Culture

Juan Goytisolo: L’écrivain des deux rives

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5069 Le 20/07/2017 | Partager
Hommage posthume par la Fondation Attijariwafa bank
Une œuvre éclectique et un personnage qui a marqué le XXe siècle
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Juan Goytisolo, surnommé l'écrivain «des deux rives», tant il s'est, au fil de son œuvre, engagé pour la défense du monde arabe et de l'Amérique latine. Il sera définitivement consacré comme un passeur de culture entre l'Europe, les Amériques et le monde arabe (Ph. AFP)

Des intellectuels d’univers très différents pour rendre hommage à l’un des écrivains espagnols les plus importants de la deuxième moitié du XXe siécle. L’évènement organisé par la Fondation Attijariwafa bank, en partenariat avec l’Institut Cervantès de Casablanca dans le cadre du cycle de conférences «Echanger pour mieux comprendre»,  a réuni autour d’une conférence, mardi 18 juillet, à Casablanca, trois spécialistes de l’œuvre immense de Juan Goytisolo, romancier et essayiste, auteur d'une vingtaine de romans, décédé, à Marrakech, en juin dernier, à l'âge de 86 ans. Il s’agit de Blanca Riestra auteure, romancière et directrice  adjointe de l’Ecole des arts et sciences humaines et professeur de littérature à l’IE University à Madrid. Le poète et chercheur, et ami du défunt, qu’on ne présente plus, Hassan Nejmi, et  le jeune mais néanmoins brillant Mounir 
Serhani poète et auteur de plusieurs ouvrages, dont le très remarqué projet doctoral «La relation gouvernants/gouvernés dans les miroirs des princes arabo-musulmans». Modéré par le journaliste et écrivain Abdelhak Najib, tous ont salué la mémoire d’un intellectuel, espagnol de naissance, rendu citoyen du monde par son engagement contre «le triomphe d'un nouvel ordre mondial qui écrase les opprimés», il a été surnommé l'écrivain «des deux rives», tant il s'est, au fil de son œuvre, engagé pour la défense du monde arabe et de l'Amérique latine, contaminés, selon lui, par la colonisation. Dans sa littérature, il donnera la parole à ces opprimés, de Sarajevo à l'Algérie en passant par la Colombie et la Tchétchénie mais surtout la Palestine. Il sera définitivement consacré comme un passeur de culture entre l'Europe, les Amériques et le monde arabe: «Espagnol en Catalogne, afrancesado en Espagne (nom donné aux intellectuels révolutionnaires en Espagne, ndlr), latin en Amérique du Nord, chrétien au Maroc, et partout métèque, je n'allais pas tarder à devenir, par mon nomadisme et mes voyages, un de ces écrivains que personne ne revendique, étranger et hostile aux clans et catégories.» C’est ainsi d’ailleurs qu’il se dépeignait dans «Chasse gardée», son texte autobiographique paru chez Fayard en 2005.  
Marrakech aura été longtemps pour lui une terre d'accueil autant que de création. Il y  a nourri des amitiés solides, et se prendra de passion pour la place Jamaa El Fna qui a inspiré une partie de son œuvre. Goytisolo sera d’ailleurs l’instigateur d’une démarche militante engagée la même année aux côtés d’un certain nombre d’intellectuels marocains pour l’inscription  de la place sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco (acté en mai 2001) et sa proclamation «chef-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l'humanité». Le Maroc sera également sa dernière demeure puisque Goytisolo sera enterré à sa demande auprès de son ami Jean Genet, dans le cimetière marin de Larache.

 

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