Société

Archéologie: La grotte des pigeons livre de nouveaux trésors

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5344 Le 05/09/2018 | Partager
Les chercheurs découvrent une chambre d’ossements et d’outils
15.000 pièces des plus anciennes au monde
Des objets uniques qui retracent l’histoire humaine
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C’est dans la région de Tafouralt (Rif oriental) que se trouve la grotte des pigeons. Une région touristique par excellence, connue aussi pour sa culture de nèfles. Non loin de là, une seconde grotte tout aussi célèbre, celle du chameau

La grotte des pigeons, à Tafouralt, regorge encore de trésors archéologiques. Les derniers en date se rapportent à la découverte des plus anciennes traces d’ADN d’un homo sapiens en Afrique, et d’une nouvelle chambre d’ossements humains. Ce n’est pas l’unique découverte.

La grotte cumule les superlatifs: la plus ancienne opération chirurgicale au monde a été réalisée sur ce site (12.000 ans), les plus vieux objets de parure au monde (coquillages perforés datant de 100.000 ans), les premières traces de sédentarisation des humains (plus de 170.000 ans).

Quatre découvertes majeures en quinze ans, qui font de la grotte un passage obligé pour comprendre l’histoire humaine. La découverte des plus anciennes traces d’ADN en Afrique (15.000 ans) a bouleversé les précédentes évidences, et a spécifié de manière précise les maladies des groupes paléolithiques. Comme elle a permis de caractériser génétiquement les ossements humains et confirmer les liens anciens du Maroc avec l’Afrique subsaharienne, l’Afrique de l’Ouest et le Proche-Orient.

De facto, la région n’est pas un carrefour mais un centre de diffusion de l’ensemble des éléments découverts. Un indice concluant qui s’ajoute à celui rapporté par la découverte des plus anciennes parures au monde (en 2007), et de plus de 15.000 outils depuis 2003. Nouvelles données qui ont poussé les chercheurs à réviser leurs thèses sur l’origine de l’homme moderne.

Le décalage entre les parures découvertes sur place et celles mises en évidence en Europe est de 40.000 ans. Même échelle de différence avec les découvertes en Afrique du Sud (datant de 75.000 ans), Algérie (datant de 35.000 ans) et au Proche-Orient (datant de 100.000 ans). En somme, une partie de l’histoire humaine a été rédigée dans cette région et la grotte est devenue, grâce aux multiples découvertes, un patrimoine universel à sauver et à protéger.

«Il n’y a aucun site au monde avec la richesse archéologique de Tafouralt», s’enorgueillissent plusieurs universitaires de la faculté des sciences d’Oujda. Ils avancent comme argument les analyses réalisées par l’Académie des sciences de Washington, qui a reconnu la singularité du site et a validé la découverte des objets de parure via quatre techniques de datation différentes.

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La grotte des pigeons regorge de trésors archéologiques: squelette humain (plus de 12.000 ans), outils en pierre de la culture dite Ibéromaurusienne (15.000 ans), et pièces de chasse découvertes à Tafouralt, datées de plus de 100.000 ans (Source: INSAP)

Au cours du printemps de cette année 2018, d’autres coquilles de parure ont été découvertes, et elles sont plus anciennes que celles relevées en 2007. Ces avancées archéologiques placent le Maroc en tête des pays regorgeant de parures remontant à des temps immémoriaux. De plus, ces objets symboliques sont extrêmement liés à l’ADN et font de Tafouralt une centralité de groupements sédentaires.

«Nous sommes à notre quatrième tentative pour extraire de l’ADN», précise Abdelmajid Bouzouggar. Et d’ajouter, «ces avancées ont été réalisées via des scanners tomographiques pour l’extraction d’ADN, développés par l’institut allemand Max-Planck à Jena». Une technique qui a facilité l’obtention des données mitochondriales de sept individus, et l’analyse du génome de cinq autres individus fossiles.

Dans le sillage, les chercheurs ont découvert une nouvelle chambre d’ossements et d’outils. Ils sont en phase d’analyse au niveau de leurs laboratoires pour préparer les fouilles du printemps 2019. En dépit de cette avalanche de découvertes, la grotte n’a pas délivré tous ses secrets.

Les recherches, réalisées jusqu’à maintenant, n’ont exploité que quatre mètres sur une profondeur visible de dix mètres. Idem pour le fond de la grotte, qui n’a jamais été exploré par les chercheurs de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) relevant du ministère de la Culture, et les scientifiques britanniques de l’Université d’Oxford (Angleterre).

                                                                                    

«Fouiller peu pour en savoir plus»

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Les fouilles, qui ne durent que 4 semaines par an, sont réalisées au début du printemps, pour des raisons climatiques (Ph. A.K)

Plusieurs archéologues collaborent pour faire de Tafouralt un haut-lieu de recherche scientifique. Ils font partie des équipes de recherche de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) et de l’Université Mohammed Ier d’Oujda.

Pour donner une notoriété internationale à leurs travaux, ils collaborent étroitement avec leurs homologues de l’Université d’Oxford, le musée national d’histoire naturelle de Londres, l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive à Leipzig et l’Université de Marseille.

D’autres universités internationales ont exprimé le vœu de rejoindre les équipes pilotées par Abdelmajid Bouzouggar, cheville ouvrière des découvertes sur ce site. Cet enseignant-chercheur est professeur habileté à l’Institut national des sciences d’archéologie et du patrimoine, et directeur du laboratoire des sources alternatives de l’histoire du Maroc.

Le site est ouvert une fois par an (4 semaines) aux recherches in-site, avec comme mot d’ordre: «fouiller peu pour en comprendre beaucoup». Les autres 11 mois de l’année sont réservés aux analyses dans différents laboratoires, et à la préparation des outils de fouille pour les missions suivantes.

 

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