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    Tribune

    L’évaluation dans le service public: Les colères royales

    Par Amine JAMAI | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager

    Auteur de la trilogie de romans «le général marocain», Conspiration des ombres (2017), Arabmageddon (2018), Conspiration à Alger (2019), Amine Jamaï est directeur général de Valoris Conseil, cabinet conseil en Management du changement, stratégie et organisation. Il a aussi été par le passé directeur général de filiale pétrolière ExxonMobil en Afrique de l’Ouest et DRH de Sanofi-Aventis Maroc (Ph. Privée)

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    La photo (1948 à Rabat) montre une réunion d’étudiants issus de plusieurs villes du Maroc et composant la Jeunesse istiqlalienne. 
    La plupart ont 20 ans à cette époque. Ils auront la trentaine à l’Indépendance. Certains sont devenus gouverneurs, ministres ou ambassadeurs. On reconnaît Moulay Ahmed Drissi, Taoufiq Kabbaj, Driss Fellah, Abdelaziz Jamai, Ali Bargach, Benerradi et bien d’autres (Ph. Privée)

    AU moment de l’Indépendance, la question de savoir ce que l’on voulait devenir était un luxe, tant les besoins immédiats étaient grands. Nos jeunes Marocains étaient contraints de garder et copier le modèle français des années 50-60 en le saupoudrant de quelques aménagements.
    L’idéal auquel peut aspirer une nation se construit sur la durée, affinée par de savants compromis, eux-mêmes faits de petites touches, parfois constituées des cris du plus grand nombre et des râles des minorités oubliées.
    S’assurer que ses citoyens aient eu l’éducation nécessaire, qui permet de se poser les bonnes questions et empêche de se faire confisquer – par la puissance de la démagogie – ses aspirations naturelles.
    Deux piliers défaillants sur lesquels s’accordent tous les Marocains, éducation et administration publiques. Si 35 millions de Marocains en ont fait le diagnostic, peu d’entre eux s’accordent sur le comment.
    Il est de notre devoir d’inculquer à nos futurs adultes l’envie de se projeter dans une vision de société à construire, envie que les parents amers ont oubliée.
    Après tout, combien les peuples, dans l’histoire, ont traversé de périodes difficiles? Nous ne sommes pas moins courageux que ces peuples-là qui ont réussi à se hisser aux premières loges du développement.
    Le pilotage du public est aujourd’hui assorti du seul système d’évaluation qui marche vraiment: les colères royales. Notre souverain est dans son rôle: protéger la nation de manière ultime, de l’insécurité interne, des agressions externes et des risques de ruptures des services publics.
    Quand les échecs du public deviennent itératifs, c’est le contrat moral avec ce corps qui doit être revu.
    La régulation royale qui semble la seule à même de faire avancer cette grosse machinerie, finit aussi par pétrifier les dirigeants, qui n’osent plus prendre d’initiatives.
    Ils réduisent leur exposition en s’enfermant dans des procédures, délégant les responsabilités qui leur incombaient. Les procédures deviennent l’objectif.

    Bienveillance et clarté

    A force d’appels d’offres, à force de décisions diluées dans de confortables approbations collégiales, à force de vouloir agir avec la bénédiction de tous, l’on démultiplie le temps nécessaire à réaliser ses objectifs et l’on se retrouve à avoir des actions peu cohérentes.
    Résultat, la machine se grippe. La vindicte populaire prend le relais.
    Il est temps d’instaurer un nouveau pacte méritocratique basé sur deux fondements: la bienveillance et la clarté des objectifs.
    Définir les étapes clefs, les dates de livraisons et les budgets affectés. Fort de cela, nos ministres devraient prendre le risque de faire confiance aux dirigeants qu’ils ont investis. Ils devraient les laisser choisir – dans le respect des budgets définis –

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    Elections d’octobre 2016: une image émouvante. Cet homme, dont les mains sont déformées par le travail et le visage brûlé par le soleil, s’applique à glisser son bulletin dans l’urne: il sait que sa voix compte.  Il ne la laissera à personne (Ph. Bziouat)

    avec qui ils veulent travailler, rétribuant les fonctions comme ils le souhaitent, choisissant les équipes qui seraient les plus susceptibles d’apporter de la valeur ajoutée aux projets. Quitte à ce qu’ils attribuent des marchés selon leur bon vouloir, en faisant fi des appels d’offres se focalisant sur ces fameuses feuilles de route.
    Personne n’est dupe. Notre secteur public a été abusé et ponctionné à travers des milliers d’arnaques. En réaction, il a enfanté des processus complexes, kafkaïens. Au final, l’on ne sait plus qui fait quoi, ni pourquoi. Le pire est que ces processus ne protègent de rien, si ce n’est qu’ils permettent des abus plus sophistiqués et moins décelables.
    S’en affranchir, permettra aux managers du public de décider en premier et dernier ressort et de s’exposer en retour au jugement. Les plans avalisés pourraient être déposés au préalable à la Cour des comptes,  qui pourra réaliser un suivi en se focalisant sur des résultats.
    La sélection naturelle induite par cette nouvelle approche consoliderait les meilleurs managers dans leurs fonctions et ferait disparaître rapidement les autres, au profit de nouvelles compétences que l’on irait chercher – comme le font les plus grandes organisations – sur le marché de la méritocratie.
    Une fois les freins liés aux rémunérations levées, l’attractivité de super manager au sein des projets publics nous fera gagner des années.
    Quelles que soient leurs rémunérations, celles-ci nous coûteraient moins cher que de faire du surplace. Un surplace qui lui nous coûte – a minima –  12% du PIB, qui est le coût actuel de la masse salariale du secteur public. Une fois encore, l’objectif prime et le temps nous manque.
    L’époque des souhaits doit s’achever, pour laisser place aux objectifs mesurables, portés par des personnes courageuses.

     Que voulons-nous?

    DES questions ont une impérieuse nécessité.  Elles permettent de visualiser l’idéal commun.
    - Voulons-nous d’une société apaisée, où les valeurs universelles reprennent leurs droits, sans haine et jugements?
    - Voulons-nous inclure socialement les plus pauvres, les plus vieux, les plus faibles? 
    - Voulons-nous d’une société inclusive, qui trouve évident que tous les malades soient pris en charge dans des structures hospitalières accueillantes et performantes?
    - Voulons-nous regarder les rires heureux d’enfants éduqués, épanouis qui se dépensent dans des activités sportives exemptes de ségrégations, et pour lesquels les ascenseurs sociaux reprennent du service?
    - Voulons-nous des Marocains qu’ils se tirent vers le haut – les uns les autres – sans ego, emplis de bienveillance, célébrant sincèrement les réussites de chacun?
    - Voulons-nous des citoyens qui respectent les lois qu’ils ont contribué à édifier, des lois qui respectent les libertés individuelles et qu’ils font vivre en harmonie?
    Quel que soit le chemin de notre vision, il faudra réformer deux piliers nécessaires pour structurer nos rêves de développement.

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    Un seul abat-jour par salle de classe, rouillé et sans ampoule. Ecole Al Akhtal Banine en 2018
    Au propre comme au figuré, il faut réintroduire la lumière dans l’enseignement. L’école d’aujourd’hui est-elle pire que celle d’autrefois?  
    (Ph. A.Na, L’Economiste)

    Rallumons la lumière dans l’enseignement

    L’éducation nationale est en partie construite par les jeunes indépendantistes marocains des années 50, eux-mêmes formés par les professeurs gauchistes français du protectorat. Élevés à la force d’interrogations humanistes, puisant dans leur capacité d’étonnement, ils apprennent à ouvrir leurs esprits, mais aussi, à trouver en eux le feu de la révolte contre l’occupant.
    60 ans sont passés, noyant cette machine à comprendre, sous plusieurs couches de rigidité, étouffant un peu plus la réflexion, nourrissant des générations ahuries de certitudes que l’on inculque désormais à la force d’entonnoirs digitaux.
    Ces derniers charrient des informations grossièrement tronquées, détournant pour finir de manière pernicieuse la bienveillance de notre religion pour rendre encore plus hermétique les schémas de pensée.
    L’avalanche de révélations et scandales ciblant systématiquement chaque réussite, vient ensuite discréditer tout effort de méritocratie. Cette mélasse assombrit nos vies, alimente le désespoir.
    Elle éteint l’ambition et nourrit une guerre sociale qui ne dit pas son nom et qui conspue les réussites au gré des manipulations. 
    Cet aveuglement conduit par les timoniers populistes, conquiert les cerveaux des masses. Pour lutter contre le cadenassage des esprits, nous devons apprendre à nos enfants à se forger une opinion qui leur est propre, dans toutes les matières de l’enseignement.
    Leur donner le droit et l’envie d’user, face à chaque affirmation, de deux puissants mots: pourquoi et comment? Ces deux mots ont le pouvoir de comprendre, en défiant les certitudes.
    Des enfants qui réalisent systématiquement des recherches personnelles pour connaître d’autres civilisations, d’autres cultures, d’autres prismes, d’autres axiomes, comprendront que nous ne sommes pas le centre du monde… Et que rien n’est impossible.

     

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