Economie

Comment les vagues de surf génèrent de la richesse

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4844 Le 26/08/2016 | Partager
Des chercheurs britanniques se sont intéressés à l’impact de spots marocains
A Taghazout, les sites d’Anchor Point et Killers ont contribué au développement des villages avoisinants
Reste à négocier les activités connexes: fabriquer les planches!
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Les spots de classe mondiale comme Anchor Point ou Killers à Taghazout ont largement contribué à l’essor économique des villages avoisinants sur les 20 dernières années (Ph. Surf berbère Anchor Point)

Le tourisme sportif peut être une formidable source de richesse. C’est le cas du surf. Une étude réalisée par Thomas McGregor et Samuel Wills, deux chercheurs du département économie de l’université d’Oxford en Grande-Bretagne, a pu établir le super pouvoir économique des spots les plus importants. Pour les deux chercheurs, le surf réduit l’extrême pauvreté en encourageant les ruraux à se déplacer vers des zones plus urbaines. Cet effet est plus prononcé dans les économies émergentes. Quand une onde, communément appelée «spot», est découverte par la communauté internationale, la croissance économique dans la région augmente d’environ 3%.
Partant de Imessouane et allant jusqu’à Taghazout, le littoral d’Agadir attire les surfeurs depuis des décennies, mais également des investissements. Anchor Point, situé à Taghazout, est l’une des zones étudiées par Thomas McGregor et Samuel Wills. Cette région est célèbre par ses longues vagues surfables, qui peuvent aller sur une centaine de mètres. C’est l’un des spots qui attire le plus de surfeurs, locaux et internationaux. «L’impact économique du surf est réel et visible, peut-être un peu difficile à estimer étant donné que la plus grosse part de cette économie est souterraine», explique Jaafar El Mekkaoui, hôtelier à Imi Ouaddar. En effet, les actifs naturels comme les vagues ne peuvent pas être évalués économiquement. Mais les chercheurs sont arrivés à estimer la contribution d’un actif naturel non évaluable financièrement, en exploitant la variation exogène de la qualité des vagues. Pour ce faire, les chercheurs ont étudié l’intensité lumineuse pendant la nuit, la considérant comme indicateur de l’activité économique, et révélatrice de l’accroissement de la population. L’étude a fait appel à des données satellite couvrant plus de 5.000 emplacements dans le monde, sur une période allant de 1992 à 2013. Elles ont ainsi établi que les vagues de haute qualité stimulent l’activité économique mieux que les vagues de faible qualité, dans un rayon inférieur à 5 km. A travers plusieurs calculs, elles ont estimé cette activité entre 18 et 22 millions de dollars par onde et par an, soit un total de 50 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Selon le document, il existe deux mécanismes par lesquels les actifs non marchands comme les vagues peuvent contribuer à l’essor économique d’une région: en y stimulant des activités, et en en attirant de nouvelles. Booster l’activité locale passe par la création d’une demande de complément de biens et services. Pour surfer par exemple, cela comprend la fabrication, la location ou la vente en détail de planches de surf, combinaisons et autres accessoires spécialisés. Les services comprennent, quant à eux, la réparation, les leçons de surf, les gardes-côtes. Il s’agit aussi d’hébergement, de restauration, de transport, etc.
Sur les 20 dernières années, nombre de petits restaurants ont vu le jour à Taghazout, Aourir, Imi Ouaddar, … sans oublier les petits métiers comme les vendeurs d’objets de souvenirs, transports en commun, gardiens de voitures, épiceries.... Les spots de classe mondiale comme Anchor Point ou Killers à Taghazout ont de ce fait largement contribué à l’essor économique des villages avoisinants, et ont créé de la richesse pour le littoral.

L’immobilier, un indicateur de prospérité

Lorsque de nouvelles vagues sont découvertes, la croissance économique peut augmenter de 3%. Pour le cas du surf, de nouvelles activités se créent par la demande. Elles peuvent inclure une activité saisonnière, comme le tourisme, ou encore, une demande permanente, avec l’installation d’une nouvelle population sur le littoral. L’analyse de cette étude est pertinente dans la mesure où elle explique que l’activité économique est partagée entre les villes voisines, et est particulièrement prononcée dans l’environnement le plus proche, et la plus grande ville à 50 km. Globalement, la population permanente autour des spots de haute qualité, fait grimper les loyers autant que la valeur immobilière. Ce qui engendre un développement immobilier, sporadique et concentré au départ, mais pouvant se développer par la suite sous forme de grands projets, comme c’est le cas pour Taghazout.

 

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