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    Culture

    L'héritage de Juan Goytisolo le marrakchi

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5039 Le 06/06/2017 | Partager
    L’écrivain espagnol est décédé à l’âge de 86 ans
    Il a été à l’origine du classement de la place Jamaâ El Fna comme patrimoine immatériel de l’humanité
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    Fasciné par Jamaâ El Fna qui a «le privilège d’abriter le défunt patrimoine oral de l’humanité» Juan Goytisolo, sera à l’origine du classement de la place sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en tant que chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité (Ph.AFP)

    Marrakech vient de perdre l’un de ses fils d’adoption les plus illustres. Juan Goytisolo, écrivain et essayiste espagnol parmi les plus importants de la seconde moitié du 20e siècle, est mort  dimanche 4 juin à l’âge de 86 ans dans son domicile à quelques pas de la  mythique place Jamaâ El Fna. Cette même place qui le fascinait, qui aura une réelle influence sur une partie de son œuvre.

    «... Seule une ville conserve le privilège d’abriter le défunt patrimoine oral de l’humanité, qualifié par beaucoup avec mépris de tiers-mondiste. Je veux parler de Marrakech, et de la place Jamaâ El Fna, aux abords de laquelle, depuis plus de vingt ans et à intervalles réguliers, j’écris, je déambule et j’habite», écrivait-il sur les colonnes du Monde Diplomatique en 1997.

    Dans sa tribune, l’auteur pourfendait en parallèle «l’emprise de la cybernétique et de l’audiovisuel qui nivelle les populations et les esprits, «disneyise» l’enfance et atrophie ses capacités imaginatives».  Goytisolo sera d’ailleurs, l’instigateur d’une démarche militante engagée la même année aux côtés d’un certain nombre d’intellectuels marocains pour l’inscription  de la place sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco (acté en mai 2001) et sa proclamation «chef-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l'humanité». Né en 1931 à Barcelone dans une famille bourgeoise, conservatrice et monarchiste, Juan Goytisolo a toujours baigné dans la littérature.

    Ses deux frères sont aussi des écrivains importants, le poète José Agustín Goytisolo et le romancier Luis Goytisolo. Son implication politique aux côtés du parti communiste clandestin, lui vaudra des démêlés tendus avec la police franquiste. Il finit par s’exiler d’abord en France, puis aux Etats-Unis et enfin au Maroc.  Ses livres sont interdits de publication en Espagne, dès 1968, et il fût régulièrement l'objet de campagnes de dénigrement de la part de la presse officielle.

    Engagé contre «le triomphe d'un nouvel ordre mondial qui écrase les opprimés», il a été surnommé l'écrivain «des deux rives», tant il s'est au fil de son œuvre engagé pour la défense du monde arabe et de l'Amérique latine, contaminés, selon lui, par la colonisation. Dans sa littérature, il donnera la parole à ces opprimés, de Sarajevo à l'Algérie en passant par la Colombie et la Tchétchénie mais surtout la Palestine.

    Auteur d'une quinzaine de romans, son dernier, «L'Exilé d'ici et d'ailleurs» avait été publié en 2008, de nombreux essais, mais aussi de reportages, il a reçu plusieurs prix internationaux, dont le prix Europalia en 1985 pour l'ensemble de son œuvre, le prix Octavio Paz (2002), le prix Juan Rulfo de littérature latino-américaine et caribéenne (2004), le Prix national des Lettres espagnoles (2008) et le prestigieux prix Cervantès (2014). C’est dans le cimetière chrétien de Larache, face à la mer et aux côtés de son ami Jean Genet que Juan Goytisolo a été inhumé.

     

     

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