Analyse

Energies renouvelables: Le modèle économique de Masen

Par Nadia DREF | Edition N°:5213 Le 20/02/2018 | Partager
Le mastodonte met en place des projets intégrés avec une remise en question permanente
L’agence, catalyseur d’un tissu économique compétitif pour maximiser l’intégration locale
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Le Maroc espère créer des perspectives d’exportation de son électricité propre vers les pays du Nord, et de son savoir-faire en matière de valorisation des énergies renouvelables vers les pays du Sud (Ph. Bziouat)

Production électrique d’origine renouvelable, R&D adossée à un projet industriel, formation, intégration industrielle, développement local… Tels sont les piliers du modèle économique prôné par Masen, le bras armé de l’Etat dans les énergies renouvelables. L’expertise de la Moroccan Agency for Sustainable Energy s’articule autour du solaire, de l’éolien et de l’hydraulique.

L’agence pilotera également le développement de toute autre énergie renouvelable qui serait pertinente à l’avenir (biomasse, énergie marine, éolien offshore…). «Cette diversité est une force car elle fait de Masen l’interlocuteur privilégié de tous les acteurs de l’écosystème renouvelable. Elle permet également de tirer profit de la complémentarité de ces énergies et d’identifier la technologie la mieux adaptée aux besoins du réseau national», souligne le management de la super-agence.

D’ailleurs, c’est dans cette optique que l’agence des EnR s’ouvrira sur d’autres secteurs pour accompagner, dès 2018, la montée en puissance de l’utilisation des énergies renouvelables: Transport/mobilité, Agriculture/pompage solaire, déchets ménagers/biomasse, Tourisme, Industrie/chauffe-eau solaires…

Dans cette optique, le modèle intégré retenu n’est pas fortuit. Le management devait trouver la solution idoine pour encourager et renforcer les énergies renouvelables et faire face à la hausse de la demande en électricité qui s’accroît chaque année en moyenne de 5% tout en prenant en compte l’aspect environnemental.

A défaut de doubler les capacités de production électrique d’ici 10 ans, le Maroc a fait le choix de porter à 52% la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique à l’horizon 2030. «Il n’était pas question, non plus, de subventionner la production propre de l’électricité pour pallier la volatilité du prix du baril de pétrole. Nous avons décidé de ne copier aucun modèle et d’entamer une phase de transition qui se fasse à moindre coût», fait valoir Mustapha Bakkoury, président du directoire de Masen, depuis 8 ans. La création de la super-agence a été favorisée par une dynamique mondiale qui s’est mise en place avec des budgets colossaux en R&D (USA, Allemagne, Japon, Chine…) et où des modèles ont montré leurs limites (France et Espagne notamment).

Ainsi, pour la première fois, le solaire a été intégré dans la production électrique. Masen prend également en charge le développement de l’éolien et l’optimisation de la production hydro-électrique. A cet effet, la superstructure a adopté une logique inédite. «Pour chaque projet, c’est comme si nous démarrions de zéro. Nous opérons, à chaque fois, une remise en question sur la recherche et développement ainsi que les techniques de financement. Chaque technique a un coût. Les premiers projets nous ont permis de comparer les technologies, de changer d’approches ou encore de combiner des techniques», confie Bakkoury.

En plus de la production d’électricité et de la mobilisation des financements nécessaires pour ses projets, Masen cherche à catalyser un tissu économique compétitif qui mobilise de manière efficiente les compétences existantes et contribue à en créer de nouvelles. L’agence a œuvré à l’institution du Cluster, qui est aujourd’hui l’un de ses principaux partenaires stratégiques.

Cette plateforme participative vise à développer une filière industrielle compétitive dans le domaine des énergies renouvelables et encourager l’intégration locale dans ce secteur. La Centrale Noor I a d’ailleurs dépassé le seuil d’intégration locale fixé à 30%. Pour Noor II, un taux de 35% est attendu. «Le cahier des charges impose à l’investisseur de respecter cet objectif. Notre rôle est de donner une visibilité aux industriels locaux en organisant des rencontres avec les développeurs. Dans l’éolien, suite à l’implantation de la nouvelle usine de pâles de Siemens, le taux d’intégration a largement dépassé celui de Renault Maroc», tient à préciser Mustapha Bakkoury.

«Il y a même des possibilités de créer des usines pour certaines composantes. Notre objectif va au-delà de produire de l’électricité mais de créer tout un écosystème et une dynamique économique en faveur des entreprises nationales sur une base compétitive», insiste le patron de Masen. Le développement de la recherche appliquée et la promotion de l’innovation technologique sont également encouragés. Des équipes dédiées travaillent sur la R&D dans un laboratoire au sein de la centrale de Ouarzazate qui maintient une veille technologique et technique élevée.

L’attribution des appels d’offres se fait sur la base de critères ficelés. «Nous gardons un œil sur le marché afin de capter les meilleurs acteurs et retenir les meilleurs pour nos projets. Généralement, nous avons des offres techniques qui sont assez proches. La différence se fait, à quelques détails près, au niveau financier et surtout de l’appréciation des risques», déclare le président de Masen. A noter que c’est Acwa Power qui développe les centrales solaires.

Chaque projet développé par Masen nécessite une grande mobilisation. «Nous avons fait le choix d’apporter un foncier où il y a la meilleure ressource et qui soit proche du réseau électrique pour réduire les coûts. Nous développons également les infrastructures bien avant l’arrivée de l’opérateur afin de garder la main sur le site qui, en cas de besoin, pourra accueillir d’autres industriels», précise Bakkoury. C’est la filiale Masen Services qui prend en charge cette mission.

  Des métiers spécifiques accompagnent chaque étape du développement des installations EnR pour former une chaîne complète et cohérente: de l’identification et la conception des unités de production d’électricité à la réalisation des infrastructures nécessaires au raccordement des sites en passant par la R&D et le financement des projets.

Masen, à travers sa filiale Masen Capital, contribue à la mobilisation des financements nécessaires à la construction des installations: green bonds... D’autres levées de fonds sont envisageables auprès des mécanismes du marché. Pour ce qui est de la création de filières de formation spécialisées, Bakkoury plaide pour que les instituts gardent une certaine flexibilité et ne soient pas restrictifs aux EnR. L’enjeu est de multiplier les débouchés.

Dans le cadre de sa stratégie de développement local, Masen ambitionne de participer à l’équité territoriale et à la croissance durable des régions accueillant les projets. Au niveau international, Masen a pour ambition d’être le partenaire privilégié de tout pays qui souhaiterait faire des énergies renouvelables une priorité de son développement socioéconomique. Masen a déjà conclu de nombreux partenariats pour le développement des énergies renouvelables avec des pays africains.

La SIE «out»!

Masen demeure une société marocaine de droit privé, à capitaux publics. Le nouveau cadre législatif de 2016 contribue à tisser un périmètre d’action clarifié, à consolider la relation Masen-ONEE tant sur le plan institutionnel qu’opérationnel, et à préciser les champs de compétences de chacun des acteurs. La SIE, quant à elle, se retrouve «out» du capital de Masen. «La SIE était un actionnaire. Son seul lien avec Masen était sa présence dans le capital. Cela s’arrête là. D’ailleurs, malgré la sortie de la SIE, l’Etat est toujours présente dans le tour de table», précise Bakkoury. C’est Masen Capital qui se charge de la mobilisation des financements. Ces changements optimisent le mode d’intervention de Masen auprès des différents acteurs de la chaîne de valeur, notamment au niveau international, et lui permettent de lancer les bases d’une coopération énergétique internationale, annonce le management.

 Moyenne, basse tension… la pomme de discorde

La gestion des dossiers de l’ouverture du réseau de moyenne tension (MT) aux énergies renouvelables et le marché de la basse tension (BT) ne font pas l’unanimité. Sur ce sujet, Mustapha Bakkoury est on ne peut plus clair: «un jour, il faut aller sereinement vers la BT et MT mais il faut que tout le monde soit mobilisé pour que ce soit un succès. Il faut réunir tous les opérateurs autour d’une table pour apporter la sérénité». Et d’ajouter: «Il ne suffit pas d’annoncer un projet mais de choisir une vocation, de prouver son efficacité et surtout de le challenger en amont».

 

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