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    Au Cnesten, il n'y a pas que le nucléaire!

    Par Nadia DREF | Edition N°:5515 Le 14/05/2019 | Partager
    Industrie, santé, eau, environnement, énergie… les domaines concernés
    Dès 2020, production de l’iode 131 destiné au traitement du cancer
    Une palette de services pointus pour accompagner l'industrie et l'agriculture
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    Le Cnesten est reconnu au niveau mondial. Ce bras armé de l’Etat met à la disposition de ses partenaires un instrument d'évaluation des choix technologiques dans le domaine nucléaire et d'un support technique de contrôle et de sécurité

    8 mai, 15h15. Nous sommes au cœur de la forêt de Maâmora, au Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (Cnesten). Etalé sur une superficie de 25 hectares, ce site a pour seule voisine une imposante caserne de la Gendarmerie royale. Aucune pancarte n’indiquait la direction du centre.

    Pour accéder au site, il fallait emprunter une longue route nouvellement goudronnée au milieu de la forêt, quelques kilomètres après Bouknadel via la route nationale. En dehors de quelques véhicules civils et militaires, le trafic n’y était pas important. Sous un soleil torride, des écoliers rentraient chez eux à pied. Ils avaient pour seule couverture sur la tête des cartons d’emballage de fruits.

    A l’entrée du centre règne un calme pesant. Seule distraction qui atténue l’ambiance «officielle»: le show des paons qui déambulent avec nonchalance devant le portail. A l’instar de tous les sites névralgiques, le Cnesten est placé sous haute surveillance de la Gendarmerie royale et protégé par des mesures de sécurité draconiennes. Il fallait passer par 4 points de contrôle d’identité dont un dédié à la vérification des véhicules par un chien renifleur entraîné à la détection des explosifs.

    Un dispositif de taille vu que le centre abrite le seul réacteur nucléaire de recherche disponible au Royaume. Initié dans le cadre d'un accord conclu en 1980 entre le Maroc et les États-Unis, ce bijou a été mis en exploitation en 2009. D’une puissance de 2 mégawatts, ce réacteur de type Triga est fourni par l'américain General Atomics. Il est plongé dans une piscine à l’intérieur du centre de la Maâmora et est utilisé à des fins scientifiques, de formation et pour des applications de diagnostic médical, confie un ingénieur. Au-delà de la salle de contrôle, l’entrée est strictement interdite au public.

    A l’intérieur du Cnesten, une grande excitation est visible. C’est la première fois que le centre accueille un grand nombre de journalistes dans le cadre d’une visite guidée, organisée par le ministère de l’Energie. La mobilisation était grande. Le centre emploie environ 247 personnes dont 150 chercheurs, ingénieurs et techniciens spécialisés dans ce domaine. 30% des effectifs sont des femmes.

    Par ailleurs, 20 de ses cadres sont reconnus par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en tant qu’experts dans plusieurs domaines. Le centre dispose de six reconnaissances au niveau mondial. Il est reconnu en tant que centre régional désigné dans 4 domaines, à savoir la radioprotection, l’hydrologie isotopique, la nutrition humaine et les contrôles non destructifs en milieu industriel.

    Le Maroc a fait le choix d’opter pour un usage civil. A l’horizon 2030, la production de l’électricité ne prend pas en compte la composante nucléaire malgré son coût pas cher et compétitif. Elle est plutôt axée autour d’un mix énergétique (EnR, gaz et charbon). Une orientation confirmée, encore une fois, par Aziz Rabbah, ministre de l’Energie, des Mines et du Développement durable, lors de cette rencontre.

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    Le centre prépare son plan d’action triennal 2020-2022. Il contribue au développement des programmes scientifiques et techniques alignés sur les plans de développement socioéconomique du pays (Ph. Bziouat)

    Le Cnesten, en tant que bras armé de l’Etat, se contente, donc, de promouvoir la recherche scientifique et les applications des techniques nucléaires dans différents secteurs: médecine, industrie, environnement, agriculture, hydrologie... Il prépare également les bases technologiques nécessaires à l'introduction de l'électronucléaire (technologie des réacteurs, cycle du combustible, sûreté nucléaire), comme option alternative sur le long terme.

    Un comité de réflexion sur l’électronucléaire et le dessalement de l’eau de mer par la voie nucléaire a été mis en place en 2009 auquel contribue le Cnesten. Sa mission est d’évaluer les capacités nationales et les conditions et exigences nécessaires. Le centre constitue l'outil technique de l'Etat en matière de sûreté et sécurité radiologiques.

    «Notre rôle est de promouvoir et rehausser la contribution des utilisations pacifiques des techniques nucléaires à l’effort de développement durable des secteurs socioéconomiques, en renforçant l’innovation et le capital humain pour les besoins nationaux et régionaux», explique Khalid El Mediouri, directeur général du centre.

    Le Cnesten, bénéficiant d’un budget annuel de 15 millions de DH financé par l’Etat, dispose d’une infrastructure scientifique et technique de haut niveau. Il abrite plusieurs installations et une douzaine de laboratoires spécialisés dans les différentes applications des sciences et technologies nucléaires. Des analyses de l’eau souterraine, du sol, de l’air et du littoral sont effectuées par des équipes qui couvrent tout le territoire.

    L’une des réalisations phares du centre est la finalisation du process de fabrication de l’iode 131 utilisé dans le traitement du cancer.  Le centre, appuyé par la tutelle, vient de déposer une demande auprès du ministère de la Santé pour la fabrication de produits radio-pharmaceutiques injectables à base d’iode 131.

    La production locale permettra de répondre rapidement aux besoins actuels et éviter les perturbations liées à l’approvisionnement, au stockage ainsi que les fluctuations des prix à l’import. Elle constituera une source de revenu supplémentaire pour le centre. Cette mesure vise également la substitution progressive des produits importés par le centre depuis plus de 20 ans.

    Grâce aux efforts consentis, le prix d’une dose d’iode 131, substance la plus utilisée en médecine nucléaire, est passé de 13.000 à 3.000 DH. Une bouffée d’oxygène pour les 200.000 personnes traitées annuellement. Le Cnesten mène également des recherches pour développer des produits radio-pharmaceutiques de nouvelle génération. De plus, cette plateforme s’intéresse à la recherche médicale sur différents bio-marqueurs pour les besoins de diagnostic et thérapie du cancer.

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    Depuis 2010, plus de 1.600 cadres et officiers appartenant aux autorités et d’autres institutions ont bénéficié de formation en sécurité nucléaire (Ph. Bziouat)

    Par ailleurs, le Cnesten, se basant sur les techniques nucléaires et isotopiques, met à la disposition des pouvoirs publics des informations contribuant à l’évaluation et à la gestion du patrimoine hydrique. Il renseigne sur l’âge des eaux (renouvelables ou fossiles), les mécanismes de recharge des nappes phréatiques et de circulation des aquifères, l’origine de la salinité des eaux souterraines, l’efficacité de la recharge artificielle des nappes, la qualité des eaux et l’origine des sources de pollution.

    Le Cnesten travaille avec l’Institut national de la recherche halieutique sur la qualité de l’eau de mer. Le Centre apporte son expertise en matière d’érosion du sol, du bilan hydrique dans les systèmes d’irrigation, de sécurité sanitaire des aliments, d’envasement des barrages, d’utilisation efficace des fertilisants et de l’eau irriguée, de la pollution atmosphérique...

    «Plus de 5.000 analyses y sont réalisées par an dont une partie couvre les pays africains que nous accompagnons dans le développement de leur agriculture. Les résultats de recherche réalisés par le Cnesten permettent de donner une évaluation de l’érosion du sol sur 30 ans», explique Hamid Marah, directeur d’études et recherche scientifique du centre, un passionné qui a pu capter l’attention du public en évoquant son métier et l’histoire de l’établissement.

    En matière d’environnement, le centre évalue les contaminants radioactifs, chimiques et biologiques dans les milieux terrestre et marin ainsi que la datation des sédiments. 

    Le Cnesten assure, par ailleurs, des prestations de services en matière de dosimétrie, étalonnage, formation et expertise en radioprotection pour les entreprises. Parmi ses clients figurent l’OCP, TMSA, ANP… Le centre réalise des études in-situ et recherches visant l’amélioration des processus industriels et le contrôle de la qualité des infrastructures dans diverses branches telles que la pétrochimie, le ciment, le phosphate, le transport…

    Dans le cadre de ses missions, le centre de Maâmora contribue au développement du cadre réglementaire nucléaire et des capacités en sécurité nucléaire et en gestion des situations d’urgence. Il peut répondre à toute demande de prise en charge des déchets radioactifs provenant de divers établissements sanitaires, industriels et autres. Environ 3.000 sources radioactives ont été collectées et conditionnées à ce jour.

                                                                           

    Renforcement des capacités

    Pour sa mission de renforcement des capacités, le Cnesten a mis en place le Centre d'études nucléaires de la Maâmora, le premier du genre au Maroc. Le Cnesten forme annuellement 200 cadres africains et déploie une trentaine d’expertises techniques au profit d’institutions du continent. Des formations à distance sont également assurées par les équipes du centre.

    «Le réacteur est le seul retenu par l’Agence internationale de l’énergie atomique pour la formation en ligne en Afrique, à l’instar des réacteurs de la France en Europe, la Corée du Sud en Asie et l’Argentine en Amérique du Sud. Ceci est le fruit de plus de 30 ans de travail», explique Hamid Marah. 

    De plus, dans le cadre de partenariat avec les universités, une centaine d’étudiants sont accompagnés annuellement par un staff de haut niveau qui assure la formation par la recherche (encadrement de doctorants, étudiants ingénieurs et masters, cours, TP, stages, visites…). Le Cnesten contribue également au développement de masters professionnels en partenariat avec l’université et les écoles d’ingénieurs. Avec l’appui de l’AIEA, deux nouveaux cursus sont en cours de réalisation portant sur la radionucléaire et la physique médicale.

    Plusieurs projets de recherche sont menés dans le cadre de partenariat avec les universités et les instituts de recherche spécialisés ou de partenariat international (AIEA/AFRA, UE…). Le centre produit annuellement environ 70 publications dans des revues scientifiques internationales. Il présente une centaine de communications dans des conférences nationales et internationales.

    Nadia DREF

     

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