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    Il faut relancer le Maroc!

    Par Tarik EL MALKI | Edition N°:4849 Le 02/09/2016 | Partager

    Tarik El Malki, docteur en économie, plusieurs fois distingué par des prix de recherche, dont celui de L’Economiste. Il est directeur du développement, des relations internationales et de la recherche scientifique du groupe ISCAE et chroniqueur sur Atlantic Radio  (Ph. TM)

    Le Maroc a connu des performances contrastées en termes d’évolution de sa croissance économique depuis 20 ans. Aussi, durant la décennie 1990-2000, le taux de croissance du PIB est passé, en moyenne, de 3% à 5%. Durant cette période, le pays a pu maîtriser ses équilibres macroéconomiques et, en même temps,  améliorer son environnement des affaires. Il a poursuivi une stratégie basée essentiellement sur l’expansion de la demande intérieure, grâce notamment aux investissements publics. Cette stratégie a eu des effets positifs indéniables. Elle a en effet permis une croissance relativement forte, et ce avec:

    - L’amélioration de l’accès aux services d’infrastructure de base (eau potable, électricité et routes, particulièrement en milieu rural);
    - L’augmentation de l’espérance de vie de ses citoyens;
    - La réduction de  la pauvreté et la vulnérabilité;
    - Le tout en maintenant l’inflation à des niveaux relativement faibles.

    2010-2015: l’essoufflement

    Bien que la stratégie de croissance des années 1990-2000 se soit révélée bénéfique pour le pays à plusieurs égards, il convient de constater que la période 2010-2015 se caractérise par un essoufflement économique certain. En effet, les indicateurs économiques et sociaux ne sont pas encourageants:
    1. La croissance a connu une baisse de régime puisqu’elle n’a été en moyenne que de 3,6% durant la période, en baisse de 1,5 point par rapport à la décennie 2000, avec des prévisions de croissance pour 2016 autour de 1% seulement. Celle-ci demeure une énigme dans le sens où, malgré la mise en place d’un certain nombre de politiques sectorielles, elle reste volatile, instable, faible et largement tributaire de l’aléa climatique. Encore plus grave, elle reste peu créatrice d’emplois.

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    Sorti en 2014 en librairie, la Responsabilité sociale des entreprises, sous la plume du Pr. Tarik El Malki, est l’une des plus marquantes investigations sur la place que les entreprises peuvent avoir au-delà de leurs activités strictement économiques. On peut aussi lire cet ouvrage en se posant la question de la régulation du capitalisme, de manière à le rendre plus humain, ou alors en se posant une autre question, plus fondamentale: le capitalisme peut-il être durable? La question n’est pas si sotte qu’elle en a l’air: n’est-ce pas le comportement fou d’entreprises financières en Occident qui a plongé toute la planète dans une crise dont elle n’est pas encore sortie, près de dix ans après son déclenchement?

    2. Les équilibres macroéconomiques, malgré une certaine amélioration au niveau de la maîtrise du déficit du Trésor, restent mis à mal. En effet, la dette extérieure publique atteint des niveaux records avec près de 300 milliards de dirhams d’endettement. Le ratio dette publique rapporté au PIB dépasse le seuil de 70%, ce qui pose la question de la soutenabilité de notre endettement avec tout ce que cela implique comme risque en termes d’intervention des institutions internationales. L’exemple de la Grèce n’est jamais loin.
    3. La situation de l’emploi, malgré une accalmie de façade au premier semestre de l’année,  est alarmante lorsque l’on considère le chômage des jeunes de 15-24 ans en milieu urbain où le taux de chômage frôle la barre symbolique des 40%. En outre, le taux de chômage des lauréats des grandes écoles s’aligne sur la moyenne nationale.
    4. Malgré l’amélioration du déficit du compte courant de la balance des paiements, la compétitivité à l’export du pays se dégrade, surtout vis-à-vis de nos traditionnels partenaires commerciaux (Union européenne notamment). La raison tient principalement à la faible diversification de l’offre de production à l’export et à la faible diversification des débouchés.
    5. L’économie marocaine se caractérise également par une faible base productive dans la mesure où la part de l’industrie dans le PIB ne dépasse pas les 15% depuis plusieurs décennies. Les raisons sont multiples: la fragmentation du tissu industriel, en plus de certains problèmes spécifiques à l’entreprise marocaine, à savoir des problèmes de gouvernance, une faible capacité de mise en marché, des problèmes d’accès au financement, un faible degré d’innovation…
    6. L’environnement des affaires, malgré certaines avancées sur certains paramètres spécifiques, n’est pas encore de nature à créer les conditions du raffermissement des liens de confiance entre les pouvoirs publics et le secteur privé;
    7. Au plan social, cette période s’est caractérisée par l’augmentation et le creusement des inégalités sociales. La stagnation du coefficient de Gini autour du score de 0,4 depuis 30 ans, l’augmentation du nombre de pauvres (5 millions de personnes vivent avec moins de 12 dirhams par jour selon la dernière enquête du HCP sur le recensement), et le mauvais classement du pays au niveau des classements IDH montrent la vulnérabilité sociale du Maroc.

    On peut y arriver!

    Ce diagnostic montre que le Maroc fait face à un certain nombre de risques externes et internes qui, s’ils ne sont pas traités de manière forte, peuvent mettre à mal notre cohésion sociale et entraver durablement notre processus de développement.
    Cependant, ces difficultés ne sont pas insurmontables. En adoptant une nouvelle stratégie de croissance qui soit intégrée, globale, inclusive, durable et créatrice d’emplois, le Maroc pourrait encore mieux tirer parti du nouvel environnement international.
    Les grands objectifs de cette stratégie sont les suivants:
    1. Favoriser un regain de compétitivité de l’économie marocaine, à travers, notamment, la mise en place de politiques sectorielles diversifiées, et l’investissement massif dans l’innovation et la R&D;
    2. Promouvoir l’activité privée en relançant l’investissement dans le cadre de PPP notamment dans les secteurs de production qui permettront au pays d’accélérer sa modernisation économique et d’entrer en concurrence sur les marchés internationaux des biens et services à forte intensité technologique et en main-d’œuvre qualifiée;
    3. Repenser le rôle que doit jouer l’Etat pour faciliter cette transition, notamment en matière d’incitations aux agents privés à investir, sous forme de services publics qui permettraient d’accroître la productivité des facteurs de production privés dans les secteurs d’activités stratégiques, et en termes d’appui à une stratégie d’intégration régionale.

    Comment s’est-on essoufflé?

    Le modèle de croissance promu dans les années 2000 et qui était orienté vers le marché intérieur, avec la demande des ménages comme vecteur de croissance s’essouffle progressivement. En effet, la consommation des ménages qui a fortement augmenté durant la décennie 2000, à la faveur de l’augmentation des revenus, a tendance à stagner depuis quelques années, en raison du recul du pouvoir d’achat des ménages, dû elle-même à la stagnation des salaires.
    De plus, ce modèle de croissance a été la principale raison expliquant l’augmentation structurelle du déficit du compte courant de la balance des paiements à cause de l’augmentation du volume des importations (facture énergétique, biens d’équipements et de consommation). En effet, la consommation des ménages s’est faite au profit des importations, en l’absence d’une offre de production nationale à même d’absorber cette demande intérieure. L’effet multiplicateur n’en a été que plus  important en faveur de nos partenaires commerciaux.

     

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