Culture

Arts plastiques: La force fragile de Safae Erruas

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5410 Le 12/12/2018 | Partager
Exposition de l’artiste à L’Atelier 21
Une monographie pour ses 20 ans de carrière
Une œuvre toujours aussi emblématique
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Sabîl. Papier découpé, lames de verre cassé, épingles et images miniatures des yeux sur papier coton-130x130cm-2018 (Ph. L’Atelier 21)

Il y a d’abord des étendues blanches faites de papier, de coton et de bandes de gaze. Il y a aussi d’autres matières, plus inquiétantes: aiguilles, lames de rasoir, éclats de verre tranchants… qui sèment un trouble indicible dans ces espaces monochromes.

Assemblages  minutieux  ou  suspensions fragiles, les œuvres de Safae Erruas sont un curieux mélange de sensibilité, de fragilité et de force.  L’ensemble, parcouru de lacérations, de fissures, dégage une violence presque paisible, d’une percutante poésie et d’une irrépressible  beauté.

Mises en scène dans le même univers immaculé, propre à l’artiste, les œuvres récentes de Safae Erruas, réunies  pour l’exposition «Le temps parcouru», jusqu’au 12 janvier, à la galerie d’art L’Atelier 21 à Casablanca, offrent une opportunité pour saisir l’essentiel de ce qui a pu marquer sa pratique artistique au cours de ces vingt dernières années.

Une série d’œuvres de différents formats, où se répètent inlassablement les mêmes éléments tout en leur ouvrant à chaque fois de nouvelles possibilités visuelles et de sens. Les œuvres ont en commun un dénominateur qui s’apparente au calme imposant des fonds marins.

«C’est sur le même silence que s’expriment toutes les œuvres de l’exposition. Ce silence qui me parle, et dans lequel je me sens en vie», déclare l’artiste. Sans délaisser aiguilles, rasoir et fils de fer, l’artiste a en effet choisi, dans cette série, de privilégier le verre qui vient se mêler en une multitude de lames fines et coupantes, à des dizaines de paires d’yeux détourées, fixées par des épingles.

Une sensation bien étrange saisit le spectateur à la vue de ces œuvres  pénétrantes et saisissantes, provoquant le sentiment d’être scruté, examiné, observé par l’œuvre-créature.  «La présence du corps humain est  souvent insinuée à travers des images telles que yeux, peau ou cheveux, mais aussi à travers des éléments connotés comme des seringues, des tissus ou des bandages médicaux  strictement liés au corps dans ses différents états», prévient Safae Erruas.

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Nuevas Tierras-Papier découpé, aiguilles et image imprimée sur papier coton-65x84cm-2018 (Ph. L’Atelier 21)

Il s’agit pour l’artiste d’un corps tantôt purement féminin tantôt asexué, «un corps qui est le geste même de la réalisation de l’œuvre et sa trace visible  qui apparaît  parfois de façon métaphorique sous forme de larges fentes ou de compositions triangulaires, en soulignant que tout ce qui se trouve dans mon œuvre est tracé à travers le prisme de mon existence de femme dans la société et dans le monde en général».

Entre la fragilité des matériaux et la puissance qui se dégage de ses œuvres, Erruas fait preuve d’une grande maturité, à l’aube de ses 20 années de carrière, pendant lesquelles, entre intuition et recherche formelle comme source de création, l’artiste n’a eu de cesse d’interroger les histoires individuelles et collectives. Une carrière couronnée par  une monographie éditée à cette occasion.

Safaa Erruas est l’une des artistes contemporaines marocaines les plus exposées à l’étranger. Son travail a été montré dans plusieurs pays dont la France, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Australie, Cuba, la Chine, l’Inde... Où que ce soit le pays où elles sont exposées, les œuvres de la lauréate de l’Institut national des beaux-arts de Tétouan (1998) interpellent par l’originalité de leur langage.

Amine BOUSHABA

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