Tribune

Le Jihad, servir les intérêts de l’Humanité

Par Mohamed TAKADOUM | Edition N°:5465 Le 04/03/2019 | Partager

Mohamed Takadoum, ancien haut fonctionnaire et diplômé de l’Ecole nationale d’administration (Rabat), cycle normal et supérieur, a été cadre dirigeant de l’Office national des Postes et Télécommunications et de Barid Al-Maghrib. Il y a été notamment chef des divisions de la Planification et Equipement, du Budget. Il a aussi été à l’Inspection de ces entreprises publiques. Il tient un blog d’analyse politique: bouliq.blogspot.com (Ph. TM)

Comment les assassins du Toubkal pouvaient-ils, peuvent-ils se prévaloir d'une religion qu'ils souillent de la sorte?

J’ai été horrifié, je le suis encore par cet assassinat de ces deux jeunes Scandinaves dans la région de Marrakech. Au-delà des condamnations d’usage, il est temps de crier haut et fort que ceux qui commettent des atrocités de la sorte ne sont pas musulmans et ne peuvent se réclamer de cette religion. Ils ne sont ni intégristes musulmans  ni rien du tout, ils ne sont pas musulmans tout simplement, ni ce salafisme djihadiste de Daesh duquel ils se réclament et qui n'est qu'un repaire d'assassins.

L’islam ne permet à aucun individu ou groupe de proclamer le Jihad de leur propre chef (Voir encadré). Et de rappeler, à ce propos, que les Oulémas musulmans ont tenu de tout temps à mettre en avant cette prérogative dans le souci de préserver la cohésion et l’unité.

Est-ce que le Prophète aurait pu accepter qu’au nom de l’Islam, des «fous» se fassent sauter ou tuent des innocents, y compris des musulmans? Que des lieux de culte chrétien et juif soient saccagés par des meutes ignorantes qui se réclament de lui? Que des mosquées soient attaquées par des groupes intégristes?

Ces ignorants et ces paumés ont-ils étudié sa vie et son œuvre? Lui, qui a d’abord essayé de «rendre humain» les arabes de la Péninsule, occupés à faire des «razzias» et qui tuaient leurs petites filles à la naissance (entre autres), considérant la naissance d’une fille comme une honte pour la famille.

Connaître et reconnaître l’Autre

On ne dit jamais  assez que le Prophète Mohammed, avec le Coran, a donné à ces peuples des règles de conduite: une morale, un statut personnel (mariage, successions, prise en charge des enfants et des parents), des responsabilités envers les voisins, les malades et les pauvres. Il les a encouragés à affranchir leurs esclaves, etc.

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Le 28 avril 2011, un attentat tue 17 personnes à Marrakech, sur la plus célèbre des places, Jamaa Al Fna.  Quelques jours plus tard, un rassemblement de plus de 5.000 personnes a eu lieu contre le terrorisme. En cette dernière semaine de février 2019, les parents des deux jeunes filles assassinées à Imlil dans le Toubkal, le 20 décembre 2018, étaient au Maroc pour rencontrer le juge d’instruction. Les présumés assassins, complices et soutiens sont en détention préventive (Ph. L’Economiste)

Pour les châtiments corporels de la Charia qui sont au départ des prescriptions bibliques et de la Thora, il ne faut pas oublier que le Coran et la Sounna ont toujours préconisé la clémence et le pardon; les Sourates et Hadiths dans ce sens sont légion. Il a mis en place l’impôt avec la Zakat (ou aumône réglementé au profit des pauvres). Il a montré la voie en ce qui concerne le traitement des prisonniers en temps de guerre, bien avant la convention de Genève. Ce qui prouve que les extrémistes qui  kidnappent et exécutent des otages n’ont rien compris ou ne veulent rien comprendre au message du Prophète.

La reconnaissance de l’autre et de la main tendue à l’autre est le fondement de notre islam malékite garanti dans notre constitution par Amir Al Mouminine.

Ces terroristes par leurs actions macabres nous font revenir non pas à un Islam du temps du Prophète mais à la période préislamique. Car la démarche pragmatique du Prophète a été abandonnée par ces terroristes se proclamant islamistes aujourd’hui au profit de prescriptions dogmatiques édictées en temps de guerre et qui sont développées par des criminels pour en faire des références à leurs crimes odieux. Pour ces salafistes jihadistes, il ne s'agit pas de faire des «Mourajaates» mais de se conformer à notre vivre ensemble: notre islam malékite qui nous préserve contre les dérives.

Les sourates de référence

«Celui qui a tué un homme qui lui-même n’a pas tué, ou qui n’a pas commis de violence sur la terre, est considéré comme s’il avait tué tous les hommes; et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes» (5:32).
«Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution alors sera l’Enfer, où il demeure éternellement. Allah est en colère contre lui, et le condamne, et lui a préparé un châtiment terrible». (Verset de An-Nissa: 93. «Combattez dans les sentiers de Dieu ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas, car Dieu n’aime pas les transgresseurs» Verset 2:190.
«Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables». (Sourate al-Mumtahanah, 8)

                                                                        

Qu’est-ce au juste que le Jihad?

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Très célèbre photo de Mohammed V qui appelle les Marocains, ayant réussi le «petit jihad» (reconquérir l’Indépendance), à passer au «grand jihad», c’est-à-dire développer le pays (Ph. Archives du Maroc)

Lors des massacres de Paris, le 13 novembre 2015, le Conseil des oulémas du Maroc, seul organisme habilité à édicter des fatwas, souligne «ce qu’est réellement le Jihad en Islam loin du terrorisme, de l’agression, de la terreur et du massacre d’âmes innocentes». Le Conseil précise aussi que le «Jihad légitime» se décline en plusieurs catégories dont les plus notables sont:
- Le Jihad contre soi-même à travers l’éducation, l’épuration de l’âme et la préparation à assumer la responsabilité.
- Le Jihad par la pensée à travers l’affûtage et le façonnement de l’esprit de manière à servir les intérêts de l’humanité.
- Le Jihad par l’écriture, à travers la publication d’ouvrages utiles, la réalisation d’articles illuminant et contrant les fausses accusations à l’encontre de l’Islam et des musulmans.
- Le Jihad par l’argent, à travers la dépense généreuse en faveur du bien et la contribution au développement socioéconomique.
Le Jihad par les armes, quant à lui, n’est un recours qu’en cas d’extrême nécessité lorsque les musulmans  sont attaqués par leurs ennemis et que toutes les voies pacifiques échouent, a précisé le Conseil supérieur des oulémas. Même dans ce cas de figure, poursuit la fatwa du Conseil, la proclamation du jihad relève du ressort exclusif du Grand Imam, à qui l’Islam a donné le droit exclusif de le proclamer, d’y appeler et de l’organiser.

 

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