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    Chronique

    Après la chute de Thomas Cook, la décroissance?

    Par Robert LANQUAR | Edition N°:5602 Le 27/09/2019 | Partager

    Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristiques dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. Privée)

    La cessation de paiement de Thomas Cook et sa mise en liquidation est un coup de tonnerre pour le tourisme européen. Personne ne s’attendait que le tour opérateur le plus vénérable du monde (presque 2 siècles d’opérations) laisse sur le carreau plus de 600.000 clients, avec 1,5 milliard de livres de dette (soit environ 20 milliards de DH).

    22.000 postes directs de travail pourraient être supprimés dont 9.000 au moins au Royaume-Uni. Dès les premières rumeurs, en fin de semaine dernière, l’action de Thomas Cook plongeait de 21% (son plus bas historique) à la Bourse de Londres.

    En dépit des records

    «Thomas» est fragilisé depuis quelques années par une rude concurrence, surtout sur les marchés britannique et allemand, malgré un engouement de plus en plus marqué pour le tourisme: presque 1,5 milliard d’arrivées de touristes internationaux prévus pour 2019.

    La suite n’est pas rose: il y aura bien des procès que les touristes laissés en plan intenteront contre Thomas Cook individuellement ou en groupe, des recours collectifs dans les pays où c’est possible.

    Que s’est-il passé?  Dès ce printemps, Thomas Cook avait prévu ses difficultés financières. Il tente de vendre sa filiale aérienne Condor à la compagnie allemande Lufthansa. Mais il a raté sa campagne de communication qui aurait calmé l’inquiétude des investisseurs et leur redonner confiance. Dès le 2 juillet, le directeur financier de Lufthansa estime l’acquisition «peu probable». Veut-elle la reprendre à meilleur prix?

    Il y a eu surtout les Chinois. Le groupe, dès mars, considéré n'être plus viable tel quel. Thomas Cook avait mis sur pied un vaste plan de restructuration avec une prise de contrôle de ses activités de tour opérateur par le chinois Fosun Tourisme (entre autres, propriétaire du Club Méditerranée) et de sa compagnie aérienne par ses créanciers. Mais les 12 milliards de DH promis ne devaient arriver qu’en octobre…

    Si tout est confirmé, le groupe sera dépecé et les Chinois pourraient accaparer la part du lion. Ces Chinois sont très compétents, ils manient avec talent les technologies informatiques, comme le Revenue Management qui permet de fixer les prix en fonction du niveau de la demande, et non plus en fonction du lieu ou de la saison.

    Les Chinois sont en avance

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    La première brochure Thomas Cook en 1891: l’idée est de démontrer que Thomas Cook peut vous emmener partout... Les activités de Thomas Cook ont véritablement commencé en 1841

    Plus grave encore, ils pourraient imposer leur système de géopositionnement, au moment même où les Européens mettront en place au début 2020 le système Galileo, si utile pour le tourisme de randonnée et de visite.

    Les Chinois savent où l’intelligence artificielle pourra conduire le secteur. Nous n’en sommes en Europe qu’au début de nos réflexions. Le 15 octobre, à La Rochelle, Tourism and Hospitality Business School Group Excelia, nous aurons une des premières journées européennes sur l’Intelligence artificielle. Nous manquons d’étudiants formés à cela dans le tourisme. Il faudra faire vite pour concurrencer les Chinois et les Américains.

    En Suisse, le Groupe Kuoni a quitté depuis quelques années le simple tour-operating pour se centrer sur un tourisme responsable et durable en mettant en avant les principes de la RSE ou CSR– responsabilité sociétale et environnementale. Les touristes lui font de plus en plus confiance.

    Il faut peut-être imaginer des lendemains qui déchantent pour le tourisme et ne pas croire que se poursuivront les records actuels de croissance. Il ne s’agit pas d’être pessimiste ou optimiste, sinon d’être lucide et de voir les signes se multiplier de ce qui risque d’advenir. Il y aura un après Thomas Cook: le tourisme ne pourra plus se développer comme il l’a fait jusqu’à présent.

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    Business as usual

    Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut examiner un certain nombre de signes avant-coureurs qu’une gestion très conservatrice de Thomas Cook aurait refusé de prendre réellement en compte dans ses stratégies et sa vision du futur: la concurrence des agences de voyages Internet, qu’on appelle le e-tourisme, les compagnies aériennes low-cost.
    Mais surtout selon les spécialistes, une très mauvaise gestion financière. Le modèle «business as usual», on continue comme avant, ce modèle ne fonctionne plus dans le secteur du tour operating et des agences de voyages. Il va falloir inventer, surtout en raison de l’Intelligence artificielle, qui est connue depuis très longtemps dans notre secteur, même si cela portait un autre nom. C’est donc une accumulation de circonstances malheureuses qui font tomber Thomas Cook.
    L’effet Brexit n’a pas joué directement car le Brexit n’a pas encore eu lieu. Cela aurait pu être pire dans le contexte d’un Brexit dur, sauf que la livre s’est effondrée face à l’euro et au dollar et que Thomas Cook devait souvent payer ses fournisseurs dans ces deux monnaies.

                                                                           

    Mise à mort voulue?

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    On a tout dit sur Thomas Cook, le premier tour opérateur du monde, qui en 1841 pour des raisons religieuses et commerciales voulut que les familles passent le dimanche loin des pubs où les hommes dépensaient leur paye versée le samedi.

    Le groupe compte environ 2.600 agences de voyages par le monde, 33 voyagistes, une présence à travers 15 pays et 89 avions appartenant à ses propres compagnies aériennes (Thomas Cook Airlines, Thomas Cook Belgium, Thomas Cook Scandinavian et Condor). Il réalisait environ 10 milliards de livres (11,32 milliards d’euros) de chiffre d’affaires par an.   Au début de la semaine, des mesures ont été prises et la plupart des touristes seront rapatriés par l’opération sous le nom de code Opération Matterhorn, mais à quel prix!!!

    Certains disent que cela revient plus cher que ce que demandait Thomas Cook pour éviter la cessation de paiement, au moins 1,1 milliard de DH pour l’Espagne seulement, plus de 2 à 3 milliards de DH pour le reste du monde.

    L’accord ATOL – Air Travel Organiser’s License, plan de protection et fonds – remboursera compagnies aériennes, hôteliers et autres fournisseurs. Thomas Cook ne demandait que l’équivalent de 2,5 milliards de DH. Le gouvernement britannique dirigé par Boris Johnson a refusé toute aide directe.

     

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