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    Analyse

    Fès: L’économie locale en lambeaux

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5580 Le 28/08/2019 | Partager
    Lutter contre la culture de la sinistrose malgré tout
    La ville a assez souffert des télescopages politiques
    La ville attend toujours le grand déclic, les projets d’envergure et l’appui de l’Etat
    Maintenir les équilibres socioéconomiques et environnementaux en priorité

    La situation actuelle de la capitale spirituelle du Royaume nécessite une véritable réflexion et surtout des projets conséquents. C’est en tout cas la conviction de bon nombre d’opérateurs. Pour eux, les maux sont les mêmes qu’il y a 20 ans: chômage galopant, insécurité, fermetures d’usines, extrémisme, outre une mauvaise image dans la presse, etc. Pire encore, d’année en année, Fès qui sombre dans la déchéance, est souvent qualifiée de «bombe à retardement». «A tel point que nous n’avons qu’une seule envie: quitter cette ville…qui enregistre plus de liquidation d’entreprises que de créations», témoigne un expert-comptable affilié à la CGEM de Fès.

    ■ L’apport du conseil communal fait défaut

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    Driss El Azami, président du conseil de la ville (Ph. YSA)

    Présenté lors des communales de 2015, comme le «sauveur de la cité millénaire», le maire PJD avoue que les difficultés sont énormes. «Les opportunités et les atouts aussi». En revanche, dit-il, «il faut faire un lobbying, forcing, et pression pour défendre les intérêts de cette ville, la développer et la sortir de sa léthargie». «Mais, auprès de qui doit-on entamer ces actions?», s’interrogent les opérateurs. Et de poursuivre: «Tanger, Rabat, Casablanca et Marrakech sont elles aussi gérées par des maires PJD…mais l’on y voit clairement un changement apparent en matière d’embellissement, aménagement urbain, espaces verts, et éclairage public…etc». «Ceci, ne veut pas dire que les responsables de ces villes réussissent là où leur «frère» a échoué…mais plutôt que l’Administration a apporté son appui», estime Driss Massrour, un opérateur dans le secteur du sport. Pour sa part, El Azami ne cesse de tempérer. Mais, jusqu’à quand? Encore, faut-il rappeler que 4 ans après son élection aucun projet d’infrastructure n’a pu voir le jour. Par ailleurs, ses détracteurs insistent sur la «nécessité d’une affirmative action» pour éviter une mort clinique à une cité de plus d’un million et demi d’habitants. D’autres s’inquiètent quant au lancement «machiavélique» des chantiers à la veille des communales de 2021. Ce qui pourrait favoriser le maire sortant. «Il faut être indulgent et empathique», conseille Abdou Jouahri, économiste et ancien chef d’entreprise.

    ■ Une croissance inférieure à la moyenne nationale   

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    Abdou Jouahri, économiste et ancien chef d’entreprise (Ph. YSA)

    Selon le langage des chiffres, le rythme de croissance de la région Fès-Meknès est plus bas que la moyenne nationale, proportionnellement par rapport à ses habitants  (12,5% de la population du Maroc). En effet, si le secteur primaire se positionne bien grâce à l’agriculture (15 à 16% de la production nationale), le secteur tertiaire ne représente que 8%, le secondaire 6,6%, l’investissement 4,5%, et la région n’exporte que 3%... elle est classée au 6e rang au niveau national. En matière de scolarisation, la région n’est pas bonne élève non plus. Elle est classée dans les trois derniers rangs. Pour remédier à ces maux, il faut opter pour une politique de rupture, changer de vision, et miser sur les créneaux du tourisme spirituel, artisanat de luxe, agriculture et savoir (formation des RH). «Il faut créer un consensus autour d’objectifs, travailler en commun, soulever les difficultés majeures et créer les organes d’exécution avec des structures stables», estime un ex-conseiller du Roi. Pour lui, «il faut établir rapidement les plans d’exécution, avec le contrôle et le suivi qu’il faut, et trouver les systèmes de financement». Même son de cloche auprès de Abdou Jouahri pour qui «l’implication de toutes les composantes est vitale». «Et s’éloigner de la culture de la “sinistrose”», renchérit-il.

    ■ Lutter contre le discours politique stérile
    Pour mieux installer la marque Fès, il faut continuer le matraquage promotionnel et lutter contre un état d’esprit pessimiste qui émerge à travers les différentes rencontres économiques, sociales, et politiques se déroulant à Fès. En fait, le discours politique a prévalu depuis fort longtemps dans la cité Idrisside. Il a même déclassé le véritable débat qui doit se traduire par des actions correctives en mesure d’apporter des solutions à une ville qui donne l’impression d’un havre de paix, mais au fond meurtrie et sous le joug des clivages, des dissensions et des conflits d’intérêts. Lesquels mettent en évidence des préjugés, néfastes et nuisibles pour une bonne gouvernance du territoire. La rupture avec les pratiques du passé, les ripostes politiciennes, la culture des doléances, et surtout avec la théorie du complot, doit se manifester, de prime abord, par la dépersonnalisation des maux dont souffre la ville. «Il en est de même pour la dépolitisation des projets structurants, et l’interaction active et symbiotique, en considérant le territoire et son développement  en synergie et dynamique de groupe une priorité absolue», souligne Jouahri. Pour lui, «la ville traverse une zone de turbulence inquiétante et interpellante». Aussi, la rumeur amplifie les incertitudes et les interrogations et encourage la transhumance.

    ■ Des niches de développement dans le tourisme

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    Pour Aziz Lebbar, président du CRT de Fès, «la dynamique du secteur du tourisme, constatée entre 2016 et 2018, émane certes des connexions aériennes point à point, mais aussi de l’image positive entretenue par le renouveau de la médina depuis l’achèvement des travaux de restauration des 27 monuments historiques». En revanche, pour 2019 et 2020, il y a un manque de visibilité. «Nous craignons réellement pour notre activité. Car, Fès ne semble plus être la priorité de l’ONMT, ni celle de la compagnie nationale…qui consacrent désormais leurs efforts pour Agadir», déplore Lebbar. Et d’ajouter: «Nous espérons que Adil El Fakir et Hamid Addou tiennent à cœur le développement de notre destination». Pourtant, celle-ci dispose d’une grande richesse, volontairement écartée, souvent brimée et potentiellement porteuse de danger, dans l’esprit de certains politiques. La ville regorge de pépinières, de ruches de jeunes cadres et chefs d’entreprises qui constituent une réserve d’énergie et d’espoirs, assoiffée de challenge, qui ne demande, qu’à être bien encadrée pour reprendre le témoin et redresser une ville en perte de vitesse, de passé et de célébrité.

                                                                       

    Proposer une feuille de route

    Pour Abdou Jouahri, ancien chef d’entreprise, «Fès a besoin d’un leadership prédisposant d’une maîtrise conséquentielle des mesures qu’il y a lieu d’entreprendre pour sortir la ville de sa léthargie et son hibernation continuelle». Il faut créer un consensus autour d’objectifs, travailler en commun, soulever les difficultés majeures et créer les organes d’exécution avec des structures stables… Il faut établir rapidement les plans d’exécution, avec le contrôle et le suivi qu’il faut, et trouver les systèmes de financement. Voilà quelques idées qui constitueraient les ingrédients d’une feuille de route à concrétiser au plus vite. En attendant, la cité des 12 siècles baigne dans le désordre. Des quartiers industriels déstructurés, une anarchie galopante de l’immobilier, un commerce ankylosé par l’informel et l’abus de l’espace public, un schéma directeur qui défie les lois urbanistiques et le citoyen partagé entre l’expectative, les prémonitions et la procrastination… Pour y remédier, les opérateurs souhaitent un discours politique motivé, réaliste et convaincant, et des projets qui puissent assurer un regain de confiance.

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    Avec 5 universités, la région Fès-Meknès dispose d’une offre de formation des plus complètes à l’échelle nationale. Toutefois, la plupart des lauréats sont embauchés ailleurs (à Casablanca, Rabat, Tanger et Kénitra, etc). Exceptés ceux de la Formation professionnelle (FP). En fait, 8 régions affichent un taux d’emploi des lauréats de la FP, supérieur à la moyenne nationale (56,7%). Le taux le plus élevé a été enregistré dans la région de Fès Meknès (61%), tandis que le taux d’emploi le plus faible a été enregistré dans la région de Béni-Mellal Khénifra (46%)

                                                                       

    • La ville attend toujours le grand déclic, les projets d’envergure et l’appui de l’Etat

    • Maintenir les équilibres socioéconomiques et environnementaux en priorité

    Fès fut fondée il y a plus de 12 siècles. Ancienne ville impériale, mais aussi et surtout ancien fleuron de l’économie nationale, la capitale idrisside se détériore, se ruralise et sombre dans la déchéance de manière drastique.

    De la 2e position au début des années 1980, elle est aujourd’hui en queue du peloton économique (7e ou 9e, selon les différents classements établis). «Questionnez Google sur son actualité et vous aurez quelques éléments de réponse!», exprime un opérateur avec beaucoup d’amertume. Et d’ajouter: «La ville fait la Une de la presse à cause des incivilités et des faits divers… En l’absence d’une actualité fédératrice, il est tout à fait naturel que les médias se ruent sur ces sujets».

    Manquant de projets d’investissements et d’infrastructures, Fès a perdu de son lustre et de son attractivité.
    A telle enseigne qu’une bonne partie de sa jeunesse croit en un avenir meilleur ailleurs, à Tanger, Casablanca, Rabat, Kénitra, etc. Mais surtout pas à Fès, où au manque d’opportunités s’ajoute une image ternie par les clivages politiques et les conflits d’intérêt. Pourtant, c’est une ville qui a du potentiel. Elle est riche de son patrimoine culturel, architectural et artistique.

    «Il est de notre devoir d’alerter les élus et les autorités sur la nécessité de maintenir les équilibres socioéconomiques et environnementaux», souligne-t-on auprès d’un collectif associatif, mené par le «Forum régional des initiatives environnementales» et composé d’associations actives dans les domaines de la préservation du patrimoine, de la protection de l’environnement et de la diffusion des valeurs de citoyenneté. Décryptage.

    ■ Les fermetures d’usines s’enchaînent

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    Le 10 août dernier, le CRI se réjouissait de la création de «130 entreprises par les Marocains du monde dans la région Fès-Meknès durant le premier semestre de 2019». Aussi, à en croire le CRI, «quelque 4.509 entreprises ont été créées, en 2018, au niveau de la région, en hausse de 20% par rapport à l’année précédente».
    Les chiffres avancés faisaient état d’une évolution positive, en 2018, du bilan quantitatif et qualitatif en termes d’entrepreneuriat et de projets d’investissement, ces derniers devant générer à terme quelque 8.611 postes d’emploi. Mais qu’en est-il réellement des entreprises qui ont démarré leur activité de manière effective?. En fait, l’espoir de développer une ville forte économiquement se dissipe surtout en l’absence de projets et d’appui étatique. «La situation de la ville de Fès est désastreuse», martelait Mohamed Staouni, membre de la CGEM. Ce dernier évoquait un marasme économique sans précédent. Pour lui, «le secteur du textile, à titre d’exemple, est en voie de disparition. Il y a de grandes entreprises, étouffées par la concurrence déloyale du secteur informel et les charges salariales, qui ont cessé toute activité». Evidemment, ces fermetures engendrent des pertes d’emploi et une économie drastiquement en berne.
    En témoignent les statistiques du HCP publiées en septembre dernier. Celles-ci montrent que la contribution de la région Fès-Meknès à la croissance du PIB national en 2015 était de -0,2%. Encore loin de la crise de 2016 et 2017 et les récentes fermetures d’usines.

    ■ La zone industrielle est presque vide

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    La situation économique de la ville de Fès intrigue. A la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM Fès-Taza), l’on a étudié les différents scenarii pour sortir la ville de sa léthargie. Les initiatives ne manquent pas et les opérateurs ne veulent pas perdre espoir. Surtout après le lancement par la Chambre française de commerce d’un projet de zone industrielle (ZI) ou encore la récente tentative de valoriser le Cotef. «Il faut opter pour une solution locative avec un cahier des charges prédéfini, afin de couper court avec les ambitions spéculatives», propose Mohamed Rkhami Berrada, président de la CGEM Fès-Taza. D’une superficie de 15,3 ha, la ZI du Cotef recevra ainsi le projet d’extension de l’unité «Cabliance». En effet, la filiale marocaine du groupe français Alstom veut doubler les capacités de son usine Cabliance basée à Fès. Le nouveau site nécessitera 10 millions d’euros d’investissement. Il s’étendra sur 12.000 m2 et les emplois seront portés à un millier de postes d’ici 2023. Spécialisée dans la production de faisceaux et armoires électriques, l’usine Cabliance est le fer de lance du constructeur ferroviaire au Maroc. «Le 1er câbleur ferroviaire du Maroc livre une vingtaine de projets dans le monde, notamment en Suède, Emirats Arabe Unis, Espagne, France, Sénégal …», souligne Didier Pfleger, président Moyen-Orient & Afrique d’Alstom. L’objectif à l’horizon 2023 est de multiplier par deux le nombre d’heures de travail...

    ■ Elaborer des propositions solvables

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    Moulay Hafid Elalamy, ministre du Commerce et de l’Industrie (Ph. YSA)

    La situation de la ville est connue de tous. Et ce n’est certainement pas avec des petits projets que l’on pourra résorber les problèmes de chômage, pauvreté et autres phénomènes y afférents. Cette situation continue de noircir l’image d’une ville déjà meurtrie par les tensions sociales des années 1990, manquant d’attractivité industrielle (foncier industriel, zone franche, avantages fiscaux…), et enclavée (loin des ports). Pour relancer les investissements (industriels et autres), il faut rester optimiste et miser sur les potentialités. Car, la culture des doléances n’a rien donné. Les opérateurs sont aussi responsables et doivent s’impliquer dans le développement de leur ville.
    Une ville qui attend toujours le grand déclic qui la hissera parmi les destinations les plus développées du pays (Marrakech, Tanger, Rabat et Casablanca). Et elle a bien raison d’y aspirer, vu ses importantes potentialités économiques. Pour y arriver, il faut dynamiser et renforcer les PPP,  promouvoir l’attractivité de la région et drainer plus d’investissements, créer des partenariats avec l’université et encourager l’ouverture à l’international…
    Le «carnet de santé» de Fès est inquiétant. Il n’épargne personne et aucune structure. En ce sens, Moulay Hafid Elalamy a demandé dernièrement aux opérateurs de la région d’élaborer des propositions solvables, et non des dossiers revendicatifs. Pour le ministre de l’Industrie, «il faut s’imprégner d’un discours positif». «Il faut être honnête, l’image de Fès était pendant longtemps entachée de problèmes sécuritaires syndicaux…
    Aujourd’hui, c’est de la vieille histoire. Les multinationales installées dans cette région l’attestent, Yazaki en premier. Elles sont parmi les plus compétitives au niveau mondial», martèle Elalamy.

    Y.S.A

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