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Inégalités: Les jeunes et les femmes payent le prix fort

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5213 Le 20/02/2018 | Partager
Plus de ¾ des femmes sont inactives
Seul le tiers des Marocains disposent d’une couverture médicale
Le pays détient le niveau d’inégalités le plus haut en Afrique du Nord
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Après ¼ de siècle, le fossé entre le niveau de vie des riches et des pauvres est resté  sur la même tendance. Les 10% les plus aisés (qui dépensent au moins 29.062 DH par an) maintiennent un niveau de vie en moyenne 12 fois supérieur aux 10% des plus pauvres (qui dépensent moins de 5.522 DH par an)

Les inégalités ne cessent de se creuser partout dans le monde. En 2017, 82% de la richesse mondiale a été accaparée par 1% de la population mondiale, selon l’ONG britannique Oxfam. Tandis que la moitié n’a rien touché de ces bénéfices. La situation est autant inquiétante au Maroc où l’augmentation des richesses ne bénéficie qu’à un nombre très réduit de personnes.

En effet, les trois milliardaires les plus riches détiennent à eux seuls près de 44 milliards de DH. De surcroît, la croissance de leur fortune sur un an égale la consommation de 375.000 Marocains parmi les plus pauvres sur la même période, souligne le rapport de l’ONG  établie à Rabat qui dresse un tableau sombre des inégalités dans le Royaume.

L’accumulation des richesses de ces personnes contraste fortement avec le reste des habitants. «Un Marocain sur deux a un niveau de vie inférieur à 11.500 DH par an. Cette somme est encore plus faible dans les zones rurales où la moitié des habitants vivent avec moins de 8.600 DH par an», a indiqué Nicolas Gravier, directeur pays Oxfam Maroc, lors du colloque des sciences humaines et sociales du Maroc, ayant pour thème: «La transformation sociales et inégalités: défis pour les droits humains?»(1). Par ailleurs, près de 1,6 million de Marocains sont pauvres, «dans l’incapacité de se nourrir suffisamment et de se procurer les biens de base», précise Gravier, et près de 4,2 millions de personnes sont dans une situation vulnérable, c’est-à-dire susceptibles de basculer dans la pauvreté à tout moment.

Ceux qui pâtissent le plus de ces inégalités sont les jeunes et les femmes. Aujourd’hui, la gent féminine est certes de plus en plus diplômée, mais le pays figure toujours parmi ceux avec la plus faible participation des femmes à la vie active. Selon les chiffres du HCP du deuxième semestre 2017, plus de trois quart (76,6%) de celles en âge de travailler sont inactives.

Plusieurs obstacles freinent leur intégration au marché de l’emploi, comme la discrimination, le plafond de verre, les petits salaires ... «Plus de 23% des femmes en emploi sont des aides familiales qui ne touchent aucun salaire», révèle Abdelhak Allalat, secrétaire général du Haut-commissariat au plan.  Seules les plus ambitieuses arrivent à décrocher un poste de responsabilité. S’ajoute à cela le poids des responsabilités familiales qui leur incombent, les contraignant à délaisser leur carrière.

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 L’accès aux services de base n’est pas garanti pour tous. Selon l’ONG britannique Oxfam, dans le milieu urbain, 90% des ménages sont raccordés au réseau d’eau potable et au réseau public d’assainissement, alors que dans les zones rurales, il n’est que de 40% pour l’eau potable et 3% pour l’assainissement (Ph. L’Economiste)

«Il est, désormais, impératif d’agir en faveur de l’égalité entre les sexes, particulièrement sur le marché du travail, et de faire respecter la règle de droit. Cela permettra aux citoyens les moins favorisés de gagner en indépendance et d’accroître leur confiance», préconise Ikbal Sayah, directeur des études générales à l’Observatoire national du développement humain (ONDH). «Cela donnera lieu, peu à peu, à leur implication dans l’élaboration des lois. Une étape fondamentale dans l’édification d’un Etat et d’une économie modernes», poursuit-il.

Plus du quart des 15-24 ans, soit 1,7 million de Marocains, selon le HCP, sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation, ceux que l’on appelle les Neet ou des «nini». Parmi eux, 80% sont des femmes. De plus, 8 jeunes sur 10 qui arrivent à décrocher un job, c’est dans le secteur informel. Ils ne disposent, ainsi, d’aucune couverture médicale et sociale. Sur ce registre, l’Oxfam souligne un autre constat alarmant.

En 2017, seulement le tiers des Marocains accèdent à une couverture médicale. «Le pays ne compte que 6,2 médecins pour 10.000 habitants. En Algérie et en Tunisie, il y en deux fois plus (12), et 37,1 en Espagne», indique Nicolas Gravier. En effet, l’accès à une couverture médicale reste très faible (36% de la population en bénéficient) et très corrélé au niveau de vie.

Le taux de pauvreté a, certes, diminué ses dernières années, passant de 15,3% en 2001 à 4,8% en 2014, mais malgré cela, le Maroc détient le niveau le plus élevé d’inégalités en Afrique du Nord. Il figure également parmi les derniers de la classe en termes d’Indice de développement humain (IDH).

Il est classé à la 123e place sur 188 pays, se plaçant dans la catégorie des pays à «développement humain moyen», derrière la Tunisie (97e) et l’Algérie (83e) qui, elles, sont jugées comme pays à développement humain élevé.

Scolarisation: Les filles encore désavantagées

Selon le recensement général de la population de 2014 du HCP, 94,4% des filles accèdent aux classes primaires. Ce taux perd près de 15 points au secondaire, passant à 79,7%. Au final, elles sont quelque 55% à poursuivre leurs études jusqu’au lycée, contre 66% pour les garçons. Les jeunes filles du rural sont celles qui abandonnent le plus leurs études. Par ailleurs, la durée moyenne de scolarisation des filles est inférieure à celle des garçons. Elle est de 3,8 ans pour les femmes et de 6,4 ans pour les hommes. Par conséquent, le taux d’activité des femmes (15 ans et plus) reste très faible. Il est de 22,2% en 2015, en recul de plus de 2 points par rapport à l’an 2000. Pour les hommes, ce chiffre est multiplié par trois, il s’établit à près de 70% en 2015. «L’éducation représente un immense défi pour le Maroc. Les failles du système scolaire alimentent la reproduction des inégalités et de la pauvreté», souligne le directeur d’Oxfam Maroc. Le tiers des Marocains sont toujours analphabètes. Ce taux est encore plus important auprès des femmes des zones rurales (60%).

 Echantillon de l’étude d’Oxfam

L’étude d’Oxfam sur la perception des inégalités en 2017 a été publiée fin janvier. Elle a été réalisée auprès d’un échantillon de 14.047 personnes dans 8 pays: Maroc, Nigéria, Pays-Bas, Etats-Unis, Afrique du Sud, Inde, Mexique, Grande-Bretagne, Danemark. L’échantillon du Maroc est de 1.498 personnes. L’étude s’appuie également sur les rapports du HCP et de la Banque mondiale.

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(1) Cette rencontre a été organisée récemment par l’Unesco et la Commission nationale marocaine pour l’éducation, les sciences et la culture, à la faculté des lettres et des sciences humaines de Aïn Chock, à Casablanca.

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