International

Migrations africaines: Et si on voyait le bon côté!

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5286 Le 04/06/2018 | Partager
Possible hausse du PIB par habitant d'ici 2030 sur le continent
Les envois de fonds ne tarissent pas
Contribution aux impôts et à la consommation
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Les principaux pays d’origine africaine étaient l’Egypte (3,4 millions) et le Maroc (2,9 millions). Les migrants originaires d’Algérie, d’Egypte, du Maroc et du Nigeria ont pour la plupart quitté le continent. Ceux de Somalie (1,9 million), du Burkina Faso (1,4 million), de la République démocratique du Congo et du Mali se sont principalement rendus dans d’autres pays africains

Voilà une étude qui contredit plusieurs idées sur la question des migrations africaines. Elles pourraient stimuler la croissance et transformer positivement la structure de l’économie du continent. C’est ce que dévoile le rapport 2018 de la Cnuced sur le développement économique en Afrique: «les migrations au service de la transformation structurelle».

Ses experts pointent entre autres l’impact économique positif des migrations. L’idée phare est que (historiquement et encore aujourd’hui), la plupart des migrants africains se déplacent à l’intérieur du continent. En 2017, 19 millions de migrants internationaux se sont déplacés en Afrique et 17 millions d’Africains ont quitté le continent − mais l’écart se réduit.

Le continent africain est aussi une destination migratoire pour 5,5 millions de personnes venues de l’extérieur du continent. Il y a donc environ 41 millions de migrants internationaux en provenance, à destination ou à l'intérieur de l'Afrique. Si elle est bien gérée, la migration intra-africaine pourrait entraîner une augmentation substantielle du PIB par habitant en Afrique d'ici 2030. Les migrations devraient faire croître le PIB par habitant de 2.008 dollars en 2016 à 3.249 dollars en 2030, soit un taux de croissance annuel de 3,5% à partir de 2016.

En 2017, les cinq principales destinations des migrations intra-africaines (par pays d’accueil et par ordre décroissant) étaient l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Ouganda, le Nigeria, l’Ethiopie (tous pays ayant accueilli plus de 1 million de migrants).

Au-delà des chiffres, l’analyse économique permet de voir la contribution nette des migrations en Afrique. La contribution des migrants internationaux au PIB a été mesurée à 19% en Côte d’Ivoire (2008), 13% au Rwanda (2012), 9% en Afrique du Sud (2011) et 1% au Ghana (2010).

Les envois de fonds vers l’Afrique ont augmenté en moyenne de 38,4 milliards de dollars (2005-2007) à 64,9 milliards de dollars (2014-2016). Ces apports ont représenté 51% des flux de capitaux privés vers l’Afrique en 2016, contre 42% en 2010. Cependant, le continent a les coûts les plus élevés au monde en matière d’envois de fonds. Le coût moyen atteignant 8,9% pour l’envoi de 200 dollars, soit presque le double du coût d’un envoi de fonds vers l’Asie du Sud.

Tandis que la moyenne mondiale s’établit à 7,3% de la somme envoyée. Ces coûts élevés s’expliquent en partie par le durcissement des règles du système financier international visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Et aussi par une concentration de la puissance économique dans les banques et les organismes de transfert de fonds. Les établissements bancaires peuvent conclure des accords d’exclusivité avec les organismes de transfert de fonds. Ce qui peut limiter la concurrence entre les prestataires nationaux de services d’envoi de fonds et élever les coûts de transaction.

D’autre part, les migrations contribuent au développement des pays de destination - par le biais des impôts et de la consommation. Il est estimé que les migrants dépensent 85% de leurs revenus dans les pays de destination. Le chômage a été l'une des causes des migrations en Afrique (interne et internationale).

C’est surtout celui des jeunes qui est l'un des principaux moteurs des migrations extra-continentales en provenance d'Afrique du Nord. En 2016, le taux de chômage des jeunes dans la région s'élevait à 29,3%, bien au-dessus du taux de l'Afrique subsaharienne (10,9%).

Qui sont-ils?

  • L’âge moyen des migrants internationaux africains était en 2017 de 31 ans, soit l’âge médian le plus faible au monde;
  • En 2017, les femmes migrantes représentaient près de la moitié de l’ensemble des migrants internationaux en Afrique (47%). Le nombre absolu de migrantes internationales est passé de 6,9 millions en 2000 à 11,6 millions en 2017;
  • C’est l’Afrique qui accueille le plus grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l’échelle mondiale.

                                                                      

Le Maroc, bon élève du continent

D’après la Cnuced, les principaux pays d’origine africaine étaient l’Egypte (3,4 millions) et le Maroc (2,9 millions) (voir illustration). Le Royaume est cité parmi les pays où les pourcentages d’immigrés étaient les plus faibles en 1990 et en 2017. Il a aussi obtenu des montants significatifs à la faveur des envois de fonds (environ 7,1 milliards de dollars en 2017). Le Maroc se distingue parmi ceux qui font exception et permet à de nombreux pays de tirer des enseignements de son expérience. Il s’agit notamment de la manière dont il a tenu compte du principe de codéveloppement, du point de vue des pays d’origine, ceux de transit et de destination, dans sa stratégie migratoire. A noter qu’une série de négociations devront aboutir à la signature du Pacte mondial sur les migrations en décembre 2018 au Maroc (voir aussi notre édition N° 5215 du 22/02/2018).

 

 

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