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    Chronique

    Elections générales sud-africaines 2019: Quel impact sur le Maroc?

    Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5522 Le 23/05/2019 | Partager

    Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

    Les élections générales sud-africaines ont eu lieu le mercredi 8 mai 2019 afin d’élire les membres de l’Assemblée nationale et des assemblées provinciales des neuf provinces du pays. C’est l’Assemblée nationale qui procède à l’élection du président de la République au scrutin indirect par un mandat de cinq ans. Le mode de scrutin de l’Assemblée nationale composée de 400 sièges est proportionnel et plurinominal.

    Quarante-huit partis sont en lice pour ces élections, mais trois se détachent nettement des autres. Il s’agit en premier lieu de l’ANC (African National Congress). Ce parti fut fondé en 1912 pour défendre la majorité noire contre la minorité blanche. Il fut déclaré hors la loi en 1960 pendant la période de l’apartheid, et fut à nouveau légalisé en 1990.

    Les premières élections législatives multiraciales au suffrage universel en 1994 ont permis à l’ANC de conquérir le pouvoir, et à Nelson Mandela d’être élu premier président noir de l’Afrique du Sud. Depuis cette date, la scène politique sud-africaine fut dominée par l’ANC avec un pourcentage de votes en sa faveur entre 60 et 70%. Cependant, l’ANC n’a pas réussi à réduire les inégalités sociales et à calmer la frustration des Sud-Africains les plus pauvres, qui considèrent que leur situation ne s’est pas améliorée. Durant la présidence de Jacob Zuma (2007-2017), la corruption est devenue endémique, le chômage dépasse les 50% chez les jeunes noirs, et les violences se multiplient.

    En décembre 2017, le vice-président Cyril Ramaphosa remplace Zuma à la tête du parti, et en février 2018 à la tête du pays.  Le second parti qui compte en Afrique du Sud est l’Alliance démocratique fondée en 2000 qui est considéré comme un parti centriste et libéral. Cependant, son programme est traversé par plusieurs courants internes.

    Prônant le progressisme, le libéralisme économique et la défense des droits des minorités, il a évolué vers un certain conservatisme. Il défend aussi une économie sociale de marché permettant plus d’égalité, le respect des libertés individuelles et de la propriété privée. Principal opposant à l’ANC, son électorat est composé pour moitié de blancs, 20% de noirs, et un tiers de «coloured» (populations d’ethnies mélangées, ni blancs, ni noirs, ni asiatiques).

    Son actuel président Mmusi Maimane est le premier président noir de ce parti. Le troisième parti se nomme Combattants pour la liberté économique, qui a été fondé en 2013 par Julius Malema, ancien membre de l’ANC. C’est un parti souvent décrit comme misogyne et incitant à la haine raciale. Il milite pour l’expropriation des terres et la nationalisation des mines sans compensation. 

    Il reproche aux autres partis, l’ANC et l’Alliance démocratique, d’avoir vendu le peuple noir d’Afrique du Sud au capitalisme. Il promet de lutter contre la corruption et de fournir un logement social de qualité, des soins de santé et une éducation pour tous gratuitement. Il propose enfin un programme panafricaniste consistant à changer le nom et l’hymne national du pays, ainsi que de rebaptiser une quarantaine de villes de province. 

    Selon les résultats provisoires portant sur le dépouillement de 95% des bureaux de vote, l’ANC remporte 57,7% des suffrages, soit l’élection de 230 députés et une baisse de cinq points par rapport aux législatives 2014. L’Alliance démocratique est arrivée en seconde position avec 20,6% de voix et l’élection de 84 députés, soit une perte de 5 sièges par rapport à 2014.

    Quant au parti des Combattants pour la liberté, il a obtenu 10,5% de suffrages, soit l’élection de 44 députés avec un gain de 19 députés par rapport à 2014. Au vu de ces résultats, Cyril Ramaphosa de l’ANC sera élu à la présidence le 25 mai. Cependant, sa marge de manœuvre est faible tant à l’intérieur du parti que pour faire face aux graves problèmes économiques que connaît l’Afrique du Sud.

    Nelson Mandela à Oujda entre 1960 et 1962

    Concernant les relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud, elles ont évolué en dents de scie. Dans les années 1960, le Royaume faisait figure d’exemple dans la lutte pour la libération des pays africains du joug colonial. C’est ainsi que Nelson Mandela a séjourné à Oujda entre 1960 et 1962, et a reçu une aide financière et matérielle de notre pays. Le Maroc et l’Afrique du Sud ont établi des relations diplomatiques en 1994, et plusieurs accords de coopération ont été signés.

    Pendant toute la présidence de Nelson Mandela (1994-1999) les relations ont connu un essor remarquable. Cependant, en septembre 2004, l’Afrique du Sud reconnaît la RASD sous la présidence de Thabo Mbeki, ce qui a occasionné un gel des relations entre les deux pays.

    En novembre 2017, à l’occasion du Sommet de l’Union Africaine d’Abidjan, un entretien a eu lieu entre le Roi Mohammed VI et le président Jacob Zuma, qui ont affirmé leur volonté de travailler ensemble dans l’avenir. En août 2018, fut nommé un nouvel ambassadeur marocain en Afrique du Sud en la personne de Youssef Amrani, ancien ministre délégué des Affaires étrangères. Malgré cette nomination qui n’a été acceptée par l’Afrique du Sud que dans un délai de huit mois, il ne semble pas que ce pays ait changé sa position concernant la question du Sahara.

    En janvier 2019, aussi bien le ministre des Affaires étrangères de l’Afrique du Sud que le président Cyril Ramaphosa ont renouvelé leur soutien au Polisario. De même qu’en mars 2019, l’Afrique du Sud a organisé à Pretoria une conférence en faveur du Polisario. Il faut espérer que l’installation effective de notre ambassadeur permettra de faire évoluer la position de l’Afrique du Sud concernant la question du Sahara, notamment par le biais économique.

                                                                        

    Pauvreté, chômage, inégalités...

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    Il y a vingt-cinq ans, l’Afrique du Sud organisait ses premières élections démocratiques, mettant un point final à l’apartheid. Un quart de siècle plus tard, la population n’est pourtant «pas libre» à cause de la pauvreté qui gangrène le pays, a regretté, samedi 27 avril, le président Cyril Ramaphosa.

    «Nous ne pouvons pas être une nation libre quand autant de gens vivent dans la pauvreté (...), n’ont pas assez à manger, n’ont pas de toit digne de ce nom, n’ont pas accès à des services de santé de qualité, n’ont pas les moyens de gagner leur vie», a-t-il estimé. Depuis 1994, les inégalités ont augmenté, au point d’en faire une des sociétés les plus inégalitaires au monde, écrivait l’an dernier la Banque mondiale.

    Entre 2011 et 2015, 3 millions de Sud-Africains ont basculé dans la pauvreté, soulignait l’institution. Malgré l’émergence d’une classe moyenne, 20% des foyers noirs vivent dans une extrême pauvreté contre 2,9% des foyers blancs, selon l’Institut sud-africain des relations entre les races (IRR).

    Au ban des nations pour cause d’apartheid, l’Afrique du Sud devait bénéficier de son retour dans l’économie mondialisée. Après une période faste entre 1994 et 2006 où elle a atteint jusqu’à 5,6%, la croissance économique du pays a été stoppée nette par la crise financière de 2008 et peine à redécoller depuis: elle n’a pas dépassé 0,8% l’an dernier. Le chômage continue de gangréner la première puissance industrielle du continent et frappe actuellement 27% de sa population active, contre 20% en 1994.

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