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    Tribune

    Entreprises et entrepreneurs citoyens, rassemblons-nous!!

    Par Amandine LEPOUTRE | Edition N°:5302 Le 27/06/2018 | Partager

    Amandine LEPOUTRE est présidente de Thinkers & Doers (Ph. CGJ)

    Entreprises citoyennes, capitalisme conscient, entrepreneurs sociaux, entreprises d’utilité publique, label B Corp, entreprises à mission, entreprises engagées…: la liste des nouvelles appellations est longue pour désigner le mouvement international qui rassemble tous ceux qui font du business différemment.

    Si le phénomène est désormais massif, il semble urgent aujourd’hui de faire le tri entre les modèles à suivre. Comment mesurer le succès ou l’échec des transformations engagées? Comment différencier au sein de ces acteurs économiques d’un genre nouveau, les prétendants – ceux qui ont l’intention de changer – et les contributeurs – ceux qui explorent, engagent et agissent pour transformer leur organisation et leurs relations à leurs écosystèmes. 

    Comment repérer les exemples à suivre pour que ce mouvement grandissant des entreprises citoyennes – celles qui s’engagent pour maximiser également leur impact positif et non plus leurs seuls profits – puisse être plus vaste, plus vertueux? Les questions sont nombreuses et concernent surtout la mise à l’échelle, l’accélération, l’impact.

    Au cours de ces deux journées à Essaouira, les «États généraux des entreprises et des entrepreneurs citoyens» constitueront un cadre de réflexion et d’action pour préparer des éléments de réponse, pour faire grandir ce mouvement des entreprises qui ont fait le choix de grandir et d’agir autrement.

    Dirigeants, chercheurs, prospectivistes, entrepreneurs, artistes, acteurs engagés dans la voie d’un capitalisme plus responsable, nous nous réunissons pour travailler. Ensemble, nous allons écrire la Déclaration d’Essaouira, un rapport de solutions voué à inspirer et proposer des méthodes pour agir. Il sera présenté aux sommets du G20 et de l’Union africaine.

    Avant cette escale à Essaouira, les conférences de Thinkers & Doers, les «Follow the Leaders» ont eu lieu à Paris, à Dubaï, à Tunis, à Londres, au Bahreïn, etc. Plusieurs règles semblent guider ces leaders engagés dans des projets qui allient profit et engagement social, environnemental.
    Quelques principes se dégagent déjà des discussions que nous avons pour préparer ce rapport et les interventions des participants.

    Ces derniers se rejoignent ainsi sur le fait que les dirigeants qui réussissent le mieux à engager leurs entreprises dans cette démarche sont ceux qui sont convaincus que donner du sens, trouver une vocation sociale ou environnementale… est la seule manière de faire du profit durablement. Loin des démarches RSE ou philanthropiques, mettre ses engagements sociétaux au cœur de son business model est la seule manière de faire de la croissance.

    Jacques Attali, lors d’une de nos conférences a appelé cela «l’égoïsme altruiste». Si on lit ce propos positivement, il faut comprendre que l’entreprise citoyenne doit désormais renverser le système de pensée classique. Et c’est une bonne nouvelle car il énonce un principe nouveau: désormais, la convergence des intérêts individuels n’est plus le premier levier de croissance durable.

    C’est la convergence des intérêts collectifs, la prospérité de son écosystème qui permettra la croissance «individuelle». Cette pensée se développe partout dans le monde. C’est par exemple la démarche de Whole Foods, l’entreprise de John Mackey, qui a développé le Community Giving Days, jours pendant lesquels 5% des profits des ventes sont distribués pour financer des projets entrepreneuriaux et sociaux locaux.

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     Cérémonie de remise des prix des lauréates du trophée de la «femme manager» en décembre 2017. De gauche à droite, Ghalia Sebti, Zakiya Sekkat et Imane Belrhiti entourées des membres du jury dont Hassan Ouriagli, PDG d’Al Mada, Gérard Mestrallet, ancien président d’Engie, Miriem Bensalah-Chaqroun, ex-présidente de la CGEM, Nadia Salah, administrateur directrice des rédactions du groupe Eco-Médias, Valérie Bernis, vice-présidente de la Fondation Engie, et Lionel Zinsou, ancien Premier ministre béninois et président du think tank Terra Nova (Ph. L’Economiste)

    En Afrique, l’entreprise marocaine, l’OCP, se place aux avant-postes de ce mouvement et fait de ce principe la clé de son développement, en améliorant de nombreux programmes dans lesquels les écosystèmes (partenaires, fournisseurs, populations locales) sont les bénéficiaires prioritaires.

    Nous notons également un autre principe fort, sur lequel tous les intervenants s’accordent. L’urgence à agir. Et le courage nécessaire pour impulser un changement à grande échelle. Dans cette veine, nos chercheurs, les modérateurs de nos ateliers de travail, Lex Paulson, Maurin Soriano, Tatiana de Feraudy, Benoit Fressier, Rachel Eilbott, expliquent ainsi ce besoin de collaborer entre les acteurs économiques et politiques.

    Le coût des destructions environnementales, dont le réchauffement climatique, se répercute de plus en plus sur les acteurs économiques. Les désordres causés par le développement des inégalités sociales ont un impact grandissant sur le fonctionnement des entreprises et les obligent à repenser leurs modèles.

    L’éducation des générations futures conditionne la croissance du business. Claude Grunitzky, entrepreneur américano-togolais, explique ainsi: «Avec True Africa, ma structure dédiée à l’innovation numérique pour accompagner les entrepreneurs africains, je dois d’abord insuffler aux jeunes générations une manière d’entreprendre, un esprit. Le succès des entrepreneurs passera par leur capacité à former les futures générations. C’est ce qu’on doit faire désormais. A grande échelle. Et avec force en Afrique où le potentiel est très fort».

                                                                        

    Créer du sens, un besoin universel

    Le sujet qui revient le plus fréquemment est le besoin universel de créer du sens, des nouvelles relations entre les acteurs qui agissent sur la société et pensent autrement le développement économique.

    Grâce aux conseils et à la bienveillance de Monsieur André Azoulay, conseiller de SM le Roi Mohammed VI et président-fondateur de l’association Essaouira-Mogador, nous nous réunissons à Dar Souiri, au cœur de la médina d’Essaouira, cité magique où le temps arrête sa course folle pour retrouver ce que le monde d’aujourd’hui écarte trop souvent: la magie blanche des instants suspendus, de la parole entendue, des idées qui arrivent et vivent avec les voyageurs.

    Nous retrouvons dans ce lieu symbolique du dialogue entre les cultures, entre hommes et femmes de «commerce international», raison d’être de cette ville, pour prendre le temps de parler et réfléchir à ce besoin de donner un sens différent à la performance économique, à la manière de faire du profit.

    Car cette transformation qui touche l’ensemble de la société ne peut pas être le travail d’un seul type d’acteur, les commerçants ou les entrepreneurs. C’est bien le rassemblement des idées, la coopération, l’engagement collectif qui permettront d’accélérer l’impact des entreprises citoyennes et le changement en faveur d’un engagement économique autant que social.

    Notre sujet aujourd’hui est bien celui de rassembler. De nous mettre en réseau. Une mise en commun d’idées pour une mise à l’échelle, une mise en mouvement plus forte des entreprises citoyennes. Depuis Essaouira. Depuis le Maroc. Vers le monde.

     

     

     

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