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    Finances-Banques

    Pourquoi l'émission OCP va révolutionner le marché

    Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:4923 Le 23/12/2016 | Partager
    De part sa structuration, l’émission ouvre la porte à des montages financiers plus aboutis
    Les autres majors appelées à plus d’audace dans leurs opérations de levée de fonds
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    Mehdi Bouriss, directeur du pôle corporate et investment banking de CDG Capital: «Cette émission de l’OCP est la première matérialisation de la convergence sur le marché financier. Sa réussite prouve la maturité du marché marocain. Charge à chacun des acteurs d’inventer sa propre solution» (Ph. CDG Capital)

    L’émission obligataire perpétuelle de 5 milliards de DH de l’OCP, lancée tout récemment, n’aura pas seulement une réussite (2 fois sursouscrite). Elle a aussi et surtout été la première matérialisation de la convergence des marchés financiers au Maroc vers davantage de sophistication. Justement, Mehdi Bouriss, directeur du pôle corporate et investment banking de CDG Capital (arrangeur de l’opération), revient sur la structuration de cet emprunt ainsi que sur ses conséquences sur la maturation du marché de capitaux

    - L’Economiste: Comment expliquez-vous l'engouement pour l'émission de l’OCP?
    - Mehdi Bouriss:
    L’émission doit sa réussite, d’abord et avant tout, à la qualité de l’émetteur. L’OCP a pu présenter à la communauté financière un projet alliant ambition industrielle et commerciale, lisibilité stratégique et solidité financière, le tout crédibilisé par un track record industriel des plus robustes. La pertinence des choix de structuration et de timing a fait le reste.

    - L'opération a-t-elle une structuration particulière?
    - L’émission, s’inscrivant dans le cadre d’une stratégie de financement à long terme, se devait de répondre aux exigences d’un émetteur présent sur les marchés internationaux et noté Investment grade par les agences de rating. C’est ainsi qu’une émission subordonnée perpétuelle calable («deeply subordinated») -bien que très rare pour les institutions non financières- était la solution la plus appropriée. Cette émission aura même été une première africaine.
    Par ailleurs, pour réussir une innovation de la sorte, nos équipes se sont tenues à concevoir une structure lisible, articulée autour d’un rationnel économique simple et donc aisément appréciable par les investisseurs. Et c’est en déclinant l’idée de base en différentes tranches (différentes durations en particulier) que nous avons été à même de répondre aux objectifs et contraintes de l’ensemble des investisseurs clés de la place, et ainsi aboutir à la plus grande émission obligataire jamais réalisée au Maroc.

    - Dans quelle mesure l’émission de l'OCP pourrait avoir un impact structurant sur les marchés financiers marocains?
    - Cette émission marque une étape importante dans le processus de maturation de nos marchés financiers. En effet, plusieurs dynamiques font évoluer le positionnement des marchés financiers d’un modèle quasi binaire de financement (dette vs capital) vers des modèles plus sophistiqués, plus aboutis. Une première dynamique -«assets driven»- a consisté à granulariser les risques au bilan de l’émetteur. Cette tendance avait pour objectif de cantonner  ou d’adosser les financements à des activités ou des actifs spécifiques souvent ségrégués, donnant ainsi une meilleure lisibilité des risques aux investisseurs et donc un financement plus efficient. Cette tendance a concerné essentiellement les corporates.
    Une seconde dynamique -«liabilities driven»- a consisté pour les émetteurs à recourir à un tranching de plus en plus fin de leur passif: des «covered bonds», aux actions préférentielles, en passant par la dette subordonnée (ou très subordonnée) ou encore les émissions de capital contingent. Cela vise non seulement à réduire le coût du capital, mais aussi à adapter le passif au cycle industriel et plus généralement à la nature des risques en actif. Cette tendance a, pour sa part, essentiellement concerné les institutions financières.
    Enfin, ce n’est que très récemment que l’on a pu assister à la convergence de ces deux démarches. Les institutions financières ouvrant le bal, les grands corporates leur emboîtant le pas mais avec leurs spécificités propres.
    L’émission récente de l’OCP est la première matérialisation de cette convergence sur le marché marocain. Sa réussite prouve la maturité du marché marocain. Charge à chacun des acteurs d’inventer sa propre solution.

    - L’opération peut-elle permettre aux entreprises publiques ou privées de repenser leurs stratégies de financement?
    - L’enjeu pour l’économie marocaine est particulièrement important: l’essentiel des acteurs majeurs, publics en particulier, axent leur «stratégie» de financement sur un surendettement viabilisé par un support plus ou moins explicite de l’Etat. Ce schéma n’est pas soutenable et peut même s’avérer contre-productif.
    Il s’agit pour chaque acteur de (se) donner une lisibilité du projet industriel couvrant l’ensemble du cycle avec une cartographie pertinente des risques sous-jacents. Ces éléments constituent la base de la stratégie de financement qui devra s’articuler, d’une part, autour d’une répartition appropriée des risques à l’actif entre les différentes parties prenantes, et d’autre part, autour d'une structure de passif profilée en conséquence et offrant la flexibilité nécessaire pour une gestion efficiente des aléas.
    Aujourd’hui, l’arsenal des instruments financiers disponibles au Maroc est déjà conséquent. Il est appelé à être enrichi davantage. Charge aux acteurs majeurs de faire preuve de pertinence et d’audace.
    Propos recueillis par
    Moulay Ahmed BELGHITI

     

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