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    La ville zéro déchet aux Philippines

    Par L'Economiste | Edition N°:5500 Le 22/04/2019 | Partager
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    Les habitants de San Fernando, Pampanga, participent à la mise en œuvre du programme de gestion des déchets solides de la ville. Les responsables gouvernementaux et les fonctionnaires soulignent l’importance de la participation des riverains au succès du programme (Ph. Mother Earth Foundation Philippines)

    Depuis quelques années, des nouvelles technologies et initiatives tentent de répondre à l’une des pires contributions que l’humanité fait à la planète: les déchets. Mais pour la ville de San Fernando, au nord de Manille aux Philippines, s’attaquer à ce problème dépasse les dernières innovations du marché.
    Entre 2012 et 2018, la ville a augmenté le pourcentage d’ordures détournées des sites d’enfouissement de 12% à 80%, une prouesse dont peu d’autres collectivités locales peuvent se vanter. Plutôt que de finir dans des décharges ou, pire, dans des cours d’eau, la majorité des déchets collectés dans la ville sont soit transformés en compost soit vendus pour être recyclés.
    Mais devenir une ville quasiment zéro-déchets a été un long parcours. «Nous ne luttons pas seulement contre les déchets. Nous combattons aussi les mentalités et la culture», affirme Regina Rodriguez, responsable du bureau de l’Environnement et des Ressources naturelles de la ville.
    En 2018, un rapport de la Banque mondiale a révélé qu’en 2016 près de deux milliards de tonnes de déchets ont été générées dans le monde, un chiffre qui pourrait atteindre les 3,4 milliards de tonnes d’ici 2050, affectant principalement les pays en développement.
    «Dans les pays à faible revenu, plus de 90% des déchets terminent souvent dans des décharges non réglementées ou brûlés en plein air. Ces pratiques ont de graves conséquences sur la santé, la sécurité et l’environnement», pointe le rapport. Les Philippines, l’un des principaux contributeurs à la pollution plastique des océans, ont produit plus de 14 millions de tonnes de déchets en 2016. Seulement 28% ont été recyclés.
    Près de deux décennies après son adoption, la mise en application de la loi sur la gestion économique des déchets solides, qui prévoyait la création d’installations de récupération des matières (MRF, pour ses sigles en anglais) dans tous les villages du pays, reste encore très faible.Les MRF devaient recevoir des déchets pour les trier, les dissocier, les composter et les recycler, et transférer les résidus en résultants dans une installation de stockage de longue durée, d’élimination ou dans une décharge sanitaire.
    Mais certains fonctionnaires soutiennent que la loi n’est pas économiquement viable, notamment pour les municipalités à faible revenu. Froilan Grate, président de l’ONG Mother Earth Foundation (MEF), affirme le contraire. «Ce qu’il faut, c’est du soutien de tous les secteurs», souligne-t-il, insistant sur l’importance de la volonté politique et de l’engagement des responsables locaux.
    En 2012, le gouvernement local de San Fernando a fait appel à la MEF pour mettre en place une stratégie zéro-déchet dans la ville. Ce fut un long et épuisant effort. Les déchets jetés sans cérémonie dans les rues de la ville étaient un spectacle courant, se souvient Regina Rodriguez, ajoutant qu’à l’époque beaucoup pensaient que le problème était impossible à résoudre.
    Six ans plus tard, la ville de San Fernando est présentée comme l’une des villes modèles en matière de gestion des déchets dans le monde. Froilan Grate attribue ce succès à la combinaison de trois facteurs: le soutien des autorités locales, la mise en œuvre stricte des politiques en vigueur et la solide campagne d’éducation menée auprès des foyers.

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    Les quartiers participent également aux initiatives en établissant leurs propres MRF ou en séparant les produits recyclables qui peuvent ensuite être vendus (Ph. Mother Earth Foundation Philippines)

    «Il y a quelques aspects clés», note-t-il, «d’abord, il y a la volonté politique. Tous, du maire aux représentants locaux, doivent vouloir y participer. Il est également essentiel d’impliquer les habitants. Dans d’autres administrations locales, la collecte des ordures est très centralisée. Il faut permettre à tous les citoyens de contribuer à l’effort». Sans oublier le financement nécessaire à la mise en œuvre des programmes, une exigence légale qui est largement négligée dans le reste du pays.
    Si les programmes peuvent sembler coûteux au premier abord, Froilan Grate souligne les économies réalisées sur le long terme pour ceux qui mettent en place les projets. «L’investissement initial de San Fernando était d’environ deux millions de pesos philippins (environ 38.000 dollars). Aujourd’hui, les économies résultant du réacheminement des matières résiduelles des décharges atteignent environ 50 millions de pesos par an», précise-t-il.
    Au fil du temps, ajoute Regina Rodriguez, les quartiers et les écoles locales ont établi leurs propres MRF. La ville compte maintenant plus de 100 installations de traitement des déchets dans ses 35 villages, bien au-delà du minimum requis par la loi (un par village).
    René Lasca, président d’une association locale de propriétaires, estime que la décision du quartier d’avoir son propre MRF contribue aux efforts de la ville concernant la gestion des déchets, tout en leur permettant de commercialiser des matières recyclables et du compost, ainsi que de renforcer la cohésion entre les voisins. Au-delà des actions politiques principales, dont une interdiction totale du plastique et du polystyrène, la ville a également instauré des programmes à court terme pour que l’initiative reste au cœur des préoccupations des citoyens, telles que des nettoyages collectifs.
    «Aucune politique ne peut réussir si les citoyens ne s’y conforment pas», pointe Regina Rodriguez, soulignant que l’un des principaux défis au début était de s’assurer que les résidents trient leurs déchets. Ils y sont parvenus grâce à des campagnes d’information appelant les citoyens à respecter la loi.
    «C’est fatigant, mais on ne peut pas renoncer parce que c’est indispensable. On ne change pas seulement leur routine quotidienne, on change les mentalités, les perceptions et parfois même les traditions», précise-t-elle. Désormais, tous les foyers appliquent des procédures de tri sélectif, répartissant leurs déchets en trois catégories: biodégradables, recyclables et résiduels. Certains ont même leurs propres fosses de compostage.
    En se promenant dans San Fernando, il est difficile d’imaginer que, jadis, des déchets jonchaient ses rues. D’autres collectivités locales à travers le pays ont commencé à suivre son exemple, en collaborant avec des groupes tels que la MEF pour améliorer leur gestion des déchets. «C’est un problème difficile à résoudre», conclut Froilan Grate, «mais le cas de San Fernando montre que des actions peuvent être prises, au niveau local, afin de le résoudre».

    Par Jan Victor R. Mateo

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