Tribune

Tirer profit des dividendes économiques et sociaux de nos villes

Par Mohammed BENAHMED | Edition N°:5210 Le 15/02/2018 | Partager

Ingénieur de l’EMI en 1990, diplômé du Cycle supérieur de gestion de l’Iscae en 2004, lauréat du Prix de L’Economiste pour la Recherche en Economie et Gestion lors de sa 1re édition en 2005, Benahmed Mohammed est directeur des grands projets au Fonds d’équipement communal, auteur de plusieurs ouvrages et publications dans les domaines du développement territorial durable, la gouvernance et le financement des services publics, les PPP... (Ph. MBe)  

Partout dans le monde, les territoires urbains doivent aujourd'hui faire face à des défis majeurs pour accompagner leur croissance extrêmement rapide, garantir l'accès équitable de tous leurs habitants aux services de base, atténuer les disparités territoriales, faire reculer la pauvreté, atténuer les tensions et frustrations sociales, réduire le chômage urbain des jeunes, faciliter l’accès au logement salubre, faire face aux événements climatiques extrêmes, etc.

Au cours des dernières décennies, nos villes n’ont pas échappé aux enjeux stratégiques liés au processus de croissance urbaine, à la fois créateur de richesse et de misère, dont les implications politiques, socioéconomiques et environnementales sont au cœur des interrogations et des actions de tous les acteurs des politiques publiques nationales et locales.

Cette urbanisation, qui s’est opérée en grande partie sans encadrement, sans planification, ni équipements et services en réseaux suffisants, va de pair, à des degrés variables, avec la création de ségrégations urbaines génératrices de situations sociales difficiles marquées par la montée des disparités économiques et spatiales, la persistance des poches de pauvreté, voire d’extrême pauvreté dans les quartiers sous-équipés, des problèmes de sécurité et des environnements sanitaires précaires, parfois dans des proportions alarmantes!!

Le développement inclusif des villes doit se mesurer désormais à l’aune de leur capacité à proposer des prestations de qualité aux différents opérateurs urbains, réduire les coûts de transport des biens et personnes, stimuler les investissements créateurs de valeur, renforcer la formation professionnelle et faciliter l’accès des jeunes au marché de l’emploi, et ce dans un cadre de concertation et de partenariat multi-acteurs.

Espaces pertinents de mobilisation et de coordination des différents acteurs nationaux et locaux, les villes représentent aujourd’hui 75% du PIB national et sont considérées comme de véritables machines économiques constituant des points d’ancrage de la production de richesses et d’emplois, pesant ainsi de manière significative sur la croissance économique nationale.

Urbanisation: Opportunité de croissance durable

Le défi majeur à relever par les décideurs politiques consiste aujourd’hui à tirer le meilleur parti du processus d’urbanisation en tant que facteur déterminant de développement du pays, en s’appuyant sur des politiques urbaines permettant d’obtenir des dividendes économiques et sociaux grâce à une allocation équilibrée et efficace des ressources financières et humaines pour répondre aux immenses besoins, tant en termes d’investissements que de modernisation des modes de gestion.

La complexité de la situation exige de nouvelles approches transversales basées sur l’articulation des problématiques de services et d’équipements collectifs urbains, notamment de transport, à celles concernant l’aménagement du territoire, la planification urbaine, la mutualisation des efforts et des moyens, la fiscalité locale, le financement, la gestion du foncier urbain, etc.

Les défis de 4 grandes transitions

casablanca-010.jpg

Dans ce contexte de transformations profondes, les décideurs politiques nationaux et locaux doivent inscrire nos villes dans la nouvelle ère du XXIe siècle, celle de 4 transitions majeures: territoriale, démographique, numérique et écologique.
La transition territoriale, qui est en marche par l’entrée de la régionalisation avancée dans la phase opérationnelle, se caractérise par une évolution vers une organisation administrative de plus en plus décentralisée et déconcentrée, où le pouvoir, les compétences et les ressources doivent être véritablement transférés de manière corrélative vers l’échelon local le plus pertinent et où les équilibres entre les mondes urbain ou rural sont à réinventer.

À mesure que les villes s’étalent et «se métropolisent», les décideurs urbains ont désormais la responsabilité de créer les conditions propices pour renforcer l’attractivité et la compétitivité économique de leurs territoires face à d’autres territoires concurrents à l’échelle régionale, nationale, voire internationale.

Cela nécessite d’adopter des stratégies de conduite du développement urbain porteuses de réponses appropriées aux enjeux de mobilisation des acteurs gouvernementaux et de PPP stratégiques permettant de contourner les contraintes financières et surtout managériales, grâce à l’injection de capitaux et à la souplesse de gestion et l’innovation du secteur privé national et international.

La transition démographique et sociale, outre son caractère interactif avec les autres transitions, doit être placée au centre des préoccupations des acteurs locaux, publics et privés, soucieux des défis d’une urbanisation responsable et inclusive. Aujourd’hui, 60% des Marocains vivent en milieu urbain contre 30% environ en 1960, et 75% de la population sera urbaine en 2050 selon les prévisions du HCP.

La transition numérique concerne l’ensemble de l’écosystème constitué autour de la ville: collectivités territoriales, administrations publiques, secteur financier, opérateurs privés, organisations de la société civile. Tous ces acteurs sont interpellés pour innover et réinventer la fourniture des services urbains de demain: mobilité multimodale propre, gestion intelligente de la circulation, gestion intelligente de l’eau, de l’éclairage public et des déchets, rénovation thermique du bâtiment, etc.
Le succès de cette transition, dans un monde de plus en plus digitalisé, commande d’orienter les investissements d’avenir vers une croissance verte, ouverte à l’innovation apportée par les services numériques à forte valeur ajoutée.

La transition écologique exige de privilégier des approches intégrées bas-carbone, type «Air-Climat-Energie», offrant des possibilités de récolter à terme des dividendes dans les domaines de l’économie, de la qualité de l’air et de la santé des citoyens et de poursuivre des modes de production et de consommation générateurs d’économies d’énergie et plus résilients face au changement climatique.

Autant de nouveaux défis qui militent en faveur de nouveaux paradigmes en matière de conduite du processus d’urbanisation et qui suggèrent de migrer vers une ingénierie de la ville innovant et promouvant une croissance économique inclusive et une prospérité mieux partagée à même de réduire les disparités spatiales et sociales.

Effort d’investissement

De bons équipements et de bons services urbains sont incontestablement considérés comme un élément clé pour la productivité, l’emploi et la cohésion économique et sociale. Répondre efficacement aux besoins futurs des populations en services requiert un effort d’investissement s’élevant, selon des estimations sérieuses, à plus de 30 milliards de DH par an au cours des dix prochaines années. Un important effort de renforcement des capacités de planification, de financement doit être déployé par nos villes, en même temps qu’elles doivent augmenter leurs revenus fiscaux et réaliser des économies budgétaires via la rationalisation des coûts de gestion urbaine.
Elles gagneront à prendre levier sur le savoir-faire du secteur privé pour l’amélioration des capacités d’exécution des grands projets structurants, notamment à travers les partenariats institutionnels dans le cadre de sociétés de développement local, en particulier pour les secteurs nécessitant une forte technicité et une gestion dynamique des compétences.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc