×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    International

    Guerre des monnaies: Le Trésor américain tranche

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5527 Le 30/05/2019 | Partager
    Aucun des principaux partenaires n'a manipulé sa devise
    L'Inde et la Suisse retirés de la liste des pays mis sous surveillance

    Y a-t-il manipulation de devises? En publiant son rapport sur le sujet, le Trésor américain est catégorique: «Aucun des grands partenaires commerciaux des Etats-Unis, notamment la Chine, n'a manipulé sa devise pour en tirer un avantage indu».

    Bien que les pratiques de neuf pays demandent toujours à être surveillés de près, la ligne rouge n’a pas été franchie. Ceux qui étaient sous surveillance particulière sont la Chine (que les Etats-Unis exhortent à ne pas laisser trop s'affaiblir le yuan), l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, le Japon, la Corée du Sud, la Malaisie, Singapour et le Vietnam. L'Inde et la Suisse ont été retirés de la liste des pays mis sous surveillance.

    En pleine guerre commerciale, le Trésor n'a donc, encore une fois, pas franchi le pas. Il exhorte toutefois Pékin à continuer de prendre les mesures nécessaires pour éviter une monnaie qui soit durablement affaiblie. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a fait savoir que le yuan ou renminbi a perdu 8% de sa valeur en un an dans le contexte d'un excédent commercial bilatéral extrêmement important.

    «La Chine doit s'attaquer résolument aux forces qui distordent le marché, y compris les subventions et les entreprises détenues par l'Etat», souligne le Trésor. Il lui recommande aussi d’améliorer sa protection sociale pour encourager une consommation portée par les ménages et rééquilibrer l'économie en diminuant l'investissement. Les Etats-Unis estiment toutefois que les interventions de la Banque centrale de Chine sur les changes ont été limitées.

    Les négociations en cours pour mettre fin à la guerre commerciale avec la Chine sont au point mort malgré des pourparlers jugés fructueux pendant les premiers mois de l'année. Le président américain Donald Trump a estimé que les Chinois revenaient sur les promesses déjà faites et a fait passer les tarifs douaniers punitifs sur 200 milliards de dollars d'importations de produits chinois de 10 à 25% à la mi-mai. Le conflit s'est encore envenimé après la récente décision de l'administration américaine de placer Huawei sur la liste noire au nom de la sécurité nationale.

    Les partenaires évalués

    dollars_chine_027.jpg

    Le Japon, l'Allemagne, l'Italie et l'Irlande sont épinglés en raison des excédents des comptes courants et des excédents commerciaux. Le Vietnam est enjoint à progressivement réduire ses interventions sur le marché des changes pour autoriser une appréciation graduelle du taux de change réel (du dong) qui permettra de réduire les surplus extérieurs. La Corée du sud est elle saluée pour ses efforts et le Trésor explique que si Séoul continue à être un bon élève il sera retiré de la liste des pays surveillés dans le prochain rapport dans 6 mois. Le Trésor a également annoncé qu'il allait évaluer tous les partenaires dont les échanges commerciaux avec les Etats-Unis dépassent 40 milliards de dollars. En 2018, 21 pays répondaient à ce critère et le montant total des échanges avec eux s'élevaient à 3.500 milliards de dollars.

                                                                         

    ■ Les Chinois contre-attaquent
    Les Chinois répliquent à Donald Trump. Huawei a annoncé une saisie de la justice américaine contre l'administration, tandis que Pékin menace de réduire ses exportations de terres rares, des métaux vitaux pour l'industrie américaine. La Chine assure plus de 90% de la production mondiale de cet ensemble de 17 métaux, indispensables aux technologies de pointe et que l'on retrouve dans les smartphones, les écrans plasma, les véhicules électriques mais aussi dans l'armement. Des analystes estiment cependant que Pékin pourrait hésiter à utiliser le levier des minerais, afin de ne pas accélérer la recherche de solutions alternatives à ces matières premières.

    ■ L'électronique, particulièrement visée
    Dans cette guerre commerciale, l'électronique est particulièrement visée par les tarifs douaniers, indique Coface dans son étude intitulée «D'imitateur à précurseur: Bilan des ambitions de la Chine en matière de 5G». Sur les 51% des 200 milliards de dollars d'importations chinoises soumises aux droits de douane, 25% sont des produits électroniques, dont 23,5% sont des téléphones portables. Les droits de douane américains détériorent les termes de l'échange des exportations chinoises vis-à-vis de leur plus grand marché. Cela incite les entreprises et les consommateurs américains à diversifier la demande en dehors de la Chine. Par ailleurs, les entreprises chinoises dont l’activité porte sur la technologie 5G sont toujours dépendantes des importations de composants clés et demeurent donc exposées aux risques liés à la chaîne d'approvisionnement. De plus, les Etats-Unis ont annoncé  qu'ils interdiraient à Huawei, et à ses filiales, d'acheter des pièces et des composants aux entreprises américaines sans l'approbation préalable du gouvernement américain. Cela pourrait causer d'importantes perturbations au sein de l’organisation logistique de Huawei, dans la mesure où environ 16% de ses composants provenaient l’an passé d'entreprises américaines.

    ■ Des droits compensateurs
    Le ministère américain du Commerce a proposé une nouvelle réglementation lui permettant d'imposer des droits compensateurs sur les importations de pays qui agissent pour sous-évaluer leur monnaie par rapport au dollar et ainsi subventionner leurs exportations. Avec cette nouvelle mesure, «les pays étrangers ne pourraient plus utiliser des politiques monétaires au désavantage des travailleurs et des groupes américains», a commenté Wilbur Ross, secrétaire au Commerce. Un droit compensateur sur les importations est parfois imposé par des pays pour contrebalancer toute prime ou subvention accordée, directement ou indirectement, à la fabrication, la production ou l'exportation de marchandises.

    ■ Ce que dit la BCE
    «Un ralentissement de la croissance lié aux tensions commerciales entre Washington et ses partenaires constitue le principal risque pour la stabilité financière de la zone euro», a estimé la Banque centrale européenne (BCE). L'institut de Francfort surveille aussi le Brexit, les tensions géopolitiques et l'émergence de tensions dans le domaine de la dette souveraine, également susceptibles de freiner l'économie. La dette privée et publique de certains pays pourrait redevenir un sujet d'inquiétude. C’est le cas en Italie où le gouvernement populiste au pouvoir mène une politique creusant le déficit et l'énorme dette publique et s'attire les foudres de Bruxelles. La faible rentabilité des banques européennes affecte par ailleurs les marchés de capitaux, d'autant que les établissements se plaignent de devoir payer un taux négatif sur les liquidités en excès déposées aux guichets de la BCE.

    F. Z. T.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc