Analyse

Lutte contre le racisme et les discriminations: Des pistes pour redresser la situation

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5421 Le 27/12/2018 | Partager
Urgence d’adopter un cadre juridique et politique global
Recueillir des données fiables, basées sur des indicateurs de la diversité raciale et ethnique
L’adoption de la loi organique sur le caractère officiel de l’amazighe, aussi une nécessité

Gestion du dossier migratoire, renforcement des droits des minorités culturelles… l’interaction avec les mécanismes de l’ONU relatifs aux droits de l’homme couvre une série d’aspects. La dernière mission menée par la rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie, a conforté la position du Maroc. Le dispositif juridique mis en place a été «salué» par la responsable onusienne.

Pour les lacunes qui persistent, une série de mesures sont proposées pour permettre au Maroc de redresser la situation. Surtout que «de sérieux problèmes persistent et d’importants efforts restent à faire pour garantir l’égalité raciale et le droit de toutes les personnes de ne pas subir de discrimination raciale», selon Tendayi Achiume.

Les pouvoirs publics sont appelés à «adopter un cadre juridique et politique global de lutte contre la discrimination, mettent pleinement en œuvre les disposition de la CERD». Ce dispositif devra prévoir une définition conforme de la discrimination raciale, prohibée, conformément aux obligations du Maroc vis-à-vis du droit international.

La responsable onusienne a aussi insisté sur la nécessité de «recueillir des données fiables et désagrégées basées sur des indicateurs reflétant la diversité raciale, culturelle et ethnique de la population marocaine». L’adoption de la loi organique sur le caractère officiel de l’amazighe, actuellement au Parlement, est une urgence. En attendant, il est important de «prendre des mesures provisoires pour prévenir et atténuer toutes les formes de discrimination linguistique et culturelle».

Pour ce qui est de la politique migratoire, Achiume a appelé les autorités à «renforcer les mesures visant à éliminer les obstacles administratifs et structurels à l’intégration des réfugiés et migrants». L’une des pistes proposées mise sur la sensibilisation et la prévention. L’idée est de s’assurer que les agents des services publics s’abstiennent de tout acte de racisme, de discrimination raciale et d’intolérance.

Autre point sur lequel le Maroc a été interpellé: la nécessité «d’éliminer toutes les pratiques de profilage racial et autres pratiques discriminatoires comme les déplacements forcés, les arrestations, les détentions arbitraires et le recours à la force contre les Africains subsahariens».

En face, l’Union européenne et ses Etats membres sont aussi appelés à prendre leurs responsabilités. Ils sont appelés à «cesser de faire pression sur les gouvernements africains pour qu’ils restreignent la liberté de circulation et qu’ils fassent respecter les priorités inhumaines de sécurisation des frontières européennes».

Le CNDH, de son côté, est appelé à «augmenter les ressources et renforcer les possibilités de formation, au niveau de ses bureaux régionaux, en matière d’obligations internationales de lutte contre le racisme et la discrimination raciale, en accordant une attention particulière aux variations locales des manifestations de ces problèmes».

Comment les Marocains perçoivent la présence des subsahariens

  • 39% des hommes interrogés sont favorables à ce que le Maroc soit un pays d’accueil pour les subsahariens
  • 36% des femmes sont du même avis, alors que 40% d’entre elles ont répondu négativement
  • 18% des hommes interrogés acceptent la transformation du Maroc en pays d’accueil, mais sous certaines conditions
  • 44% des personnes interrogées, sans aucun diplôme, sont favorables à l’accueil des migrants subsahariens
  • 36% des sondés, titulaires d’un diplôme supérieur sont favorables à la transformation du Maroc en pays d’accueil des migrants, alors que 34% de la même catégorie s’y opposent

(Source: Enquête Sunergia-L’Economiste, publiée en mars 2018)

Enfants de migrants scolarisés dans le système formel

  • 2013/2014: 3.426 (filles) / 3.696 (garçons)
  • 2014/2015: 3.561 (filles) / 3.857 (garçons)
  • 2015/2016: 3.326 (filles) / 3.579 (garçons)

(Source: Ministère chargé des MRE)

                                                                                   

Assistance humanitaire

La garantie de l’assistance humanitaire urgente à certaines catégories figure parmi les principales recommandations de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de xénophobie et d’intolérance.

Cela concerne notamment «toutes les personnes victimes de violations des droits de l’homme, dans le contexte de la migration, sans distinction de race, d’origine ethnique ou d’ascendance, en particulier pour les personnes exposées au risque de discrimination fondée sur le sexe, le genre ou le handicap».

La rapporteuse spéciale a mis particulièrement l’accent sur la situation des migrants subsahariens installés dans la forêt de Tanger, particulièrement «les femmes et les enfants, qui sont quotidiennement victimes de violences sexuelles ou autres, commises notamment par les réseaux de trafiquants».

M.A.M.

 

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