Economie

Modèle de développement: Le PPS propose un plan Marshall

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5436 Le 22/01/2019 | Partager
«Lancer tous les chantiers à la fois», appelle Benabdallah
Le SG du PPS dit «basta aux partis dopés, imposés ou dictés»
Droits, responsabilités, citoyenneté… en priorité
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Pour Mohamed Nabil Benabdallah, il y a un «climat malsain» qui règne au sein de l’actuelle majorité». «Nous sommes censés travailler au sein d’une alliance qui ne devrait pas être minée… Ce, afin de donner confiance aux citoyens, jeunes, partis politiques, syndicats et ONG», souligne le SG du PPS (Ph. YSA)

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a lui aussi préparé son mémorandum sur le futur modèle de développement du Maroc. «Il sera finalisé et présenté incessamment», annonçait Mohamed Nabil Benabdallah, samedi dernier, à Fès.

Le SG du PPS et ancien ministre de l’Habitat, qui animait une conférence sur le thème «ville et citoyenneté», a révélé quelques pistes pour booster la croissance, répondre aux attentes des Marocains, et endiguer les dérives «dangereuses» des disparités sociales et spatiales.

Devant les invités de l’université citoyenne du campus HEM Fès, le patron du PPS a brossé un sombre tableau sur la déchéance des partis nationalistes, leur dénigrement, et la crise de confiance. Il a également mis en lumière les défis, les objectifs et les moyens de les atteindre.

Selon lui, «il faut entamer tous les chantiers en même temps… afin de restaurer la confiance et assurer le développement». L’Economiste revient sur les principaux points présentés par Benabdallah.

■ Démocratie, gouvernance et citoyenneté
«Notre référentiel est puisé de la Constitution 2011. En plus des fondamentaux de notre Etat, à savoir Dieu, la patrie et le Roi, l’option démocratique est devenue fondamentale», souligne d’emblée le patron du PPS. Pour lui, «maintenant qu’elle est instituée par la Constitution, la démocratie doit l’être en pratique et au quotidien». Enumérant les articles 7, 8, 12… de la loi suprême, Benabdallah a rappelé l’intérêt «théorique» accordé aux citoyens et ONG qui sont reconnus désormais comme étant acteurs de la gouvernance participative. «Les articles 13 et 14 de la Constitution leur accordent ce droit et insistent sur le devoir de concertation entre les pouvoirs publics et les citoyens dans toute décision de gouvernance (référendum et gouvernance locale)… Toutefois, la pratique est autre», déplore-t-il. Car, cette Constitution de nouvelle génération, et dont la conception a bénéficié d’une périodicité favorable (ndlr: mouvement du 20 février), donne aux Marocains le droit de présenter des motions au Parlement, ainsi que des pétitions, et pratiquer leur citoyenneté. Paradoxalement, les déficiences et disparités sociales sont de plus en plus palpables.

■ Une vraie politique de cohésion s’impose
Pour endiguer toute forme d’exclusion dans les zones périphériques et vulnérables, Benabdallah propose une intervention horizontale impliquant tous les départements ministériels. «Ce qui permettrait de rationaliser les moyens de l’Etat». Aussi, il faut distribuer les richesses nationales de manière équitable. En ce sens, «il est anormal que des villes comme Fès, Salé et autres ne bénéficient pas des moyens de l’Etat au même titre que Tanger (9 milliards de DH)», souligne le patron du PPS. Résultats: «Ces villes, espaces de contrastes et de contradictions, sont fragmentées et souffrent d’un manque flagrant en équipements, attractivité et compétitivité économique». Cette fracture urbaine constitue un véritable danger, voire même «une poudrière qui menace la stabilité». Pire encore, «une bonne partie des Marocains se sentent marginalisés et expriment leurs revendications démocratiques beaucoup plus sur les réseaux sociaux que via les institutions». «D’où la nécessité de politiques urbaines intégrées qui favoriseraient une cohésion sociale et un cadre de vie dans la dignité et la durabilité», réclame le camarade en chef.

■ Analyse SWAT de Benabdallah
Dans son analyse SWAT, Benabdallah a noté que «75% du PIB sont créés au niveau des villes qui abritent 65% de la population marocaine (21 millions d’âmes)». Ceci étant, les agglomérations ne représentent que 2% du territoire national, alors qu’elles accaparent 70% des investissements publics. «Faut-il noter que 3 millions de Marocains sont dans une situation de pauvreté aggravée et déclarée, 13% de Marocains vivent dans l’habitat insalubre, et 4,5 millions de tonnes de déchets ménagers sont jetés dans la nature», alerte l’ancien ministre de l’Habitat. Selon lui, «cette situation impacte la vie des gens et aggrave les déficits… malgré les efforts». Ajoutons à ceux-ci un patrimoine historique en péril (Sefrou, Dabdou, Chaouen…), une spéculation foncière sauvage, et une prolifération de l’informel (Ferrachas entre autres). Pour restaurer la confiance, Benabdellah ne s’est pas limité au diagnostic. Il a aussi suggéré des solutions visant à assurer un «début d’accès à la citoyenneté» (le tramway de Casablanca). «Nos villes doivent avoir des vocations et se spécialiser dans des créneaux, à même d’assurer leur émergence. Il faut maîtriser leur développement dans le cadre d’une nouvelle approche urbanistique basée sur la création de centralités», dit-il. Et de poursuivre: «Le rôle des citoyens est primordial. Il faut améliorer leurs capacités d’innovation et de création afin qu’ils puissent porter cette vision et atteindre les objectifs escomptés».  

■ Equité sociale, mixité,multipolarité… les objectifs
Pour aller vite, le PPS appelle à des politiques visant l’équité sociale dans les services de base (santé, éducation, habitat…). Il faut également concevoir des villes intelligentes, de mixité et de diversité, multipolaires et capables d’assurer une véritable intégration dans la société. «Ce qui suppose des moyens énormes, une synergie dans les visions et surtout dans l’action… En d’autres termes, un nouveau contrat social», estime Benabdallah. Pour financer ces chantiers et les réussir, ce dernier propose «la captation des plus-values en matière foncière». «Il faut également écouter les Marocains et respecter leurs choix démocratiques», ajoute-t-il. Bref, Benabdallah appelle à une politique «seine, transparente et respectée… pas des partis dopés, imposés ou dictés». En attendant, il a dénoncé un «climat malsain» qui règne au sein de l’actuelle majorité. «Nous sommes censés travailler au sein d’une alliance qui ne devrait pas être minée… Ce, afin de donner confiance aux citoyens, jeunes, partis politiques, syndicats et ONG», souligne-t-il. Et de conclure: «Les Marocains doivent prendre leur destin en main, se sentir responsables, être au cœur de l’action… pas sous tutelle. Car le dénigrement des partis nationaux décrédibilise l’action politique… et le rôle des institutions intermédiaires s’effrite».

Youness SAAD ALAMI

 

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