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    Culture

    Livre, le mal-aimé des Marocains

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4951 Le 01/02/2017 | Partager
    Le SIEL, du 9 au 19 février à Casablanca
    Un secteur de l’édition toujours morose
    Des écrivains de renommée internationale à la recherche de lecteurs
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    C’est un secret de polichinelle. Les Marocains ne sont pas de grands amoureux du livre, ni de grands lecteurs! La dernière enquête du Haut commissariat au plan (HCP) sur l’emploi du temps des Marocains (2014), a d’ailleurs confirmé notre désamour de la lecture: Nous ne consacrons que 2 minutes de notre journée à la lecture et au sport contre 2h14mn à regarder la télévision, soit 33,6% de notre temps libre. Des chiffres tempérés par une autre étude, celle de la Fondation Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, en partenariat avec le Pnud, parue en 2016, sur la pratique de la lecture dans plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient, dont le Maroc.

    On apprend ainsi dans cet «Arab Reading Index 2016» que les Marocains consacrent un peu moins de 60 heures par an à la lecture soit moins de 10 minutes par jour (l’étude prend en considération la lecture numérique, ce que ne précise pas le HCP).Une version plus optimiste certes mais pas flatteuse pour autant, quand on sait qu’en France, à titre d’exemple, le temps consacré à la lecture par jour est de 48mn (étude GFK 2015).
    Quant à la dépense liée à la lecture, chez nous elle ne dépasse pas 1 DH par an et par habitant! Un livre qui n’arrive décidément pas à séduire pour différentes raisons: Absence de tradition de lecture, taux d’analphabétisme très élevé, absence de la lecture dans les programmes d’éducation nationale, quasi absence de bibliothèques publiques, absence de stratégie gouvernementale incitative…

    Résultat, un marché beaucoup trop étroit pour permettre l’émergence d’un véritable secteur. «La faiblesse des ventes induit un cercle vicieux, conduisant à la réduction des tirages et au ralentissement de l’activité éditoriale», notent les experts de l’association Racines pour la promotion de la culture dans un document établissant un diagnostic de l’état de la culture au Maroc. En effet, les maisons d’éditions nationales produisent, bon an mal an, quelque 1.000 titres, toutes langues confondues, alors qu’il en est produit 60.000 en France et 30.000 en Iran. Et pour rester dans le registre des comparaisons, un livre marocain tiré à 1.500 exemplaires mettra trois ou quatre ans à être écoulé, contre deux mois au Liban toujours selon Racines. L’association pointe du doigt, la quasi absence de structures de diffusion du livre.

    Elle a dénombré quelque 750 librairies dans le Royaume, très inégalement réparties (1 librairie pour 42.600 habitants environ), dont seulement une quinzaine effectuant un travail professionnel, avec une capacité de conseil, l’organisation de rencontres, une informatisation et la tenue régulière d’un site Internet. Une ville comme Casablanca ne compte que 190 librairies, soit une librairie pour 21.000 habitants. Quant au réseau des bibliothèques et médiathèques publiques, il reste largement insuffisant. Le site du ministère de la Culture recense 609 bibliothèques, médiathèques et points de lecture à travers le pays. Celles-ci ne sont pas toutes en fonction, seul point positif, l’installation de 13 bibliothèques dans les centres de redressement et de rééducation, dans les prisons locales, civiles et agricoles.

    Ces institutions contiennent environ 3 millions de livres, très loin des statistiques de l’Unesco qui préconisent un livre par habitant. De plus, ce recensement est uniquement quantitatif. Rien n’indique, dans ces documents, ce que contiennent ces bibliothèques, quel est leur fonds, en quelle langue, dans quels sujets, pour quels publics. Paradoxe de taille, et à l’instar d’autres disciplines artistiques comme le cinéma, la littérature marocaine fait preuve d’un grand dynamisme que ce soit au Maroc ou à l’étranger.

    Des auteurs marocains de plusieurs générations, de genres littéraires différents et de langues diverses souvent encensés par les critiques et malheureusement introuvables en librairie. Des pionniers: Abdellatif Laâbi, Mohamed Kheireddine, Moubarak Rabii aux Mahi Binebine, Fouad Laroui, Rajae Benchemsi, ou encore aux plus jeunes Abdallah Taïa, Leila Slimani…Certains à l’instar de Mohamed Zafzaf, Driss Khouri et Mohamed Choukri ont même marqué de leur génie créateur la littérature marocaine contemporaine, et se retrouvent objet d’études dans plusieurs universités prestigieuses de par le monde. Une richesse littéraire souvent invisible et méconnue à cause d’une filière qui n’arrive pas à maîtriser l’ensemble des composantes de sa chaîne et qui, de ce fait, demeure limitée dans son impact culturel, social et économique.

    Un rendez-vous très attendu

    Editeurs, libraires, écrivains, distributeurs et lecteurs se préparent à la grand-messe annuelle du livre, prévue du 9 au 19 février 2017 à l’Office des foires de Casablanca. Le Salon international de l’édition et du livre de Casablanca (SIEL) en est à sa 23e édition, c’est le rendez-vous le plus attendu par les professionnels de l’édition et du livre. Ils seront plus de 650 exposants directs et indirects conviés à participer à cette édition. Cette année, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) sera l’invité d’honneur aux côtés de quelque 64 pays exposants.
    Côté célébration, un hommage sera rendu à l’intellectuel marocain Edmon Amran El Maleh, décédé en 2010. Le programme comprend également l’attribution pour la première fois du Prix Ibn Batoutal. Le SIEL prévoit également six rencontres autour du texte de Ibn Batouta. Pour rappel, la 22e édition du SIEL a été marquée par la présence de 682 exposants venant de 44 pays et comprenant des maisons d’édition, des institutions gouvernementales, des instituts, des universités et des associations de la société civile. Les Emirats Arabes Unis ont été l’invité d’honneur.

     

     

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