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    Jean Todt: «Il y a trop d’accidents au Maroc»

    Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:4899 Le 16/11/2016 | Partager
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    Jean Todt n’a pas boudé son plaisir pour procéder au «Pit Walk» du Marrakech ePrix, qui s’est tenu le 12 novembre (première étape de Formule E sur le continent africain) aux côtés du prince Albert II de Monaco, de Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement, et du pilote Nelsinho Piquet, de l’écurie Nextev TCR (Ph. Mokhtari)

    Une première en Afrique, Marrakech vient d’accueillir la seconde manche du championnat du monde des voitures électriques (Formule E). Partenaire officiel de la COP22, le Marrakech ePrix a connu la participation de plusieurs personnalités: le prince Albert II de Monaco, Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement, et Jean Todt, le patron de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) qui nous a accordé une interview exclusive. Dans cet entretien, Todt revient sur ses ambitions pour la Formule E, pour le Marrakech ePrix ainsi que le futur du sport automobile au Maroc. Il insiste aussi sur l’importance d’agir pour la sécurité routière.  

    - L’Economiste: Comment expliquez-vous l’engouement pour la Formule E depuis son lancement il y a deux ans à peine?
    - Jean Todt:
    Je suis enchanté de voir la manière dont le championnat FIA Formule E se développe. C’est un nouveau championnat. Un championnat avec une vision sur le futur, qui nous permet aussi d’être dans des villes extrêmement prestigieuses et représentatives. L’idée dans la Formule E est d’être à l’intérieur même des villes. Il y a donc un intérêt formidable. Alors cette course au Maroc est particulière parce qu’elle est liée à la COP22 sur l’évolution de la planète. Et pour l’évolution de la planète justement, la vitrine est la Formule E.

    - Quelles sont les perspectives pour ce championnat?
    - Nous sommes aux débuts de la saison 3, donc dans moins de deux saisons maintenant, les perspectives seront de passer de deux voitures pour faire la course à une seule. Ce qui voudrait dire qu’en l’espace de 5 ans, nous aurons doublé l’autonomie des voitures électriques qui est l’une de ses limitations aujourd’hui. L’autre limitation est le temps de recharge. Les deux sont étroitement liées.

    - L’électrique est donc, pour vous, une vraie solution de mobilité pour l’avenir…
    - Pour moi, l’électrique c’est dans les villes. C’est le portable de la mobilité et c’est la liberté aussi.

    - La Formule E ne risque-t-elle pas d’éclipser la catégorie reine du sport automobile, la Formule 1?
    - Non, là nous parlons de deux disciplines fondamentalement différentes, avec des budgets fondamentalement différents et des objectifs fondamentalement différents. Il y a donc de la place pour plusieurs championnats. Aujourd’hui, dans les catégories qui sont sous l’égide de la FIA, il y a la Formule 1, la Formule E, la Formule 4, la Formule 3 et bientôt la Formule 2. Il y a aussi le championnat du monde du rallye, de l’endurance, du tourisme, du rallycross, drifting, karting… Tout cela fait partie de la panoplie de la compétition automobile que nous chapeautons.

    - L’étape de Marrakech peut-elle s’inscrire dans la durée?
    - Ça c’est le rôle de notre promoteur qui travaille dessus. En tout cas, c’est quelque chose pour laquelle nous sommes tout à fait favorables. Pour être très sincère, le circuit actuel, c’est un peu mixte comme solution. Ce que j’aimerai, c’est la course de Formule E autour de la médina pour 24h, comme à Paris à la tour Eiffel, comme à Moscou sur le Redsquare. Il faut, en effet, montrer la différence entre une course traditionnelle et une course électrique.  

    - Peut-on espérer un jour voir un Grand Prix de Formule 1 au Maroc?
    - Il y a eu un GP à Casablanca, il y a plusieurs décennies, avec Max Cohen-Olivar, André Guelfi pour ne citer qu’eux. Il y a donc toujours eu une passion pour l’automobile au Maroc. Je me souviens être venu dans les années 70 pour faire le Rallye du Maroc qui est l’un des plus beaux rallyes du monde et d’avoir gagné. Et, je me souviens que c’était Sa Majesté Mohammed VI, alors âgé d’une dizaine d’années qui avait donné le départ à Rabat. J’ai donc une grande histoire avec le Maroc. Il y a effectivement la possibilité d’accueillir beaucoup d’épreuves, mais là, il appartient, en fonction de la catégorie, aux différents promoteurs de prendre contact avec les tours de table au Maroc au niveau du gouvernement, de la Fédération royale du sport automobile, et des différentes instances pour voir quelles peuvent être les autres possibilités. Cela étant, c’est un grand plaisir d’avoir aujourd’hui deux épreuves internationales dans le calendrier de la FIA.

    - Le Maroc est-il à votre avis équipé pour accueillir la F1?            
    - Complètement. La preuve, le Maroc accueille après Paris la COP22. Donc, le Royaume peut tout faire.

    - Justement, que pensez-vous de la COP22?
    - J’ai eu la possibilité de la visiter un peu, et c’est formidable. C’est un pays qui s’y prête merveilleusement. Le Maroc est par excellence un pays d’accueil, de services, de tourisme… Je vois les merveilles qu’il y a au Maroc, c’est véritablement extraordinaire.

    - Quelles actions mène la FIA pour la protection de l’environnement?
    - D’abord à travers la règlementation. Tout ce que nous faisons aujourd’hui c’est avec la technologie électrique et hybride. Actuellement une voiture de Formule 1 avec la technologie hybride consomme 40% de moins qu’avant. Il y a donc moins de pollution.

    - Comment voyez-vous le monde de l’automobile dans 5 ans?
    - Vous savez, une des choses qui tient énormément à cœur est la sécurité routière dans le monde. En tant que président de la FIA et envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, j’estime qu’il y a beaucoup trop d’accidents au Maroc. C’est un pays avec un peu plus de 30 millions d’habitants, nous estimons à 7.000 le nombre de morts tous les ans et à plus de 300.000 le nombre de blessés avec des conséquences. Il est donc maintenant temps d’agir. C’est un fléau à l’échelle mondiale au même titre que le sida, la malaria et la tuberculose sauf qu’il n’a pas été affronté comme il devait l’être. Je fonde beaucoup d’espoir pour qu’on puisse travailler avec le Maroc pour trouver des programmes en faveur de la sécurité routière.  

    - Vous avez déjà identifié des pistes de réflexion?
    - Mais bien sûr, en termes d’éducation, de renforcement de la loi. Il faut être très strict: le port de la ceinture, le port du casque, la limitation de vitesse, le téléphone au volant, l’alcool, la drogue… Tout cela doit être adressé d’urgence pour voir ces chiffres diminuer.
    Ensuite, en fonction des pays, on parle de voitures autonomes qui peuvent être une solution mais pour une population restreinte pour le moment.
    Mais avant tout, il faut de l’information, le renforcement des contrôles, une amélioration de l’infrastructure routière, des voitures et des secours post-accident.

    - Vous aviez été, entre autres, un des grands patrons de la Scuderia Ferrari, avez-vous des nouvelles de Michael Schumacher?
    - Mais évidemment, je le vois lui et sa famille très souvent. Il faut lui souhaiter plein de courage à lui et à ses proches. Et c’est le plus grand champion automobile qu’il n’ait  jamais existé.

    Todt, le manitou du sport automobile

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    Sa carrière dans le sport automobile, Jean Todt l’a commencée à 20 ans en participant au Championnat du monde des rallyes (WRC). En 1981, il remporte le championnat du monde des constructeurs de rallye en compagnie de Guy Fréquelin. Todt devient patron de Peugeot Racing et fonde Peugeot Talbo Sport avec laquelle il décroche 2 titres mondiaux (1985 et 1986) en WRC.  Après deux victoires consécutives aux 24 du Mans (1992 et 93) et au Paris-Dakar en 1992 avec Peugeot, il est propulsé à la direction générale de la Scuderia Ferrari en 1993.  S’en suit un succès phénoménal couronné par 14 championnats du monde  de F1 (8 en tant que constructeur et 6 titres de pilote dont 5 pour le seul Michael Schumacher) et 106 victoires en Grand Prix.
    En 2009, Jean Todt décroche la présidence de la Fédération internationale de l’automobile pour un premier mandat qu’il renouvelle en 2013. Et cerise sur le gâteau, il devient envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la sécurité routière.

    Propos recueillis par
    Moulay Ahmed BELGHITI

     

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