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    Economie

    Le pompage solaire imbattable dans l’agriculture

    Par Nadia DREF | Edition N°:5546 Le 01/07/2019 | Partager
    Avec 0,44 DH/m3, cette technologie est la plus compétitive
    Reste à gagner la bataille contre le butane subventionné
    Seules 30.000 exploitations équipées, soit à peine 8,8% du total
    ponpage_solaire.jpg
     

    Le secteur agricole représente environ 7% de la consommation énergétique. Celle-ci est principalement concentrée aux niveaux des équipements d’irrigation, des tracteurs et moteurs, des séchoirs et des bâtiments d’élevage (blocs de traite dans l’élevage bovin, climatisation et chauffage dans l’aviculture, matériels d’alimentation). C’est ce qu’a déclaré Aziz Rabbah, ministre de l’Energie lors de la première réunion de la Commission nationale de l’efficacité énergétique dans l’agriculture, tenue le 26 juin à Rabat. C’était également une occasion pour promouvoir l’utilisation du pompage solaire afin de réduire la facture énergétique. «L’énergie solaire photovoltaïque  constitue une alternative compétitive  par rapport aux autres sources traditionnelles tant pour les agriculteurs que pour l’Etat», a souligné le ministre. Chiffres à l’appui, le pompage solaire reste la source d’énergie la plus compétitive par rapport aux systèmes conventionnels (gasoil et butane) et surtout la moins chère avec 0,44 DH/m3. Le prix du mètre cube moyen produit à partir du gasoil est le plus coûteux s’élevant à 1,67 DH/m3 suivi par l’électricité en basse tension (0,98 DH/m3), le butane (0,76 DH/m3) et l’électricité en moyenne tension (0,78 DH/m3). Selon les estimations du centre 4C Maroc, entre 2015 et 2030, le gain pour l’Etat s’élèvera à 2,43 milliards de DH. Pour les agriculteurs, les économies visées cumuleront 2,77 milliards de DH. 
    Le pompage solaire se positionne comme étant une énergie propre et durable. Selon les résultats préliminaires d’une étude commandée par l’AMEE, environ 30.000 exploitations agricoles en sont équipées, soit 8,8% des plantations irriguées. La puissance moyenne installée par hectare est d’environ 2 kWc/ha (kilowatt-crête ou kWc: unité de mesure qui évalue la puissance atteinte par un panneau solaire). Se basant sur une superficie agricole irriguée de 1.700.000 ha, le potentiel du pompage est estimé à 3,4 GWc, soit un business dépassant 10 milliards de DH. 
    Ce marché évolue à des vitesses différentes en fonction de la taille des unités à équiper. Les grandes et moyennes exploitations sont de plus en plus nombreuses à adopter la technologie PPV. A contrario, les petites structures inférieures à 5 ha accusent un retard vu les coûts élevés d’investissements initiaux et le manque de produits financiers adaptés. Reste que le potentiel le plus important réside dans le segment des petits agriculteurs.
    Par ailleurs, 76% des installations étudiées ont été équipées par fonds propres. Seules 4% des installations ont été financées par crédit bancaire, majoritairement par Tamwil El Fellah. 
    Le pompage solaire a déjà fait ses preuves profitant d’un marché déjà mature. Il est encouragé par l’absence d’obstacles réglementaires. Autre avantage: le prix moyen des équipements est en baisse continue grâce à l’évolution de la technologie et la diminution des coûts de production des modules. L’évolution technologique a permis de réduire le prix des systèmes photovoltaïques de 41% entre 2013 et 2018. Le coût des équipements devrait continuer à fléchir de 20% entre 2018 et 2023, estime le ministre.
    Pour booster cette technologie, le projet GEF- Pompage solaire a été lancé fin décembre 2018. Objectif: créer un cadre propice à la mise en œuvre du programme national de pompage photovoltaïque pour l’irrigation localisée. Il vise le renforcement des capacités des différents acteurs concernés, la sensibilisation des opérateurs et des agriculteurs, la mise en œuvre de mécanismes de financement facilitant l’acquisition des systèmes PV de pompage ainsi que la normalisation des installations solaires pour l’irrigation. Côté financement, il y a lieu de signaler la mise en place de lignes de crédit MorSEFF, d’un montant global de 110 millions d’euros (près de 1,2 milliard de DH) pour l’énergie durable destinée aux entreprises privées. Ces dernières peuvent accéder à des lignes de crédit distribuées par des banques marocaines, une subvention d’investissement de 10% du crédit ainsi qu’une assistance technique gratuite allant de l’évaluation à la mise en œuvre jusqu’à la vérification du projet. Le package comprend également l’offre Tamwil El Fellah. Autre atout: les composantes de l’équipement goutte-à-goutte bénéficieront des taux et plafonds de subvention (80 ou 100%) fixés dans le cadre des aides financières de l’Etat accordées par le Fonds de développement agricole (FDA) qui distribue l’ensemble des aides susmentionnées. Des mesures fiscales incitatives sont également appliquées. Tous les équipements agricoles utilisant les énergies renouvelables sont exonérés de TVA et profitent d’une réduction des droits de douane. 

     

    Faiblesses à corriger

    Plusieurs obstacles freinent encore le développement de ce marché. En tête la subvention du butane associée à la faible sensibilisation de la population sur l’utilité du pompage solaire. S’y ajoute également l’absence de traçabilité, de contrôle qualité, de certification et de classification des équipements vendus sur le marché. Autre faiblesse: l’interdiction de l’injection de l’excédent dans le réseau de basse tension. Une aberration qui sera corrigée via la réforme de la loi 13-09 qui est en cours. L’équipement et la maintenance donnent également du fil à retordre aux agriculteurs. Les installateurs qui opèrent dans ce segment sont peu expérimentés, ce qui risque d’endommager les produits solaires. Autre obstacle: l’absence de solutions personnalisées et de conseils associés adaptés. En effet, les bureaux d’études et PME intervenants dans le secteur sont peu familiarisés avec des détails spécifiques au secteur agricole.

     

    Une feuille de route en préparation

    Plusieurs pistes ont été avancées à la Commission nationale de l’efficacité énergétique dans l’agriculture. Il s’agit de veiller à la mise en place des normes relatives à la classification et l’étiquetage énergétique des équipements agricoles et de pêche maritime. Autres mesures: adopter des bancs d’essais pour l’optimisation de l’usage des équipements agricoles, imposer une obligation d’information sur la consommation énergétique ou encore adopter des audits obligatoires pour les exploitations agricoles au-delà d’un seuil de surface (762 ktep à l’horizon 2030). Le ministère compte poursuivre le programme de sensibilisation au profit des acteurs, des professionnels, des chercheurs et de la société civile. Pour le renforcement des capacités, des sessions de formation sont prévues au profit du Réseau vert. Un deuxième institut dédié aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ouvrira bientôt à Tanger. Le premier est déjà opérationnel à Oujda. 
    Rappelons que plus de 20 millions de DH ont été alloués au soutien de projets de recherche et développement concernant l’utilisation de l’énergie solaire dans le domaine du séchage, la volaille et l’utilisation de la bioénergie. Les opérateurs pourraient également profiter du système de labellisation des installateurs ou entreprise PV au Maroc «Taqa pro».

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