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    Analyse

    Médina de Fès: La restauration continue à coups de milliards

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5293 Le 13/06/2018 | Partager
    Entre 2013 et bientôt 2023, près de 1,2 milliard de DH, sans compter les budgets précédents
    Embellissement du cadre bâti et redynamisation de l’activité économique en priorité
    Tout est fait dans le but de faire de ce tissu, un centre de vie, d’affaires et de tourisme

    Quel avenir pour le tissu urbain ancien des villes impériales? Depuis quelques semaines, cette question est récurrente. Particulièrement, à Fès, dont le programme complémentaire pour la valorisation de la médina vient d’être lancé. Un programme qui devrait résorber les outrages du temps qui ont infligé des blessures indélébiles à la médina, outre les bouleversements socio-économiques qui ont créé des désordres conceptuels.

    En plus d’un décalage entre un modèle urbain qui paraît obsolète et un autre plus contemporain en phase avec les nouveaux moyens de communication et de production de l’espace. L’Economiste revient sur les principaux projets qui permettraient une refondation de la capitale millénaire et une renaissance de son activité culturelle et économique.

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    Le programme complémentaire de restauration et de valorisation de la médina de Fès mobilisera près de 583 millions de DH (2018-2023). Ce projet concerne 113 sites historiques d’activités économiques (Foundouks, ateliers, souks) et 10 mosquées et écoles coraniques, et la valorisation de 11 sites historiques (horloge à eau, musée de la culture juive), la restauration de Dar Al Makina, outre l’aménagement de 8 parkings, la rénovation du système de signalisation et la mise en place d’un système d’information électronique pour le renforcement de l’offre touristique

    ■ Stopper les effondrements et enclencher l’embellissement
    Dans son histoire récente, la médina a servi de réceptacle à l’exode rural en recevant jusqu’à 200.000 habitants dans les années 1970 ce qui a beaucoup contribué à sa dégradation et au pillage de son patrimoine. Au début des années 2000, elle a été contaminée par la folie des «riads», voyant affluer étrangers et nationaux qui achetaient des maisons pour usage personnel ou pour la création de maisons d’hôtes dont près de 200 unités ont été recensées. La crise mondiale de 2008 a freiné cet engouement qui a causé beaucoup de dégâts. Cela n’a pas empêché la cité de continuer à se dégrader malgré les efforts des pouvoirs publics. Pour remédier à ces maux, différents programmes de rénovation ont été menés. Ceux-ci ont permis de stopper les effondrements mortels. Puis, est venue la phase d’embellissement et de sauvegarde du patrimoine. Bénéficiant d’une impulsion royale, le projet de refondation de la médina de Fès (2013-2017) a nécessité plus de 600 millions de DH. Il a porté sur la restauration de 27 monuments historiques, notamment des médersas, des foundouks, des ponts, des souks, des tanneries, et des bordjs. Ils ont bénéficié à plus de 1.600 personnes (artisans, commerçants, et étudiants) et permis le traitement de plus de 2.200 édifices menaçant ruine dans l’ancienne médina de Fès.
     
    ■ Un programme complémentaire de valorisation des monuments

    Le 14 mai dernier, le Roi présidait la cérémonie de présentation des programmes de valorisation des anciennes médinas de Casablanca, Rabat, Marrakech et Fès, ainsi que la signature des conventions y afférentes. D’un montant global de 1,4 milliard de DH, «ces programmes visent la consolidation de la dynamique de développement que connaissent ces villes et le renforcement de leur attractivité touristique et culturelle», estime Mohamed Sajid, ministre du Tourisme. Elaborés en partenariat avec différents départements gouvernementaux et avec le soutien du Fonds Hassan II, ces programmes nouvelle génération ont pour objectifs la valorisation des anciennes médinas, l’amélioration des conditions de vie de leurs habitants, la préservation de leur patrimoine architectural, matériel et immatériel, et la promotion de leur richesse culturelle authentique. Dans ce nouveau programme, Fès a remporté la part du lion. L’opérateur indiqué pour la maîtrise d’ouvrage déléguée de ce nouveau chantier n’est autre que l’Agence de développement et de réhabilitation de la médina (Ader-Fès). Cette dernière atteste d’une grande expérience dans ce domaine, pour avoir déjà conduit la rénovation des monuments historiques et le traitement des bâtiments menaçant ruine, à coups de milliards. Doté d’un budget de 583 millions de DH, le tout dernier programme (2018-2023) porte sur la réhabilitation de 113 sites historiques d’activités économiques (Foundouks, ateliers, souks) et 10 mosquées et écoles coraniques, et la valorisation de 11 sites historiques (horloge à eau, musée de la culture juive), la restauration de Dar Al Makina, outre l’aménagement de 8 parkings, la rénovation du système de signalisation et la mise en place d’un système d’information électronique pour le renforcement de l’offre touristique.
     
    ■ La communication, un outil d’accompagnement efficace
    Afin de mieux expliquer les composantes du nouveau programme, Saïd Zniber, wali de la région, a réuni dernièrement la commission locale du suivi et de coordination, en présence des décideurs de la ville, opérateurs et architectes. Unanimes, ils s’accordent tous à dire que la médina de Fès est un cas d’école, un patrimoine collectif et un musée vivant qu’il faut sauvegarder et promouvoir comme tel, afin d’assurer un réel développement pour ses habitants. «Il faut faire revivre l’activité économique de la médina, restaurer la mémoire collective d’une cité de 12 siècles, créer une animation culturelle de qualité, et communiquer autour des actions à mener, de leur impact et leur finalité», disent-ils. Car, tout le défi des opérations de restauration repose sur la sauvegarde du statut de la capitale culturelle et académique du Royaume et la capacité de sa population de s’approprier ces projets. En effet, habitants et commerçants doivent d’abord épouser le patrimoine architectural et son histoire millénaire. Pour cela, la restauration du cadre bâti doit être accompagnée d’un important dispositif de sensibilisation et de pédagogie. La responsabilisation, la communication et la promotion ne seront pas en reste. En l’absence de ces actions, l’administration aura failli à sa mission. Et la médina ne serait plus ce «musée vivant» qui fait rêver les touristes occidentaux et asiatiques. Un musée qui, faute d’activité économique, ferme à 17h30! Et où les magasins de Kissariat Al Kifah, à titre d’exemple, sont mis en vente par leurs propriétaires à des prix bradés.
     
     

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    Tout le défi est de pouvoir rendre à la médina de Fès son lustre d’antan. Car, la réhabilitation de ce musée vivant assurerait une intégration sociale et créerait une activité touristique, artisanale et commerciale au sein d’un tissu urbain ancien d’une valeur inestimable. Parmi les projets emblématiques du nouveau programme de réhabilitation des monuments figure la restauration de l’horloge hydraulique, située à quelques pas de la médersa Bouinaniya (Ph YSA)

    ■ L’expertise de l’Ader mise à profit d’une vision globale
    En tout cas, le nouveau programme promet de remédier à tous ces maux en restaurant le cadre bâti ainsi que la conscience collective. Pour assurer un bel avenir à la partie historique de la ville, les études de projets sont déjà lancées et le démarrage des travaux est annoncé pour le mois de septembre. Comme pour tous les chantiers de restauration déjà réalisés, la remise à neuf et la valorisation de différents sites historiques seront assurées par l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès (Ader-Fès) dans le cadre d’une maîtrise d’ouvrage déléguée. Pour Fouad Serghini, directeur de cette dernière, «ce projet vise la valorisation des monuments historiques inaugurés par le Roi en 2017». «Au programme également, la réhabilitation de 39 espaces dédiés aux activités artisanales et commerciales telles que les hôtels et les marchés traditionnels, bénéficiera directement à quelque 3.000 personnes», explique Serghini. L’ambition finale étant d’assurer une inclusion sociale et une dynamisation de l’activité commerciale et économique de la ville.
     
    ■ Parkings, écrans géants, kits de communication… au menu
    Un autre programme concernant l’aménagement des parkings de Aïn Zliten, Bab El Guissa, Oued Zhoun, Bin Lamdoun, Bab El Hamra, Bab Jdid, Sidi Bounafae, et Bab Boujloud est en cours de réalisation. «Ces parkings seront de normes internationales et équipés de la haute technologie. Ils permettront de décongestionner la médina en créant plus de 3.600 places de stationnement», explique le directeur de l’Ader. Selon lui, ce programme de 400 millions de DH, financera l’aménagement et la réfection des voieries et du pavage de 23 km de ruelles. «Ce projet se fera par étape dans le but de continuer de recevoir des touristes tout au long des travaux», explique le maître d’ouvrage. En outre, il sera procédé à l’installation de deux écrans géants à l’entrée de la médina. Ces écrans dessineront les différents circuits touristiques. Mais pas seulement. Car, le projet prévoit également des systèmes de visite guidée et des kits de communications avec les touristes. Lesquels proposeront toute une gamme de solutions de sonorisation sans fil pour faire visiter le musée vivant aux groupes de touristes. Ces équipements incluraient des microphones émetteurs et des récepteurs avec prise casque, pour commenter les visites en toute quiétude et sans fatigue auditive pour les touristes. Un dispositif des audioguides, des stations émetteurs fixes, ou encore des casques, écouteurs et tous les accessoires nécessaires à la sonorisation des visites touristiques guidées sera également proposé. Signalons qu’un centre d’interprétation est également à l’étude. Enfin, le projet prévoit l’installation d’une signalétique devant les sites historiques. L’on découvrira sur ces plaques une présentation interactive des monuments.

    La plus grande médina du monde

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    Pour Rachid Haloui, ex-architecte en chef de la ville de Fès, «la médina de Fès est la plus grande médina du monde arabe et le plus grand ensemble urbain piétonnier au monde». Mais au-delà de cette approche quantitative, quatre caractéristiques peuvent définir la médina. Celles-ci se basent essentiellement sur «la continuité de son tissu urbain, la cohabitation inclusive et ambiguë d’un urbanisme complexe et d’une architecture introvertie très riche, le développement florissant des arts décoratifs et un artisanat ancestral, riche et varié, outre la parfaire adéquation entre le cadre bâti, le mode de vie et le climat», estime Haloui. Ces caractéristiques ont créé à Fès un modèle urbain unique d’une valeur civilisationnelle, ce qui lui a valu d’être classée au patrimoine universel de l’Unesco, bien avant Paris et d’autres villes mythiques.

                                                                        

    La ventilation du financement selon les projets

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    Le programme complémentaire de la valorisation de la médina de Fès est de loin le programme qui a bénéficié le moins de la contribution du fonds Hassan II. Car, ses concepteurs ont privilégié le cadre partenarial avec différents départements sur l’apport financier d’un seul opérateur.

    En termes de financement, la réhabilitation de 11 monuments historiques et lieux emblématiques coûtera 109 millions de DH. Ce montant servira à la restauration, entre autres, de l’horloge hydraulique, le répartiteur d’eau de Boujloud et les norias de Jnane Sbill. Au menu également la restauration de cinq mosquées et cinq écoles coraniques. Par ailleurs, 39 sites (foundouks, draz et espaces de commerce traditionnel) seront rénovés pour quelque 172 millions de DH.

    Le volet «bien-être» concerne la réhabilitation de 37 sites, dont 30 fontaines, avec un budget de 21 millions de DH. D’autre part, la restauration du bâti et l’amélioration du paysage urbain de 15 autres sites coûteront la bagatelle de 95 millions de DH. Enfin, la réhabilitation de Dar Al Makina, Dar Tazi et autres sites historiques s’élèvera à 127 millions de DH.

     

     

     

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