite du Souverain à Pékin. Que s’est-il passé depuis?
    - Nasser Bouchiba:
    La visite historique de SM le Roi a permis de renforcer les liens existants entre Rabat et Pékin. Nous avons constaté des actions concrètes qui ont eu des effets positifs sur les relations des deux pays. Il s’agit à titre d’exemple de l’annulation des visas pour booster le tourisme. Ce qui a permis à plus de 200.000 touristes chinois de se rendre au Maroc et les professionnels tablent sur un objectif de 500.000 voyageurs. Ce qui est considérable sachant que, parmi ces touristes, de nombreux hommes d’affaires ont déjà évalué le marché marocain et les opportunités de coopération. Certains sont même déjà en train d’installer leurs projets touristiques au Maroc.  
    Outre le volet économique, il y a une forte entente politique entre les deux gouvernements qui se reflète par l’échange permanent de délégations de très haut niveau. Ces rencontres ont permis d’identifier les domaines de partenariat d’intérêt commun, notamment au niveau industriel. 

    - Peut-on impulser la coopération dans le secteur industriel?
    - Tout à fait. La situation du Maroc est différente des autres pays africains. Le Royaume a déjà achevé la première phase de construction de l’infrastructure. Nous avons une infrastructure de très bon niveau par rapport aux autres pays d’Afrique. Le partenariat avec la Chine nous serait utile dans des domaines beaucoup plus avancés, et beaucoup plus pointus. Lors du Forum Chine-Afrique, tenu en août dernier, nous avons expliqué à nos partenaires chinois que chaque pays africain a ses spécificités, et est à des degrés différents de développement. Ainsi, le Maroc est demandeur d’un partenariat différent de celui qui existe avec le reste du continent africain.

    - Quels sont les domaines de partenariat prioritaires pour les deux parties?
    - Nous avons étudié cette question au niveau de «l’Association de coopération Afrique-Chine pour le développement» en s’inspirant des orientations royales. On sait très bien que la problématique de l’eau est prioritaire pour le Maroc. En ce sens, notre groupe de réflexion s’est penché sur cette question et sa résolution grâce à des technologies de dessalement d’eau de mer, largement répandues en Chine. Signalons qu’il y a des investisseurs et chercheurs chinois qui veulent réaliser ces projets au Maroc. Et ils sont en bon chemin. Par ailleurs, notre pays pourrait s’inspirer de l’expertise chinoise en matière de formation professionnelle. Notons que des think tanks de chercheurs chinois ont déjà réalisé des études sur la formation professionnelle au Nigéria et en Afrique de l’Ouest. Le résultat de ces études pourrait servir de référence ou faire l’objet d’une réflexion au Maroc, en intégrant les nouveaux métiers (énergie renouvelable, automobile et aéronautique).

    - La Chine va consacrer 60 milliards de dollars supplémentaires au développement des pays africains. Comment le Maroc pourrait profiter de cet appui?  
    - Le Maroc peut constituer une intersection entre «l’initiative de la ceinture et la route» et la «route de l’or» qui relie le Sénégal et l’Andalousie. Si la Chine joue aujourd’hui le rôle d’un leader en Afrique, le Maroc l’est déjà et peut développer des partenariats trilatéraux avec la Chine et d’autres pays d’Afrique. S’agissant de l’aide économique chinoise, il y a une procédure très précise à suivre. Celle-ci commence au niveau du chef de l’Etat, en passant par le gouvernement et arrivant aux banques d’Etat. A chaque niveau, il y a des tâches à remplir. Outre la faisabilité du projet, l’on étudie le financement, le type d’investissement et l’impact de la délocalisation. Bref, rien n’est laissé au hasard. Pour que le Maroc puisse bénéficier de ces projets, il faut que notre gouvernement soit conscient de cette approche et les procédures à suivre.  Il faut également participer au forum de think tanks, comme celui initié les 26 et 27 août dernier à Pékin, pour être mieux informé des orientations et suggestions des chercheurs chinois. Lesquelles serviraient au lancement de nouvelles initiatives.

    Rêve chinois

    Si, auparavant, la Chine coopérait énormément avec les pays anglophones du sud et de l’est de l’Afrique. Aujourd’hui, l’empire affiche clairement ses ambitions pour tout le continent, et notamment le nord et l’ouest. Selon Nasser Bouchiba, «les décideurs chinois veulent connaître le Maroc afin de développer des partenariats win-win». «En 20 ans de vie en Chine, j’ai observé une détermination et une conviction de tout le peuple dans le rêve chinois. Les Chinois croient en leur réussite et ils vont réussir», ajoute Bouchiba. Certes, ils n’ont pas été parfaits à tous les coups, mais ils sont forts dans le diagnostic des problèmes. «Ils savent qu’ils ne peuvent pas tout résoudre en même temps, mais ils posent un objectif et le suivent jusqu’au bout», renchérit le président de l’Association de coopération Afrique-Chine pour le développement. Et de conclure: «J’espère que le nouveau modèle de développement jouira d’une mobilisation similaire».

    Propos recueillis par Youness Saad ALAMI

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