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    Roman de l'été

    Episode 26 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Les deux mouvements en confrontation

    Par L'Economiste | Edition N°:5538 Le 19/06/2019 | Partager

    La communauté qui s’est constituée, après la mort de Jésus, s’est scindée en deux groupes distincts et indépendants: les «hébreux», ceux qui sont rassemblés autour de Jacques et des apôtres, et les «hellénistes», qui sont les juifs de la Diaspora qui parlent, essentiellement, le grec. Ces derniers deviennent plus nombreux que les premiers, sachant qu’au Ier siècle, les minorités juives sont présentes partout dans l’Empire romain, notamment à Alexandrie, jouissant de privilèges accordés par leur entourage hellénistique.

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    Très vite, éclatent des heurts entre les deux groupes qui s’aggravent avec la lapidation d’Étienne à Jérusalem. Les hautes autorités religieuses déclenchent une vague de persécutions à Jérusalem contre les hellénistes qui se replient dans les villes païennes d’Ashdod et de Césarée, dans les régions côtières de la Syrie-Palestine, à Chypre, en Phénicie et à Antioche où ils reçoivent, pour la première fois, le nom de «chrétiens» (Actes des Apôtres, XI, 26). Avec leur développement, les hellénistes, à leur tête Paul, commencent à changer, petit à petit, de langage dans leur prêche: ils commencent à soutenir que Jésus n’est pas venu accomplir la Loi, mais l’abolir. Ils vont encore plus loin, en affirmant que ce qu’il a rejeté, ce ne sont pas les prêtres du Temple, mais le Temple lui-même. Ce langage, destiné au début aux juifs, commence à être partagé par les «gentils», en terre païenne. Avec la destruction de Jérusalem, en l’an 70, la mission auprès des juifs a été abandonnée et toute l’attention est portée sur la naissance du christianisme, qui devient une véritable religion.
    En effet, le prêche de Paul devient déroutant pour les membres du mouvement messianique, ceux qui ont vécu et écouté, de leur vivant, le message de Jean-Baptiste et de Jésus. Paul commence à remettre en cause les fondements même du judaïsme, à savoir la place centrale de la Torah et le statut d’Israël, en tant que peuple élu. Il va encore plus loin puisqu’il commence à prôner une nouvelle «foi chrétienne» qui suppose tout simplement l’abrogation de la religion juive, rejetant la Loi qui a toujours constitué l’Alliance de Dieu avec son peuple. On comprend, donc, le désarroi, devant de telles annonces, de tous ceux qui se sont toujours inscrits comme d’authentiques juifs, à l’instar de Jean-Baptiste et de Jésus. Même l’appellation de «christianisme juif» n’avait pas de signification particulière, car toute réforme doit intervenir dans le cadre du judaïsme, et partant de ce principe fondamental, le christianisme, à ses débuts, est considéré comme un courant juif, permettant d’accueillir les «gentils». Par conséquent, il était impensable d’imaginer, un seul instant, que Jean-Baptiste ou Jésus aient voulu créer une nouvelle religion, fondée sur un reniement de la Torah. La question que l’on peut se poser est celle de savoir si les nouvelles idées de Paul ont pris forme au fur et à mesure de l’évolution des choses, ou bien s’il avait une véritable stratégie pour imposer ses idées? Ce qui est sûr pour certains historiens, c’est qu’il a utilisé un système qu’il défendait, parfois violemment, en pourchassant, les disciples de Jésus pour le transformer d’abord et l’attaquer, ensuite, de l’intérieur.
    Ce qui semble conforter cette deuxième hypothèse, c’est que, lors du concile de Jérusalem auquel il a été convié par les apôtres, en l’an 50, il a accepté, avec beaucoup de docilité, les décisions de Jacques et immédiatement après, il rédige son Épître aux Galates où, dès les premières lignes, il déclare détenir son autorité de «Jésus-Christ et Dieu le Père». Il affirme que le concile de Jérusalem l’a chargé de prêcher «son Évangile» et qu’il ne se sent tenu par aucune décision des dirigeants de Jérusalem. Il explique que la Loi de Moïse n’est que transitoire et que la venue du Christ sur Terre l’a rendue caduque: «la Torah a été comme un pédagogue pour nous conduire au Christ afin que nous fussions justifiés par la foi. La foi étant venue, nous ne sommes plus sous ce pédagogue». (Galates III, 24-25).
    C’est une façon claire pour dire qu’il n’est plus soumis à la Loi. Il affirme que, avec la venue du Christ, il n’y a plus d’Alliance entre Dieu et Israël et les commandements de la Torah appartiennent au passé. Il a fait cette déclaration très forte où il annonce la nouvelle religion: «Il n’y a ni juif ni grec; il n’y a plus ni esclave ni libre; il n’y a plus ni homme ni femme car tous vous êtes un en Jésus-Christ». (Galates, III, 28).
    Son langage a pris parfois une forme virulente et même injurieuse, lorsqu’il dit: «Prenez garde aux «chiens», prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde aux faux circoncis! Car les circoncis, c’est nous qui rendons à Dieu notre culte par l’esprit de Dieu, qui glorifions en Jésus-Christ, et qui ne mettons point notre confiance en la chair!» (Philippiens, III, 2-3). Il lui est arrivé de décrire l’Église primitive comme un ramassis de traîtres et d’intrigants, dénonçant «des faux frères qui s’étaient furtivement introduits et glissés parmi nous, avec l’intention de nous asservir» (Galates, II, 4).
    Le langage de Paul est apparu hérétique pour les apôtres qui le convoquent, à Jérusalem, pour s’expliquer, devant le concile apostolique, sur ses déclarations. Même si Luc présente cette rencontre comme cordiale, la réalité est différente, selon les dires de Paul lui-même. Ce dernier déclare être tombé dans une embuscade par les «faux frères», ceux-là qui continuent à croire dans la primauté du Temple et de la Torah (Galates, II, 1-10). La seule concession faite à Paul est la promesse de Jacques, en tant que chef de l’assemblée de Jérusalem, de ne pas contraindre les disciples païens de Paul à la circoncision.

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     Lors de son séjour à Jérusalem, des soldats romains le confondent avec quelqu’un d’autre et le jettent en prison à Césarée. Arguant de sa citoyenneté romaine, , il demande à être transféré à Rome, car la ville impériale abrite déjà un groupe de chrétiens qui vit en bonne entente avec la communauté juive (Crédit DR)

    À la suite de cette comparution de Paul, l’assemblée décide d’envoyer ses propres missionnaires chez les adeptes de Paul pour rectifier ses enseignements sur l’identité de Jésus. Cette démarche provoque la colère de Paul qui, dans toutes les épîtres qui figurent dans le Nouveau Testament, ne cesse de revendiquer son statut d’apôtre, de mettre en relief la relation qu’il a avec Jésus et de critiquer les membres de l’assemblée de Jérusalem qu’il traite de «serviteurs de Satan» ou encore: «Ceux qui se déguisent en apôtres du Christ». (II Corinthiens, XI, 13-15). Il continue, par ailleurs, à tenir le même prêche sur Jésus et sur sa véritable mission.
    Devant cette situation, Paul est à nouveau convoqué, en l’an 58, devant l’assemblée de Jérusalem. Jacques l’accuse de pousser les croyants à ne plus suivre les prescriptions de Moïse, en leur demandant de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les coutumes. Il lui pose clairement la question de savoir s’il est vrai que «tu enseignes à tous les juifs qui sont parmi les païens à renoncer à Moïse, leur disant de ne pas circoncire les enfants et de ne pas se conformer aux coutumes?» (Actes, XXI, 21). Luc ne rapporte pas la réponse de Paul mais raconte que Jacques l’oblige à se livrer à un rituel de purification du Temple, chose que Paul accepte de mauvaise grâce.
    D’après les historiens, l’attitude de Paul laisse parfois perplexe : tout en reconnaissant l’existence de la Torah, celle de Jésus, il n’hésite pas à affirmer qu’il est prêt à s’adapter à toutes sortes de circonstances, expliquant ainsi l’évolution de ses idées et de ses positions: «Avec les juifs, je suis devenu juif afin de gagner les juifs; avec ceux qui sont sous la Torah, je suis devenu quelqu’un sous la Torah, quoique je ne le sois pas moi-même, afin de gagner ceux qui sont sous la Loi ; avec ceux qui sont en dehors de la Torah, je suis devenu comme quelqu’un en dehors de la Loi, quoique je ne sois point sans loi, étant sous la Loi du Christ, afin de gagner ceux qui sont en dehors de la Torah. (I Corinthiens, IX, 20-21).
    Concernant le personnage, les historiens, dont André Chouraqui, dans son article «Paul un Rabbin?», sont presque unanimes à dire qu’il s’agit d’une personne complexe et que pour certains, il est, peut-être, le plus puissant génie juif de son temps.
    En ce qui concerne, maintenant, la suite de son parcours, lors de son séjour à Jérusalem, des soldats romains le confondent avec quelqu’un d’autre ; il est alors présenté au gouverneur romain qui le jette en prison à Césarée. Arguant de sa citoyenneté romaine, car né à Tarse, il demande à être transféré à Rome, car la ville impériale abrite déjà un groupe de chrétiens qui vit en bonne entente avec la communauté juive. Pour Paul, la ville de Rome va lui permettre de développer son enseignement, sans trop de problèmes. La difficulté est que Pierre, le premier des apôtres, l’a déjà précédé, envoyé quelques années plus tôt par Jacques pour prêcher le vrai message de Jésus et contrecarrer les idées de Paul. On dispose de peu

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    Statue de Saint Paul devant la basilique romaine  Saint-Paul-hors-les-Murs où se trouve le tombeau de  l’apôtre Paul. Ce juif international a mis à profit sa citoyenneté romaine pour évangéliser l’Empire et diffuser le christianisme à travers le monde (Crédit DR)

    d’informations sur la présence, pendant deux années, de Pierre et Paul à Rome. Comme pour Jacques, l’Évangéliste Luc a essayé de décrire les relations entre Paul et Pierre comme étant amicales. Ce qui est démenti par Paul lui-même qui affirme avoir été obligé de «faire face» à Pierre car il était «répréhensible», ou encore que Pierre était «un dissimulateur, manipulé par Jacques». Les analystes, dont Paul-Irénée Fransen, dans son article «Pierre qui passait partout», ont, beaucoup, disserté sur les relations conflictuelles de Paul et de Pierre. Pourtant, les Actes ont souvent établi un parallélisme entre Pierre et Paul: tous deux ont accompli des voyages missionnaires où ils ont converti des notables; tous deux ont été jetés en prison et délivrés miraculeusement ; tous deux ont guéri des malades, relevé des paralytiques et même, d’après les Actes, ressuscité des morts (Actes IX, 36-43 et XX, 7-12).
    Ce que l’on sait, c’est que, à l’occasion d’une campagne de persécution contre les chrétiens, l’empereur romain Néron les fait exécuter tous les deux, probablement vers 64 de notre ère, sachant que des historiens, se référant à Eusèbe de Césarée, situent la décapitation de Paul entre le mois de juillet 67 et le mois de juin 68 et qu’il aurait été enterré sur la route d’Ardea, à 30 miles de Rome, là où se dresse, aujourd’hui, la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs. C’est ce qui est rapporté par les historiens, dont François Brossier, dans son article «La fin de Paul à Rome».
    Remarquons que, concernant Paul, Luc consacre, depuis l’époque de son arrestation au Temple de Jérusalem jusqu’à Rome, pas moins des huit derniers chapitres des Actes des Apôtres.
    Comme rapporté ci-dessus, Jacques a été tué, sur l’ordre du grand prêtre, profitant de l’absence de l’administrateur romain. À sa mort, la présidence de l’assemblée a été confiée à Simon, un autre membre de la famille de Jésus. Avec la rébellion juive, Jérusalem est détruite et les membres du premier mouvement chrétien ont fui ou ont été tués. C’est ainsi que le lien entre le christianisme naissant, avec ses assemblées, et la Ville sainte a été rompu.
    Dans tous les cas, de la confrontation entre le mouvement mené par Jacques et celui mené par Paul, on peut soutenir que les évènements ont tourné à l’avantage de celui de Paul.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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