Société

Sciences de l’univers: Le mystère des neutrinos levé

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5322 Le 25/07/2018 | Partager
Un blazar, baptisé TXS 0506+056, situé à plus de 4 milliards d’années-lumière
1er accélérateur connu des neutrinos et des rayons cosmiques les plus énergétiques
Une découverte partagée par des scientifiques marocains
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IceCube est un observatoire de neutrinos, le plus grand détecteur au monde, situé sous le pôle Sud. Après une alerte lancée en septembre 2017, l’observation conjointe par de nombreux télescopes, au sol et dans l’espace, a permis de situer la source: un blazar, baptisé TXS 0506+056, situé à plus de 4 milliards d’années-lumière (Source: Martin Wolf, IceCube/NSF)
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Le blazar TXS 0506+056, qui émet à la fois des neutrinos et des rayons gamma, a été détecté par l’Observatoire des glaces neutres de IceCube ainsi que par d’autres télescopes sur Terre et dans l’espace (Source: IceCube/NASA)

Leurs sources sont restées un mystère jusqu’à maintenant. Pour la première fois, un blazar, baptisé TXS 0506+056, situé à plus de 4 milliards d’années-lumière, a été identifié par l’Observatoire IceCube, situé sous le pôle Sud, comme le premier accélérateur connu des neutrinos et des rayons cosmiques les plus énergétiques. Une énergie plusieurs millions de fois supérieure à celle produite par le LHC (le Grand collisionneur de hadrons) au CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Le LHC étant le plus grand et le plus puissant accélérateur de particules du monde. C’est alors l’observation conjointe par de nombreux télescopes, au sol et dans l’espace, d’un rayonnement gamma et la détection de neutrinos au même moment et dans la même direction, qui renforce l’hypothèse que les blazars sont bel et bien des fabriques de neutrinos de haute énergie. «A travers cette découverte, on sait maintenant que les galaxies «à noyau actif», comportant un trou noir super massif, contribuent très probablement à la production de ces rayonnements cosmiques», explique Mohamed Chabab, le directeur du Laboratoire de physique des hautes énergies et astrophysique (LPHEA) de Cadi Ayyad à Marrakech. Son équipe collabore avec celles des universités Mohammed V de Rabat et Mohammed Ier d’Oujda, et du Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires. Tous sont membres actifs de la collaboration internationale Antares, un télescope à neutrinos plongé dans les abysses de la mer Méditerranée. Le successeur d’Antares, KM3NeT, est un consortium regroupant 14 pays, dont le Maroc est l’un des 2 représentants de l’Afrique et le seul du monde arabe. Il s’agit d’une grande infrastructure pluridisciplinaire constituée d’un réseau de télescopes sous-marins, qui a pour objectifs scientifiques la découverte et l’observation des neutrinos et des rayons cosmiques de très hautes énergies dans l’univers, et l’étude de l’oscillation des neutrinos. 
Avec l’annonce officielle de la découverte faite en juillet dernier par la National Science Foundation, les données collectées, analysées, et les résultats de ces recherches ont été présentés dans un article soumis au Astrophysical Journal. Les chercheurs des 3 universités marocaines étant co-auteurs de cette publication.

Marrakech, épicentre de découvertes

Les chercheurs du LPHEA de la Faculté des sciences Semlalia enchaînent les activités d’observation astronomique à l’Observatoire universitaire Oukaimeden, situé dans les montagnes de l’Atlas. Les télescopes MOSS et Trappist-Nord ont de nombreuses découvertes de petits corps du système solaire à leur actif. La plus récente est l’observation d’un astéroïde binaire rare 2017-YE5, le 4e binaire de masse égale dans la population des astéroïdes proches de la Terre connus à ce jour. Trappist-Nord a lui contribué en 2017 à la découverte de Trappist-1, un système d’exoplanètes situées à 40 années-lumière de notre système solaire, et qui pourraient abriter la vie. «Les sciences de l’espace au Maroc ont connu un développement exceptionnel ces dernières années. En effet, le pays s’est vu propulsé sur le devant de la scène scientifique internationale grâce aux efforts déployés par les chercheurs», confirme Chabab.

 

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