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    Analyse

    Tourisme/Plan Azur: 15 milliards de DH perdus en 15 ans!

    Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5351 Le 17/09/2018 | Partager
    Diagnostic des défaillances des 5 stations
    Les réalisations très éloignées de l’esprit de «station intégrée»
    Les multiples raisons d’un échec cuisant
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    La station de Saïdia est l’un des plus gros fiascos du plan Azur, pourtant elle concentre la plus grande capacité hôtelière. Pour remédier à cette situation, les experts du Comex recommandent de stopper le développement de nouveaux lits, en relayant par des investissements de repositionnement. Il faut aussi maîtriser la médina et l’immobilier et créer des conditions d’une vie sédentaire permanente

    C’est un verdict sans appel. Le bilan global de la composante balnéaire du plan «Azur» de la Vision 2010 puis de la Vision 2020 est un flop. Sur les 128.500 lits prévus dans 5 stations balnéaires (Saïdia, Lixus, Mazagan, Mogador et Taghazout), à peine quelques milliers sont réalisés.

    En clair, l’on parle là d’une capacité cumulée qui dépasse à peine 11.000 lits (dans 17 hôtels). Le rapport du Comex vient confirmer ce constat chiffres à l’appui. Quinze ans et 15 milliards d’investissement plus tard, le plan Azur ne peut être considéré comme une réussite.

    Le Maroc n’a toujours pas une offre balnéaire «rénovée, significative et de qualité», déduisent les experts. Selon eux, la réussite relative de Mazagan n’efface pas l’échec de Saïdia. «Ni Mogador, ni Taghazout ne peuvent encore atténuer ce constat», est-il précisé dans ce rapport.

    A ce jour, les réalisations sont encore très éloignées de l’esprit de «station intégrée» de dernière génération. Parmi les griefs énumérés figure le manque d’activités d’animation (ludique, sportive, commerciale ou culturelle). S’y ajoutent l’absence de gestion intégrée des services municipaux et l’organisation d’une copropriété performante. De même, ces projets sont envisagés dans une logique de promotion immobilière à moyen terme, sans immobilisation capitalistique à très long terme dans l’hôtellerie et sans implication dans la gestion des stations.

    A l’origine de ces loupés, les mauvais choix en termes de localisation (trop éloignée, sites isolés), aménageurs inadéquats, modèle de station inadapté au Maroc… Les délais de réalisation sont trop longs et les fonds nécessaires trop élevés pour des profils de promoteurs immobiliers «pressés ou vite essoufflés».

    Dans d’autres cas, le tour de table est inadapté à la prise de risque ou à la gouvernance en période de crise. Autres points faibles: la dispersion (trop de stations en même temps), manque de moyens financiers, frilosité des banques, mauvaise appréciation de la crise… Au niveau des pouvoirs publics, le constat est sans appel: rigidité et lenteurs administratives, non-respect des engagements (aérien, subventions, promotion). La crise a fini par achever trois projets au moins: Lixus, Mogador et Taghazout. Saïdia et Mazagan, lancées plus tôt, n’ont pu ouvrir leurs portes qu’en 2009.

    Mais, le «lancement raté de Saïdia, quelques mois après le déclenchement de la crise mondiale, a semé un grand trouble et jeté le discrédit sur l’ensemble du plan Azur. Celui-ci a été lancé, en outre, en pleine crise du Golfe (2003) avec une base d’investisseurs réduite, mais avec de grands noms comme Krezner, Colony, Accor ou Fadesa.

    A l’horizon 2030, les experts du Comex recommandent le lancement d’une station de grande capacité dans le sud, sur le modèle village de vacances, all inclusive, TO et charter avec une durée minimale de séjour de 6 jours. Une fois Taghazout et Mogador stabilisées, à proximité d’Agadir, il serait judicieux de poursuivre le développement balnéaire avec des stations de plus petites capacités, porteuses d’un ADN plus marqué.

    L’objectif est d’atteindre 100.000 lits de capacités, répartis sur Azur (40.000), Agadir (30.000) et Azur extension (30.000). Le potentiel de nuitées (taux d’occupation de 70%) sera équivalent à 4 millions d’arrivées (durée minimale de séjour de 5 à 6 jours) et 400 avions hebdomadaires.

    Pour rectifier, les experts préconisent de concevoir de bons produits correspondant aux attentes et d’investir massivement dans la promotion pour détourner cette demande de la concurrence. Il va falloir aussi arroser les stations via une offre aérienne adéquate.

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    La station de Saïdia est un «drame national», selon les experts du Comex, ratée dans sa conception et son lancement, reprise par la CDG avec abnégation, mais sans perspective de solutions rapides et faciles (Ph. L’Economiste)

    Voici quelques recommandations du Comex pour achever les phases I et II du plan Azur.

    ■ Plan Azur I

    • Taghazout, une victoire à portée de main
    «Le projet est en bonne voie avec près de 2.750 lits à l’horizon 2020 et un potentiel de 4.250 en 2022», estiment les experts dans leur rapport. Avec un potentiel de nuitées (à un taux d’occupation de 70%) estimé à près de 900.000 et des arrivées de l’ordre de 155.000 environ. L’enjeu est de réussir ce lancement car un nouvel échec serait «fatal à toute l’ambition balnéaire nationale». Il faudra aussi préparer minutieusement le lancement en amont (identifier la demande, négocier avec les TO, planifier l’aérien, allouer un budget à la promotion…). Sans oublier de garder la main sur le résidentiel (gestion des syndics et organisation du locatif) et les services municipaux de la station.

    • Saïdia: Le combat n’est pas perdu d’avance
    Le projet est en cours de redressement avec 7 unités et 6.000 lits hôteliers à l’horizon 2018, outre 9.000 lits résidentiels (taille critique atteinte). Le potentiel de nuitées sur 6 mois (à un taux d’occupation de 70%) est de 660.000, soit 110.000 arrivées (avec durée minimale de séjour de 6 jours). Enjeu: plus de 5 milliards de DH à rentabiliser en allongeant la saison (6 à 9 mois) et en développant le cœur de vie pour augmenter la DMS (6 jours) et les prix moyens. Il faudra aussi stopper le développement de nouveaux lits et relayer par des investissements de repositionnement, maîtriser la médina et l’immobilier et créer des conditions d’une vie sédentaire permanente. Autrement dit: il faut mettre en avant la plage, la médina et l’arrière-pays.

    ■ Plan Azur II

    • Essaouira-Mogador: redonner du souffle
    Le projet, stoppé en 2011, représente une destination attractive en hausse tendancielle avec 3.500 lits existants commercialisables, 2.500 additionnels sur la phase I. Le potentiel de nuitées peut aller jusqu’à 1,3 million, soit l’équivalent de 390.000 arrivées avec une DMS  de 3 à 4 jours et près de 40 avions hebdomadaires. L’enjeu aujourd’hui est de parachever la phase I de cette station et réaliser en priorité le cœur de vie (village). Parmi les recommandations du Comex figurent la promotion de l’aérien, la participation financière de l’Etat, le soutien des activités d’animation…

    Que des flops!

    • Voilà en résumé le bilan qualitatif du plan Azur selon les experts du Comex:
    • Saïdia: drame national, ratée dans sa conception et son lancement, reprise par la CDG avec abnégation, mais sans perspective de solutions rapides et faciles.
    • Lixus: partiellement aménagée et opérationnelle (un hôtel, un golf), mais officiellement stoppée, avec un gros doute sur sa viabilité à long terme.
    • Mazagan: phase 1 livrée conforme et dans les délais, mais sans passion ni enthousiasme.
    • Mogador: bien aménagée, opérationnelle (un hôtel, 2 golfs, un quartier résidentiel), mais interrompue en plein décollage et bloquée depuis 5 ans.
    • Taghazout: La station opérationnelle au bout de 20 ans, grâce à la CDG, mais au prix d’une réduction très significative des capacités, très éloignées de l’objectif initial (6 millions de nuitées).

     

     

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