Analyse

Enquête L’Economiste-Sunergia/Boycott: C’est surtout une affaire de jeunes

Par Nadia SALAH | Edition N°:5279 Le 24/05/2018 | Partager
En dessous de 25 ans tout le monde sait, mais tout le monde ne boycotte pas forcément
Les jeunes consommateurs qui montent seront des «durs»
Le boycott est majoritaire dans les couches moyennes
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Si on rapproche les deux graphiques, on a  57% de 73%, c’est-à-dire 42% de l’ensemble des Marocains qui sont actifs dans l’opération. On peut dire que c’est beaucoup car effectivement cela l’est. Mais on est loin de l’idée qu’on a pu s’en faire dans les commentaires sur les réseaux sociaux qui donnaient à penser que l’immense majorité des gens participaient à la mise à l’index. On a eu affaire à un «effet loupe»: un évènement qui monopolise ou focalise  l’attention paraît automatiquement plus gros qu’il ne l’est

Presque  tous les moins de 25 ans sont au courant. Plus de neuf jeunes sur dix connaissent l’appel alors que la moyenne nationale, tous âges, toutes conditions confondues est de 74%, ce qui est déjà très important.   C’est par les tranches d’âge que l’on voit le mieux les effets de l’appel.

Moins on est au courant moins on applique, c’est vrai. C’est logique. Mais ce n’est pas linéaire. Dans les tranches d’âge moyen, les trois quarts des gens savent, un peu plus de la moitié de ces personnes-là boycottent, ce qui veut dire aussi qu’une grosse minorité ne suit pas le mouvement.

Le monde qui vient

Chez les plus jeunes, tout le monde, ou presque, sait, mais «seulement» les deux tiers  de ceux qui savent agissent. 31% des jeunes restent hors du coup. La prédominance des jeunes dans l’information comme dans l’action parle plus d’avenir que de présent: il sera de plus en plus difficile de manquer d’attention envers ses clients. Les consommateurs qui montent ne sont pas de la même trempe que leurs parents: ce sont des «durs».

Commerçants et producteurs dans les services comme dans les biens, ne pourront plus les «envoyer promener».

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Enfin, on remarquera que les personnes les plus âgées sont celles qui joignent le plus facilement le geste à la parole. Néanmoins, on arrive là  dans une toute petite part de l’échantillon.  Or, quand les effectifs deviennent si faibles, il faut rester prudent en tirant des conclusions.

Le taux d’information du public  est important quel que soit l’âge: il faut passer largement la soixantaine pour trouver une majorité de gens qui disent ne pas avoir entendu parler du boycott. L’enquête ne peut pas dire comment chacun a été touché par l’information. Il faut être prudent pour en déduire que c’est par les réseaux sociaux, car ceci n’explique pas qu’un haut niveau d’information existe jusqu’à 64 ans puis tombe brutalement à partir de 65 ans.

Si 93% des 15-24 ans sont au courant, ils ne sont «plus que» 69% à appliquer le mot d’ordre. Le taux tombe de plus de 13 points pour toutes les  tranches des 25 à 54 ans. Les deux tiers de plus de 55 ans n’ont pas suivi le mouvement. 

En fait, il faut avouer que ni Sunergia (https://groupe-sunergia.com/) ni L’Economiste ne s’attendaient à rencontrer un tel décalage entre la part massive de gens au courant et le niveau réel de l’action. Aussi n’avions-nous pas prévu de question sur ce décalage.

Néanmoins nous avons une majorité, pas énorme certes, mais une majorité quand même qui boycotte. Et c’est, encore une fois une affaire des plus jeunes. Et plus une affaire de femmes que d’hommes (61% contre 53%). Et c’est bien sûr un phénomène très fortement urbain. 83% des habitants des villes savent et un peu moins de deux sur trois boudent un ou plusieurs des produits mis en accusation.

Le poids des couches moyennes

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Les observateurs qui disent que le boycott n’est ni une affaire de pauvres ni une affaire de riches, connaissent bien leur environnement social: c’est une affaire de couches moyennes, la catégorie socio-professionnelle «C».  
Il y a presque deux fois plus de boycotteurs chez eux, que chez les plus aisés.  Par contre, chez les moins favorisés, ils sont une majorité nette à ne pas appliquer la consigne (57% contre 43%, soit 14 points d’écart!), à ne pas boycotter une ou plusieurs marques. Par un clin d’œil de chiffres, ces derniers inversent le score moyen à l’échelle du pays, où 57% de ceux qui ont entendu parler de l’appel appliquent le boycott contre 43% de gens informés qui s’en abstiennent.Le poids des couches moyennes se retrouve dans la répartition géographique.  C’est tout naturellement qu’il y a beaucoup plus  d’actifs, contre une ou plusieurs marques dans le centre du pays où se trouvent les grands noyaux industriels et urbains.

 

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